lundi 11 janvier 2016

Oh, and we were gone, Kings of Oblivion...


J'ai horreur des gens qui font ça, qui parlent d'eux quand quelqu'un meurt.

J'aurais aimé avoir l'occasion de raconter plein d'anecdotes sur David Bowie. sur ce qu'il aimait ajouter dans son tchaï tea, ce qui lui avait trotté dans la tête au moment où il bouclait Low ou quelle était sa couleur préférée mais malheureusement, je ne l'ai vu que d'assez loin, en concert...

J'aurais aimé avoir le talent de pouvoir écrire un article analysant sa carrière, son œuvre, son talent. Dire que son dernier album était le meilleur depuis Scary Monsters (haha, comme tous les autres ou presque depuis 25 ans), qu'on savait bien entendu qu'il était très malade (après coup, facile), qu'il était un caméléon avec les yeux vairons (c'est cela, oui....)....

Mais j'ai pas ce talent....

J'en suis réduit à juste parler de moi, de comment sa musique me touchait, de pourquoi j'appréciais énormément cet artiste.
Désolé par avance, donc, pour ce moment auto-centré...


Quand j'étais ado, j'écoutais pas de musique. Un comble quand on a des parents qui écoutent les Stones, les Beatles, les Who et autres groupes légendaires...
Mais voilà, ça m'attirait pas spécialement. Cinéphile, oui mais la musique...
Et puis bon, au lycée, ça causait pas mal musique... J'avais rien à discuter. Il fallait que ça change.
J'ai pioché dans la discothèque de ma mère. J'ai d'abord tenté je sais plus quel artiste, Sting, je crois, qu'aujourd'hui j'apprécie, mais à l'époque, j'ai trouvé bien mais sans accrocher plus que ça.

Et puis, je suis tombé sur... Never Let Me Down.
L'histoire l'a retenu comme son pire album. Bowie lui-même disait que c'était son nadir musical.
Pourtant, j'ai trouvé qu'il y avait quelque chose qui me plaisait.
Grave, même. La voix, les paroles zarbie, poétiques, les images que ça me refilait dans ma tête... Time Will Crawl, quand même, hein...
C'était en 1997, l'album avait déjà 10 ans. Il en avait fait d'autres depuis, je ne les connaissais pas encore.
Quelques mois plus tard sortait Earthling, l'album de ses 50 ans, le premier album que j'achetais donc de lui. Chez un disquaire, fermé depuis trois mille ans à présent. J'ai même failli aller échanger mon disque car sur un des morceaux, Dead Man Walking (de mémoire), Bowie s'amuse à faire sauter son titre comme sur un disque rayé. Ma mère m'a dit « tu sais, c'est David Bowie, il serait bien capable d'avoir fait ça exprès ». C'était le cas, bien sûr.
Quel choc, quelle claque, c'était brillant. Et qu'est-ce qu'il était beau dans sa redingote punk, quelle classe en toute circonstance, quelle élégance.

Entre-temps, je découvrais, grâce au fait qu'il faisait les chœurs (et bien plus) dans Transformer, Lou Reed, et donc le Velvet et donc John Cale.
Et je découvrais aussi qu'il avait bossé avec un drôle de type, c'était Iggy Pop.
J'avais 17 ans, je me suis coupé les cheveux comme lui dans Earthling, je me suis teint les cheveux en rouge pendant un an. C'était mon idole, mon modèle, je n'écoutais que lui et le Velvet et Iggy Pop.
Et puis, un peu après, Nine Inch Nails et puis... et puis.... et puis...

Le point de départ de ma culture musicale. L'arbre, là, immense, majestueux, imposant... Dont chaque autre artiste est une branche ou une branche de branche. Le moindre des albums dans ma collec remonte à lui, ou presque...

Avec mon pote Mathieu, on a discuté pendant des heures de cet artiste, on a passé tous ses morceaux ou presque dans les émissions de radio étudiante qu'on animait. Même que la première que je proposais à l'asso, d'émission, elle s'appelait TVC 15.

Un soir que j'étais à Toulouse, chez un ami, on est allé au Shad'oc pour fêter mes 20 ans. Le taulier m'a demandé ce que je voulais qu'on passe, j'ai demandé du Bowie. Il a fait une drôle de tête. Et pour cause, c'était un grand collectionneur et il avait eu un temps, la plus grosse collection de vinyles (les disques, pas les fringues, hein) de Bowie de France. On a passé un bon moment à écouter des merveilles à fond dans le bar.

J'ai tellement de souvenirs qui sont liés à cet Anglais d'outre-espace comme beaucoup, beaucoup de gens, j'en suis certain.

