dimanche 16 avril 2017

Musique 28, les 5 albums d'avril 2017

Bon, le deuil musical est à présent terminé.
Il faut se remettre en selle.


On commence donc l'année sur 5 nouveaux albums, avec un lien très fort pour la précédente chronique, pour le premier disque évoqué (et même le deuxième)...



DONNY McCASLIN
Beyond Now
2016
Donny McCaslin, Tim Lefebvre, Jason Linder et Mark Guilana formaient le groupe qui a accompagné David Bowie sur son dernier album, ★.
Quand la formation a appris le décès de l'artiste anglais, ses membres, choqués, ont eu le sentiment qu'il restait à défricher, que le territoire créatif sur lequel les avait emmené Bowie cachait encore quelques trésors. Il fallait lui rendre hommage et continuer son travail, au moins le temps d'un album. Enregistré extrêmement rapidement, en trois jours, en avril 2016, dédié à Bowie et à tous ceux qui l'ont aimé, contenant deux reprises de Bowie, le sublime Warszawa (Low) et A Small Plot of Land (1. Outside), avec Jeff Taylor au chant, incluant, à ce qu'il m'a semblé lire, une chute de ★, travaillée pour l'occasion, Beyond Now est un album de jazz instrumental (ou presque), bourré de circonvolutions saxophoniques, de bidouillages électroniques et de mélodies entêtantes. Il s'insère aisément dans l'album testament de Bowie, comme autant d'instrumentaux dans la même veine jazz-rock expérimental. Un album vraiment recommandé par mes soins pour continuer le voyage sur l'astre noir... 



IGGY POP
Post Pop Depression - Live At The Royal Albert Hall
2016
J'aurais pu chroniquer l'album, celui enregistré avec Josh Homme, Dean Fertita et Matt Helders, sorti pile poil à la date anniversaire de The Idiot, et censé être le dernier album de l'Iguane.
Mais ce dernier étant une pépite, il va de soi que tout amateur de rock le possède, le chérie et l'écoute et n'a donc pas besoin de moi pour savoir à quel point il trône parmi les meilleurs album de Mister Pop, se haussant sans peine au niveau des opus travaillés avec Bowie (et New Values, on oublie trop souvent New Values, voire Blah-Blah-Blah mais bon, fermons cette parenthèse).
Cet album, disais-je, est une pépite et le meilleur moyen de s'en rendre compte est donc d'écouter ce live. Durant ce show généreux, plus de deux heures, deux galettes, Iggy et sa troupe revisitent les titres de sa carrière mais en puisant quasi intégralement dans le dernier album bien sûr mais aussi dans The Idiot et Lust For Life. Et les titres s'enchaînent et se mélangent sans aucune baisse de niveau. Alors, clairement, Josh et ses amis aux instruments sont à même de sublimer pas mal de titres mais là, même s'ils ne ménagent pas leurs efforts, ils ont à disposition des petites tueries qu'ils exécutent avec respect mais sans pour autant jouer au groupe de reprises. Bref, c'est un live terriblement efficace, qu'on peut déguster en CD mais aussi en DVD, un album proposant les deux formats. Vous l'aurez compris, c'est un must have.



BLACK JOE LEWIS
Electric Slave
2013
Troisième album de Black Joe Lewis, même s'il semble avoir perdu les Honeybears qui jusqu'ici étaient crédités, Electric Slave est un pur concentré de rock garage psychédélique. Un soupçon de Hendrix, une bonne dose de soul, avec une section de cuivres impressionnante, un esprit The Stooges, une pincée de Black Keys et autres Hanni El Khatib, voilà ce que promet Black Joe Lewis. C'est rétro mais c'est furieusement pêchu et ça grince. C'est distordu, saturé mais en même temps plutôt riche, en terme de compositions, c'est loin d'être simpliste et les mélodies sont efficaces mais pas lassantes.
Bref, c'est vraiment une belle découverte que j'ai fait là et sans nul doute je vais me pencher un peu plus sur le bonhomme et sa formation.



