lundi 27 mars 2017

Malheur aux gagnants, le making-of - 3 - Les sources (mais pas du Nil).

Pour ce troisième article sur mon prochain roman, j'ai décidé de parler des sources bibliographiques.

Sans chercher à faire de généralités, écrire un roman suppose toujours un minimum de recherches et de documentation. Même dans le futur, sur une planète inconnue, il y a normalement quand même un peu de doc à faire, sur la propulsion supraluminique, les effets de la silice sur l'organisme ou les différences d’apesanteur et autres... 
Enfin, en tout cas, c'est ma méthode de travail à moi. 
Alors, a fortiori quand le roman se déroule dans le passé, à un moment de notre histoire, ici, en l'occurrence en 1935, à Paris. 

Le cadre général imposait déjà un travail de recherches pour que le roman puisse paraître le plus "authentique" sinon le plus "réaliste" possible. Pas question que les personnages traversent la place Charles de Gaulle par exemple.

Personnellement, j'essaie toujours d'asseoir le roman sur une réalité historique, de saupoudrer d'événements réels et autres mais sans pour autant verser dans la documentation excessive, dans la thèse historique. D'une part parce que ce n'est pas l'objet du roman et ensuite parce que la tentation est ensuite grande de vouloir caser toute cette documentation excessive dans le roman (après tout on y a passé des heures, on a appris plein de choses, on a envie de le partager, de montrer combien on est sérieux et appliqué) et souvent, ça donne des romans qui moi, m'agacent un peu. C'est un peu comme les lexiques quand des romans utilisent un mot étranger ou deux par phrases, c'est fatigant, en tout cas, moi, je ne suis pas fan (perso, j'essaie toujours d'employer le mot dans une phrase qui permet, enfin, je l'espère, de le comprendre sans aller en bas de page ou pire, au cul du bouquin).

Par contre, j'aime bien glisser des clins d’œil, des courtes scènes ou des détails qui ne parleront qu'à ceux qui veulent creuser un peu ou connaissent l'époque. Mais toujours, toujours en partant du principe que cela ne doit rester qu'un clin d’œil et ne surtout pas léser celui qui passe à côté. Je le fais aussi bien avec l'Histoire avec un grand H qu'avec mes précédents boulots, faisant allusion à un roman déjà publié (ce qui est vraiment un manque de modestie mais m'amuse beaucoup et permet de former un seul et même univers - ou presque).

Pour rester dans l'époque, savoir quelle station de métro existait déjà, comment elle s'appelait, mine de rien, et au risque de faire bondir les historiens, les vrais, un site comme Wikipédia peut déjà aider, même s'il convient de rester vigilant et d'essayer de croiser les sources. Wiki aide aussi pour les voitures de l'époque, par exemple.

Je me suis également aidé  de Chronique de la rue parisienne. Photos et articles de presse, un ouvrage qui rassemblait des photographies de la vie parisienne des années 1930 et des articles d'époque. Ce bouquin m'a beaucoup aidé pour mes descriptions, notamment, et m'a permis, en scrutant les photos, de repérer mille et un détails qui aident à immerger (enfin, j'espère) le lecteur dans l'époque, les affiches, les marques, certains quartiers disparus, les actualités de cette décennie, ce qui était à l'époque des innovations balbutiantes et fait à présent partie de notre quotidien... Le livre sur les métiers oubliés a permis d'ajouter des personnages un peu atypiques, les tenants d'une profession ou d'un moyen de gagner sa croûte qui aujourd'hui n'existe plus depuis des décennies...

J'ai également pas mal surfé en ligne et lu des journaux d'époque, qui m'ont permis de glisser ici ou là, des marqueurs historiques ou des détails secondaires voire oubliés qui ont, je l'espère, renforcé le texte. Et il n'y a vraiment rien de tel que photos et articles d'époque pour voyager et rejoindre ses personnages (avec un peu de musique, of course).

Sur le sujet des gueules cassées, des vétérans, de la Der des Ders, des effets psychologiques du conflit sur les survivants, il convenait également de se documenter. Mention spéciale à la bible de Martin Monestier, le volumineux Les gueules cassées, qui évoque les blessures, les séquelles, l'ensemble des techniques de réparation, les prothèses et compagnie. Un ouvrage à réserver aux plus endurcis d'entre les lecteurs, tellement les clichés d'époque sont bouleversants. Le bouquin Du front à l’asile 1914-1918 m'a permis d'utiliser une anecdote histoire que j'ai trouvé hallucinante (si je puis me permettre) et le reportage vidéo de Le Naour et Laville a été très riche d'enseignement également.