J'ai eu l'occasion de le voir trois fois en concert. Une première fois aux arènes de Nîmes, pour mon premier vrai grand concert... Il y avait un vent terrible. Il pleuvouillait, je flippais que le concert soit annulé. J'avais traversé la France pour aller le voir. J'avais même réservé un hôtel à l'autre bout de la ville par manque de thune et longé la rocade nîmoise à pied pendant 45 mn pour rejoindre le centre-ville et les arènes... Y'a eu Hawksley Workman en première partie, puis NERD et son affreux rap, à la place de Patti Smith... Bowie avait la migraine à cause du vent et a demandé et avalé un aspirine sur scène avant de livrer un show mémorable. Mais pas autant que le suivant...

Cette seconde fois, le 25 septembre 2002, c'était au Zénith de Paris, avec ma mère, lors d'un concert homérique de trois heures qu'il a terminé sans presque plus de voix devant une standing ovation interminable de malade.
A la sortie, un type m'accostait, atteint d'un terrible bégaiement. Il relevait les adresses mails de gens pour ensuite leur proposer le pirate du concert. J'ai payé ces deux cd gravés une petite fortune mais ça valait le coup. Ce double CD que j'écoute en ce moment même...

Puis je l'ai vu une dernière fois lors de son ultime tournée, celle de Reality. Celle de l'album dans lequel il disait qu'il ne serait jamais vieux. Un concert plus « américain », chronométré, moins empreint de chaleur humaine mais toujours aussi efficace.

Et moi, pendant ce temps, j'accumulais les albums, je découvrais ses pépites du passé, je redécouvrais les autres avec à chaque fois une oreille plus « aguerrie ». Je me passionnais pour le mythique Low. L'album génial où Bowie, après la mort de Ziggy Stardust faisait encore montre de la maîtrise légendaire de sa carrière, une pépite à contre-courant, un chef d’œuvre osé, un bijou...
Je découvrais ses prestations au ciné, de Furyo à L'Homme qui venait d'ailleurs en passant par son interprétation de Tesla dans Le Prestige...

Et puis, ce fut le silence. Dix ans de silence. On l'a dit mourant, agonisant ou bien retraité heureux. Quand on tapait « David Bowie » dans actualités de Google, on pouvait le voir incognito à New York, en train d'aller chercher sa fille à l'école...

Je lui en ai même un peu voulu, de me laisser comme ça, obligé d'aller écouter d'autres groupes, d'autres artistes pour ne pas trop tourner en boucle...

Et puis, ce fut le come-back. Surprise totale, maîtrise de l'information à l'heure d'Internet, bonheur de le voir se retourner attraper ce qui lui plaisait dans sa carrière pour s'en servir pour s'amuser avec ses potes musiciens. Oh, il n'innovait pas, c'était un album juste efficace, certains en étaient chagrinés. Moi, j'étais déjà tellement content d'avoir un nouveau disque à écouter...

Le gars refuse de chanter pendant les cérémonies olympiques anglaises devant 2 ou 3 milliards de téléspectateurs, il refuse d'être anobli, pour sortir tranquillou un album en surprenant la planète. Quelle maîtrise !

Et puis, assez peu de temps après, la nouvelle d'un album bientôt, l'attente fébrile, l'achat vendredi matin, pour l'écouter. Le fait de tempérer un peu, de le regarder un moment sous plastique avant de se jeter dessus. Avec les deux titres déjà dévoilés, on savait l'album audacieux, innovant, ça promettait d'envoyer du gros.

Ce fut le cas. Mais grave.

Dimanche soir, alors que j'allais me coucher, j'ai eu soudainement envie de rallumer l'ordi et de copier le CD de Black Star sur mon baladeur MP3. Je l'ai écouté au pieu, tranquille, je me suis endormi aux dernières notes du dernier morceau.

Pour me faire réveiller le lendemain par mon amie, avec cette nouvelle glaçante.

Pour découvrir que cet album profond, brillant mais sombre, était son ultime marque de maîtrise, sur sa vie, sur son œuvre, sur sa mort. Il prend une toute autre patine, ce Blackstar. Pendant un bon moment, il va être difficile de l'écouter autrement que la boule au ventre et la gorge nouée.

Je l'ai cru un peu immortel, un peu.

Je le laisse conclure. Y'aurait des milliers de citations à piocher tout au long de ses 25 albums et de ses 49 ans de carrière. Tellement de phrases emblématiques, de formules qui font mouche, de poésies au cut-up qui révèlent tout plein de choses...
Mais à quoi bon...

WHERE THE FUCK DID MONDAY GO ?


(fais pas le con, Iggy, fais pas le con)

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