lundi 6 juin 2016

Ceux des eaux mortes - Brice Tarvel

Ceux des eaux mortes, c'est un diptyque (à ce jour), écrit par Brice Tarvel et composé de deux tomes (à ce jour): L'Or et la Toise et Au Large des Vivants, tous deux parus chez Mnémos.

Brice Tarvel, je ne ferais pas l'affront de le présenter à ceux qui fréquentent L’œil cannibale. Que ceux qui ne connaissent pas encore cet auteur aillent donc zieuter sa page wikipedia et surtout, qu'ils se procurent ses livres urgemment !  

Parmi ceux-là, il y a donc cette incursion en fantasy, qui si elle n'est pas la première (Brice a notamment beaucoup écrit pour la BD) est mémorable.

Dans ces deux bouquins, on suit un trio pas piqué des hannetons. Déjà, il y a ces deux espèces de mercenaires, brigands, ces traîne-vase. Jodok le blondin et Clincorgne le louchon. Ils errent, désoeuvrés et à la recherche d'un bon moyen de récolter quelques richesses en Fagne. La Fagne est un étrange pays marécageux, coupé en deux par un sortilège jeté par un mage revanchard au moment de l'assassinat du dernier monarque en date. Le haut du pays grandit. Tout ce qui se trouve dans le pays: masures, habitants, arbres, animaux... Et l'inverse au sud. Evidemment, cette double malédiction n'est pas sans apporter malheur, nouvelles religions, magouilles... Magouilles comme par exemple, aller chercher un tout petit trésor au sud pour le regarder ensuite grossir au nord...
Le troisième larron, c'est Renelle, la magicienne grasse et ivrognesse qui, elle aussi, aimerait bien s'enrichir à peu de frais...

Ça, c'est le tome 1. Comme vous pouvez vous en douter, tout ne se passe pas forcément comme prévu.

Le tome 2 balance ces personnes en Obscurie, étrange pays où règnent les vampires et où les sans-yeux troquent des choses contre de la musique... Cette fois, le pays a fort à faire à cause d'une énorme mâchoire métallique qui broie l'horizon...

Ceux des eaux morts présente deux contrées, leur faune, leur flore, leurs habitants, avec un sens du détail et une truculence qui emportent l'adhésion du lecteur, autant qu'ils peuvent inspirer le rôliste.
Il fleure de ces bouquins une sorte d'ode aux contes, de ceux qui étaient racontés au coin du feu, dans le temps.
Le vocabulaire, riche et imagé, donne le ton. 

A titre personnel, la lecture de ce premier tome, dans les marécages et avec ce langage ancien, m'a donné envie, même si ce n'était pas forcément calculé, de m'amuser aussi avec les mots et la boue, et cela a donné Pestilence, chez Trash Editions. Dans un autre registre mais avec la même envie de m'amuser avec notre patrimoine linguistique, quitte à le malmener un peu.

D'ailleurs, causons-en de Trash Editions, car Brice a signé là-bas deux très beaux romans, dont un inédit, Charogne Tango, qui vaut le détour. Mais c'est là un autre sujet...

Revenons donc prestement à Ceux des eaux mortes pour conseiller vivement ces deux titres.

Que le lecteur ne s'y trompe pas, ce n'est pas de la fantasy "classique", à l'anglo-saxonne... Les couvertes de Johann Bodin sont certes superbes mais elles sont tout à fait inadéquates selon moi.
Car les deux romans de Brice Tarvel ont plus à voir avec la fantasy-spaghetti qu'un énième décalque du Seigneur des Anneaux. Les personnages sont crados, lubriques, moches, retors. Pas tous, bien sûr mais dans l'ensemble, on dirait plus du Brussolo. D'ailleurs, l'inventivité de l'auteur pour dépeindre la Fagne et l'Obscurie m'ont fait penser au maître et notamment à La Planète des Ouragans.

Bref, voilà. Il faut lire Ceux des eaux mortes. C'est pitié que Mnémos n'ait pas proposé à Brice Tarvel de boucler ce qui pourrait être une trilogie mémorable avec ce voyage en Noif, le pays des neiges (qui se profile à la fin du tome 2)... Ou même mieux, que puisse sortir un jour une belle intégrale, avec une couverture bien dans l'esprit...
Ou bien même, tout simplement, que les deux livres déjà existants soient disponibles en format poche, par exemple...

En attendant une éventuelle nouvelle aventure du trio, n'hésitez pas à vous procurer leurs deux aventures déjà écrites, vous ne serez pas déçus.







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