RIECHMANN
Wunderbar
1978
Merci à Robert Darvel pour cette découverte. Riechmann, c'est Wolfgang Riechmann, un musicien allemand qui a côtoyé des membres de NEU! ou de Kraftwerk avant de jouer avec Phönix ou Streetmark, contribuant à développer l'école de Düsseldorf, à l'époque où sa voisine berlinoise était en plein essor (avec des formations comme Tangerine Dream notamment). Puis, à la fin des années 1970, il part travailler sur son album solo. Il va mourir tragiquement, poignardé dans la rue par deux ivrognes, trois semaines avant la sortie de son album, à l'âge de 31 ans. 
Sur son album, Riechmann joue de tous les instruments sauf du schlagzeug (c'est à dire de la batterie, merci google trad). Le look bleuté de la pochette n'échappera pas à Gary Numan, qui quelques années plus tard, rendra hommage au bonhomme en s'affublant lui aussi d'un maquillage et d'une teinture céruléenns. 
Les plages planantes et mélancoliques de Wunderbar sont très puissantes. On est ici en présence d'une electro ambiant néanmoins traversée par des constructions musicales qui nous font quitter le purement contemplatif ambiant pour quelque chose qui pourrait faire penser à la musique d'un film futuriste tournée à la fin des 70's. Quelque chose de froid, de triste, d'urbain, avec des voitures qui volent et un parfum d'inéluctable, une sorte de Blade Runner teuton, avec Derrick dans le rôle de Deckard, pourquoi pas ? 



MOBY & THE VOID PACIFIC CHOIR
these systems are failing
2016
Moby revient et pour son 13ème album, il n'est pas content. Accompagné par quelques discrets chœurs (sinon pour le reste, il compose, produit et interprète), il propose un album qui rappelle par moments Animal Rights, quand il fricotait avec le hardcore, en cependant plus mainstream. La rage, néanmoins, semble intacte. 
Album politisé, évoquant cette fin du monde programmée vers laquelle on se dirige tranquillou, Moby le militant charge les Trump, les multinationales, l'isolement narcissique selfiesque et évoque des thèmes qui lui sont chers, notamment la cause animale. Plusieurs de ses clips intègrent des séquences poignantes sur le sort réservé à la viande qui arrive dans nos assiettes. A ce titre, don't leave me pourra tirer des larmes à la plupart des carnistes, pardon, des omnivores.
Ce qui frappe dans cet album, en plus des airs rentre-dedans, de sa tonalité rock electro très éloigné de ses productions récente, des sons saturés, de l'esprit punkoïdo-eighties et des boum boum puissants, ce sont les paroles. Moby fait montre d'un réel talent pour éviter que son album qui dénonce égrène platement ses motifs de protestation. Il y a parfois du Bowie dans l’ellipse, dans la métaphore un peu étrange qui mérite qu'on s'y arrête. 

Tout en gueulant sur ce qui ne va pas, et à raison, Moby explique, pour cet album, avoir voulu se faire plaisir, comme un gosse, en intégrant tout ce qu'il avait envie, comme un gosse qui se ferait une tartine avec du beurre de cacahuète, des cornichons et de la chantilly. Dit comme ça, ça peut légèrement foutre la gerbe. Mais le Moby exagère car ses titres se succèdent et ne pèsent en rien sur le bide. Au contraire, ils dégagent une énergie rare et décoiffent un brin. Le fond, la forme, tout respire la sincérité, la conviction, l'engagement, la colère. C'est la marque des grands artistes d'arriver à dénoncer sans pour autant faire bailler. La Deluxe edition, qui contient trois titres supplémentaire, est à privilégier.




On se retrouve bientôt pour 5 autres albums. Vous vous doutez bien qu'en un peu plus d'un an, j'ai emmagasiné de quoi alimenter quelques billets ! 

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