mardi 17 novembre 2015

Musique 26, les 5 albums de novembre 2015

Parce que. 

Parce qu'on ne va pas arrêter d'écouter du rock'n'roll.
Parce qu'il est here to stay.
C'est Neil Young qui l'a dit alors on peut le croire sur parole, hein.


Parce que ça fait des mois que j'ai pas fait de billet musical, que j'avais prévu d'en faire un et que je pense que même si c'est dérisoire, c'est un petit peu important. Pour moi en tout cas. 



EAGLES OF DEATH METAL
Zipper Down
2015
Parce qu'il était prévu dans les 5 prochaines chroniques.

Parce que c'est un excellent album, plein de déconne, d'humour, de joie communicative, de vie.

Parce que c'est leur quatrième album, qu'ils sont toujours aussi potaches mais qu'il se dégage de celui-ci une espèce d'efficacité qui transcende même, j'ai l'impression, l'intention de départ du groupe et leur insouciance. Comme s'ils s'étaient pris à leur propre jeu et accouchaient d'un album porté par le fun mais que ce fun n'a jamais été aussi vecteur d'une qualité qui habite chacun des morceaux, du début à la fin. 

Parce qu'un peu plus, un peu plus de thune, et j'aurais été dans la salle lors de cet effroyable bain de sang. Je trouve ça un peu indécent de le dire au regard de l'effroyable bilan et de la peine qui ravage tellement de gens mais d'un autre côté, je me sens tellement pas bien que j'ai quand même besoin d'en causer. 
Un clic. Un putain de clic, celui pour valider son panier sur fnac.com...


Parce que ces enfoirés de bouchers, ce ramassis de cancers humains, cette escouade de sous-merdes dopés à la connerie obscurantiste et finis à la pisse qui pensent que tout ce qui ne sort pas de leur vieux bouquin à la con est impie ne m'empêcheront pas de continuer à aller assister à des concerts même si je vais probablement flipper ma race la prochaine fois que je me retrouverai dans une salle obscure pour prendre du gros son dans les oreilles, en priant la chance, le hasard et tout le toutim que ce soit pas celui des mitraillettes.

Mais je ne veux pas finir cette chronique en parlant de ces bâtards sans cœur, parce que le groupe mérite mieux que de devenir l'emblème d'une abominable tuerie, alors je veux juste souligner que ce nouvel album des EODM est indispensable. Oui, in-dis-pen-sa-bleuh.
Pas par militance, pas pour des questions de résistance (même si c'est possible aussi, hein, la musique du groupe n'a jamais paru aussi vivante, aussi joyeuse, aussi épicurienne : une réponse appropriée à des semeurs de mort) mais aussi et surtout juste par amour du bon rock. 
Et la 8 est trop géniale. En plus.



SONNY VINCENT & SPITE
Spiteful
2013
Sonny Vincent (ex Testor), au chant et à la guitare. 
Rat Scabies (ex Damned) à la batterie. 
Glen Matlock (ex Sex Pistols) à la basse. 
Steve Mackay (regretté membre de The Stooges) au saxophone...

On ne pourra pas dire que Sonny Vincent, ce punk devant l'éternel, pour son énième album (le gars a une production de dingue), n'a pas su bien s'entourer. Et cela lui permet de nous refourguer un album punk à la fois old school, à la fois américain (restez, restez, je veux parler de New York, pas du punk californien) et bien londonien également. 
Le saxo de Mackay apporte un souffle à l'ensemble, rappelant, bien sûr, les Stooges mais aussi un peu The Saints. 
14 titres, autant de morceaux impeccables. Souvent bien pêchus mais avec aussi quelques moreaux plus posés, qui ne déparent pas pour autant.
Sonny Vincent, je m'en souviendrais toujours, je l'ai vu dans une salle minuscule, la Casamance, à La Rochelle. Un truc qui doit faire la taille de votre salon (allez, ajoutez la kitchenette). Et le Sonny a joué tellement fort qu'un ampli a cramé et qu'il a fallu le sortir dans la rue, tout fumant. Et comme c'était un pote de Moe Tucker et de Sterling Morrisson, avec lesquels il a beaucoup travaillé, il a même terminé avec une reprise du Velvet qui m'a fait sautiller comme un kangourou sous ecsta. 
Bref, Sonny Vincent, c'est un grand du punk, une figure du rock indépendant et ce n'est pas cet album qui va entacher sa réputation dans le milieu, bien au contraire. C'est du gros.



