mercredi 1 mars 2017

Malheur aux gagnants, le making-of – 2 - Where is Brian ?

Hello mes très chers amis,
Voici le deuxième article consacré au making-of de mon prochain roman.

Il ne vous a peut-être pas échappé que le projet change de titre, passant du Chemin des monstres à Malheur aux gagnants.
C'est une suggestion très pertinente de l'éditeur. Le Chemin des monstres était un titre de travail qui s'était imposé et qui, au final, ne correspondait pas vraiment avec le résultat final et ne se justifiait pas forcément en plus d'induire éventuellement en erreur le lecteur potentiel.

On repart donc sur ce très beau titre, bien plus adapté et plein de suspense !

Mais ceci n'est pas l'objet de notre deuxième article. Pour celui-ci, je vais aborder une méthode de travail que je me suis imposé.

Très vite, j'ai su qu'il allait être question de hasard, d'aléatoire dans le roman. Or je ne travaille pas sur le fil quand j'écris. Pour ce roman, j'avais quand même un plan, grossier, dans ma tête et sur un bout de papier et il n'était pas question d'écrire sans trop savoir où j'allais, même si le plan ne détaillait pas tout, pas forcément la fin ou autre...

Mais quand même, j'avais envie d'avoir un peu de hasard dans le bouquin, dans sa construction même, pour refléter le thème.

J'ai rapidement pensé à ce bon vieux Brian. Qui n'est pas dans la kitchen mais dans mon cœur, car je l'aime beaucoup. Je veux parler de Brian Eno. Ce bougre d'Anglais a créé, avec un ami nommé Peter Schmidt, en 1975, les Stratégies Obliques.

Quoi est-ce ?
C'est fort simple: il s'agit d'une boîte de 100 cartes. Chacune de ces cartes contient une piste, une instruction, un principe basique destiné à relancer le travail créatif. (je cite l'explication de Gregory Taylor, qui a formalisé ces cartes sur internet).
J'ai imprimé les cartes, j'ai demandé à Mme de les découper (oui, depuis la maternelle, et parce que je suis gaucher et pas soigneux, je découpe plutôt mal) et ensuite, j'avais mon paquet de cartes.

On peut se servir de ça en cas de blocage ou de manque d'inspiration, en tirant une carte ou deux...
Ce tarot a beaucoup servi pour lors de l'élaboration du sublissime Low, l'album de David Bowie de 1977. C'est ainsi que les musiciens ont parfois échangé leurs instruments, qu'ils ont joué des trucs à l'envers ou que Bowie a changé les paroles pour un étrange sabir qui sonnait italien...

Bref. Je n'ai pas la prétention de faire un chef d'oeuvre à la hauteur du disque de ce bon vieux David (allez, reviens, c'est plus très rigolo) mais y'avait moyen de s'amuser.
Je me suis donc résolu à tirer une carte tous les 100.000 signes et à l'appliquer.
J'ai parfois serré un peu les fesses car on peut tomber sur des trucs genre:
- analyse des amas
- consulte d'autres sources prometteuses - non-prometteuses
- Enfants qui parlent - qui chantent
ou autres (y'a "pire")... Certaines sont parfois très orientées "musique" ou tout du moins "travail sonore" et ne se transposent pas aisément vers un travail littéraire. Mais bon, c'était le jeu.

Et c'est là que, pour un roman sur la chance, j'ai été pas mal veinard.

Je suis en effet tombé sur les cartes qu'on peut voir sur la photo.

La première carte était "Plus petit dénominateur commun". Déjà, elle sonne un peu "mathématiques", ce qui est assez amusant, vu le thème du bouquin. Ensuite, elle m'a permis de me recentrer sur le truc qui réunissait finalement toutes les "factions" du récit. Qu'est-ce qui, à la base, les faisait s'entrecroiser dans mon histoire ? Je le savais déjà mais je pense qu'avant de tirer cette carte, je n'y avais pas forcément accordé assez d'importance. Paf, c'était parfait.

La deuxième carte était "Utilise des filtres". Alors on peut penser au café ou aux clopes mais moi, ça a fait tilt car je travaillais sur l'aléatoire et qu'en maths, les filtres, c'est aussi un truc dont causent les chercheurs. Cela permet de virer le bruit qui vient parasiter les recherches en proba. En gros. Me demandez pas plus de détails, je viens d'une terminale L. J'avais un ingrédient supplémentaire à balancer dans mon récit. Encore parfait.

Troisième carte: "Dans l'obscurité totale, ou dans une très grande chambre, très doucement". Vu que je n'écris pas un porno, j'ai opté pour la première suggestion. Ce qui, vous en conviendrez, est parfait quand l'un de tes trois protagonistes principaux est justement.... aveugle !
Il a donc, grâce à cette carte, une scène rien qu'à lui, écrite avec sa manière de percevoir le monde. J'ai essayé de raconter toute une scène sans passer par la vue. J'espère avoir réussi à rendre ça intéressant.

Quatrième et dernière carte, à la toute fin de l'histoire, alors que pour le coup, je bloquais un peu. Ce fut "Jouissance idiote". Et ça m'a permis de situer le cadre final du roman. Paf, comme ça, tranquille.

Bref, ce fut vraiment une expérience passionnante et je dois avouer que j'attendais le tirage avec impatience, afin d'avoir mon "gage", qui a, immanquablement, enrichi mon récit, m'a poussé à sortir de ma (cliché incoming) zone de confort et m'a même permis de débloquer mon acte final. Et tout ça en intégrant un peu d'aléatoire afin d'introduire celui-ci pas simplement dans l'histoire mais dans la construction même de cette dernière.

C'était cool.

Je vous proposerai bientôt un troisième article sur les sources documentaires qui m'ont permis de travailler sur ce roman (après, on verra).

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