Et oui, le colonel Picot a vraiment existé !
Je dis ça pour mes proches qui se demandent... (cf bibliographie).

Anecdote amusante, j'ai acheté d'occasion le livre de Delaporte sur les gueules cassées et le propriétaire a eu la gentillesse d'y glisser un billet de loterie d'époque. Une délicate attention  qui m'a permis de plonger plus encore dans l'ambiance et m'a fait m'amuser de la "chance". Ce livre abordait un peu la Loterie mais pas plus qu'un autre. Cependant il m'a aidé sur ce thème. Même si j'ai laissé passer des erreurs et des approximations qui ont ensuite été impitoyablement traqués par mon correcteur, que je remercie ici très très beaucoup (je vais voir si je peux citer son nom mais en attendant, je respecte son anonymat de principe).

Quand j'écris, j'aime bien tenter de donner une saveur au texte, non pas forcément par le style (même si j'ai modestement tenté de le travailler davantage sur Malheur aux gagnants) mais surtout par le vocabulaire. Je glisse des mots américains dans les bouquins qui se déroulent aux USA, ce qui fait un peu résonner le texte pour moi qui dévore les séries et les films en VOSTF (que serait une discussion sans what the fuck, man ? ou dude, hein ?) et je me suis amusé comme un petit fou (ou un dialoguiste pervers des Visiteurs) avec les mots anciens de Pestilence, quitte à en inventer quand j'en avais envie.
Pour Malheur aux gagnants, Le Poilu tel qu'il se parle a été une mine d'or. L'argot de l'époque, écrit par un gars fraîchement revenu du front, est d'une richesse impressionnante. Même si le fait qu'il s'agisse d'un dico "inversé" en quelque sorte, présentant le classement des mots utilisés plutôt que leur sens m'a forcé à tout lire (quel calvaire :p ).

Enfin, un peu de doc sur les services secrets, parce qu'une histoire sans espion n'est pas vraiment une histoire... :)

Je vous fournis en exclusivité totale la bibliographie qui figure en fin d'ouvrage, afin que vous puissiez vous faire une idée de ce que j'ai feuilleté ou dévoré durant la préparation mais aussi tout au long de l'écriture du roman (voire même parfois un peu après, pour aller affiner le texte).

Bibliographie :

  • ESNAULT Gaston, Le Poilu tel qu’il se parle, Paris, Équateurs, 2014
  • MONESTIER Martin, Les gueules cassées, Le cherche midi, 2009
  • ROUBAUD Noële & BREHAMET R. N., Le colonel Picot et les gueules cassées, Paris, Nouvelles éditions latines, 1960
  • DELAPORTE Sophie, Les gueules cassées, Paris, Éditions Noêsis, 1996
  • TISON Stéphane & GUILLEMAIN Hervé, Du front à l’asile 1914-1918, Paris, Alma, 2013
  • PROST, Antoine, Les Anciens Combattants, 1914-1940, Paris, Gallimard, Folio Histoire, 2014
  • DARD Olivier, Les années 30, Le Livre de Poche, 1999
  • Que reste-t-il de la Grande Guerre ? La région en 1914-1918, Sud-Ouest, 2014
  • NOVARINO Albine, cent métiers oubliés, Omnibus
  • CÉLATI Jean-Louis & TROUILLEUX Rodolphe, Chronique de la rue parisienne. Photos et articles de presse, Paris, Éditions Parigramme, 1995
  • MADELIN Philippe, Dans le secret des services, Paris, Denoël, Impact, 2007
  • WARUSFEL Bertrand, Histoire de l’organisation du contre-espionnage français entre 1871 et 1945, article internet, 1996
  • LE NAOUR Jean-Yves & LAVILLE Grégory, Quand la Grande Guerre rend fou, Coproduction Kilaohm et l'ECPAD, reportage, 2014, 52mn

Et voilà pour ce troisième article, Le prochain et probablement dernier article, traitera de deux thèmes: l'un, très personnel, reviendra sur la genèse d'un des personnages principaux, le second abordera l'angle d'attaque du roman, un truc qui m'a bloqué un moment et qui, en un instant, m'a ouvert un boulevard pour écrire le livre....

En attendant, la période de deuil musical est finie, on va peut-être essayer de redémarrer les chroniques musicales...


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