BILLY GIBBONS AND THE BFG's
Perfectamundo
2015
Premier album solo du grand Billy après 45 ans de bons et loyaux services au sein de ZZ Top. 
Et le moins qu'on puisse dire, c'est que le barbu s'est fait plaisir. Intégriste de ZZ Top, passe ton chemin. 
Billy Gibbons garde évidemment son jeu de guitare, ses racines blues et sa voix éraillée mais il se la joue également carrément cubain, salsa et compagnie. Puisant dans la musique caribéenne, ajoutant quelques épices mexicaines, africaines, des orgues old school et du bon vieux blues des familles, le Texan nous cuisine un espèce de truc qui pétille, à la fois entre tradition, modernité et au final un pot pas du tout pourri mais plutôt agréable à écouter.
Alors oui, parfois, ça déroute un peu. Le facétieux Gibbons utilise autotune, du vocodeur, des rythmiques modernes bien clinquantes, ce qui fait qu'on a parfois l'impression qu'il s'agit d'une reprise d'un morceau de Selena Gomez (qu'il voisinait dans le Cultura où j'ai acheté l'album). Je vous fais peur, hein ? C'est voulu. C'est pour montrer que le Billy sait se montrer iconoclaste, qu'il s'amuse, qu'il explore. Qu'il s'amuse à parsemer son son de trucs modernes tout en sachant très bien que son espèce de salade mexicaine sera super bonne quoiqu'il arrive. Et c'est ce qui se passe. 
Souvent, le morceau commence et on frémit un peu: voix zarbi à la Daft Punk, sons bien r'n'b, on est en droit de se dire "euh..." et hop, on part en fait dans un truc qui assure, avec solos de farfisa (le monsieur sait très très bien jouer du piano), guitare bluesy...
Cet album, c'est un peu comme le dernier de Dr John, quand il avait été managé par Dan Auerbach. Gibbons sort de sa zone de confort, se met en danger et s'en sort avec les honneurs.
Bon appétit. N'ayez pas peur, il y a un peu de tout, là dedans, mais c'est cuisiné par un grand maître. Ceux que ça rebute, vous savez pas ce que vous perdez. 




THE DEAD WEATHER
Dodge And Burn
2015
Nouvel album des Dead Weather. Je suis toujours au rendez-vous. 

C'est toujours aussi rock, toujours aussi perché, toujours aussi un peu zarbi, déstructuré, ludique, barré. 
Des suites d'OVNI, entre morceaux stoner, un espèce de rap déglingué electro-rock, du blues déjanté qui côtoie du rock bien lourd, traversé par le chant habité d'Alisson Mosshart. 
La patte de Jack White est bien là, et pas que sur les fûts. Il vient donner de la voix dans les refrains et vient même rapper sur un morceau (évoqué plus haut).
Troisième album,   toujours aussi bourrin et en même temps parfois très fin, pas mal seventies par ici, générique de James Bond par là (dans un morceau qui vient conclure l'album de bien belle façon), Dodge And Burn se laisse écouter avec un plaisir certain. Super groupe qui sert autant de défouloir que de laboratoire d'expérimentations, un peu comme EODM chroniqué plus haut, on sent avant tout l'envie d'en découdre, de se retrouver, de s'amuser, d'explorer et comme pour EODM, le talent de tous ces musicos, c'est de transformer ce moment de bac à sable en pépite sonore qui vient chatouiller nos oreilles. 



ALBERT HAMMOND JR
Momentary Masters
2015
Troisième album solo du guitariste des Strokes, Momentary Masters reprend un peu les choses où The Strokes les avaient laissé. C'est un peu une histoire alternative du groupe qui s'écrit sur cette galette, une uchronie musicale à déguster en parallèle des deux derniers opus du groupe, qui partent un peu bizarrement vers euh... quelque part.
Après deux albums de pop, sympathiques, propres mais pour lesquels je n'avais pas eu de véritable coup de cœur, Albert Hammond Jr revient au rock plus énervé, électrise un peu tout ça. Et nous propose par la même occasion une série de morceaux vraiment agréables. C'est bien dynamique et porté par des guitares qui sonnent super bien. 
Alors non, ce n'est pas aussi expérimental que la dernière production de son pote Julian Casablancas and the Voidz (mais ce serait difficile d'égaler cet album si particulier), c'est plus classique mais tout aussi efficace car maîtrisé et d'une grande maturité. Albert Hammond Jr profite de cet album pour nous montrer le rock qu'il aime, s'amuse à intégrer parfois quelques accents à la Vampire Weekend, et surtout, n'a pas son pareil pour proposer des morceaux immédiatement accrocheurs. 

En live, c'est bien bien rock, trois guitares qui rivalisent pour faire vibrer la salle et Albert Hammond qui ne s'occupe pas forcément des solos et se concentre avant tout sur son "nouveau" rôle de frontman et qui chante. Alors pas comme Casablancas (remarquez, quand on écoute le falsetto de Julian sur le dernier album des Strokes, on peut s'en féliciter) mais d'une manière bien personnelle. Personnelle, comme le sont ses compositions. On le sent impliqué, et content de présenter ses morceaux au public.

En live, c'est aussi, j'y reviens, pardonnez-moi, le concert pour lequel on a opté au lieu d'aller voir les Eagles of Death Metal, en ce funeste 13 novembre. C'est Albert Hammond Jr. C'est du rock. C'était super. 
Sur la route, il était quelque chose comme minuit ou autour de ça, on s'est même dit, alors qu'on s'arrêtait prendre de l'essence dans la station d'un super-u perdu au milieu de la campagne nantaise, les oreilles un peu bourdonnantes et un sourire aux lèvres "c'était cool, c'était bien cool, on ne regrette pas de pas être allé au Bataclan".

Putain.
Un clic.













1 commentaire: