lundi 29 juin 2015

Musique 24, les 5 albums de juin 2015


Mai ? C'est quoi, un mois ? Si personne ne me prévient qu'on rajoute des mois à l'année, comment voulez-vous que je fasse un billet mensuel ?

Bref, voici les trucs à écouter en juin, éventuellement. Donc aujourd'hui et demain. Oui mais c'est déjà ça. 




SPK
Machine Age Voodoo
1984
A cette époque, 1984, Graeme Revell, déjà frontman du groupe, se retrouve, à cause du suicide de son comparse et co-fondateur, Neil Hill (qui rejoint ainsi le Club 27, de justesse), plus encore aux commandes de la mythique formation australienne spécialisée dans l'indus bruitiste radical qui traite de thèmes genre l'aliénation, l'extrémisme politique, les pathologies mentales et toutes sortes de joyeusetés... 
(Vous pouvez respirer, cette phrase est terminée.)
Deux ans après le très dur Leichenschrei ("le cri des corps", dans la langue de Merkel), il est difficile de croire qu'il s'agit du même groupe qui a sorti ces deux albums.
En effet, Machine Age Voodoo est plus à chercher du côté de l'electro-pop, avec des hits taillés sur mesure pour les charts (ce qui d'ailleurs ne marchera pas trop, je crois). Un virage synth-pop qui a tenté pas mal de formations indus au mitan des années 80, SPK y compris donc.
Graeme Revell se la joue Trent Reznor avec 25 ans d'avance, en intégrant sa copine dans le groupe, qui s'occupe de chanter toutes les chansons, transformant donc au passage la formation au passage, même si le nom reste.
Cependant, réduire Machine Age Voodoo à la version australienne d'un sous Depeche Mode au rabais serait très réducteur. Il y a encore une belle dose d'expérimentations sonores, de travaux qui permettent d'éviter les tubes formatés pour plutôt donner des titres zarbis, un peu tordus, clinquants, boiteux et entraînants. Je pense qu'il y avait à l'époque une envie indéniable d'aller se frotter avec le succès, de faire de la thunasse, il y a un cachet très très 80's mais y'a encore une petite étincelle (et un bagage chez le bon Revell) qui fait que c'est quand même assez sympa. Si ça ne l'était pas, j'en causerais pas, d'abord.
Et puis deux ans plus tard, c'est c'est Zamia Lehmanni (baaaave) qui sort, transformant encore radicalement le truc. Mais là encore, on retrouvera quelques sonorités voisines, quelques chemins de traverse qui relient ces genres totalement différents. 
J'ai longtemps eu peur de me frotter avec cet album. C'est un maxi trouvé sur un vide-greniers qui m'a donné envie d'aller un peu plus loin et de lui jeter une oreille. C'est clairement pas au niveau de ce qui s'est fait avant et de ce qui se fait juste après mais ça mérite quand même un peu le détour. Voilà.



ROD STEWART
Never A Dull Moment
1972
Quatrième album solo de l'Ecossais, Never A Dull Moment est un mélange de titres écrits pour l'occasion et de reprises (Jimmy Hendrix, Sam Cooke, Bob Dylan) qui permettent de varier les plaisirs. Blues, rock'n roll et autres titres country s'enchaînent et effectivement, contrairement à la pochette, qui montre Rod semblant autant s'amuser qu'un rat mort dans un congrès consacré au traitement de la neurasthénie chez les moules dépressives du sud de la Patagonie, on prend beaucoup de plaisir à écouter ces morceaux efficaces, à l'orchestration maîtrisée. 
Construit comme le très fameux Every Picture Tells a Story, Never A Dull Moment peut être vu comme le prolongement de l'album de l'année précédente.
Y'a tout ce qui fait le charme de la Grande Bretonne dans cet album: une légèreté, une délicatesse mais aussi un entrain certain... C'est pop, c'est acidulé, c'est rock, c'est délicat et pêchu, c'est anglais (enfin, écossais, pardon). Et le talent de Ron Wood, qui s'occupe de la guitare et de la basse vient renforcer encore l'intérêt de la galette.
Rod Stewart démontre ici qu'il sait bosser, gérer un groupe et mener sa carrière solo tout en jouant au foot avec ses musiciens. Et tout ça avec une efficacité certaine... Encore que pour le foot, j'en sais rien mais si vous êtes au courant de ses performances au ballon rond, n'hésitez pas à laisser un commentaire. Rod Stewart n'est pas encore fatigué d'être riche et célèbre et ça se sent dans cet album. 



IAN DURY & THE BLOCKHEADS
Do It Yourself
1979 
Ce n'est pas la même pochette que mon 33t. Il faut dire qu'il en existe 31 différentes, toutes avec des motifs de papier-peint. 
Ian Dury, c'est l'inventeur de la célèbre maxime "sex, drugs and rock'n'roll" Mais c'est vraiment l'arbre qui cache la forêt. 
Car Ian Dury et ses potes abrutis (c'est pas moi qui le dis mais leur nom de groupe), c'est avant tout une fois de plus du rock très british, avec l'accent cockney en bonus, de l'humour et une inspiration musicale qui se permet d'aller flirter chez tout plein de styles musicaux: punk, pop, coldwave, dub... Une forme particulièrement efficace de s'abreuver au cocktail de ce qui faisait le son anglais de cette toute fin des 70's - début des 80's.
Ambiance très "pub anglais" dans cet album, avec Ian Dury qui n'hésite pas à jouer avec sa voix pour moduler l'emphase entre le ton très gentleman et le ton "je gueule comme un veau pour me faire entendre", tout ça avec un espèce de détachement qu'on devine un peu provocateur, un peu showman... Tout ça dans un album de studio, pas mal, n'est-ce pas ? En fait, Ian Dury, c'était un peu John Lydon en moins enragé et en plus gouailleur. C'est rigolo mais ça tient la route, hein !
C'est pas super évident de causer de cet album mais j'avais quand même envie d'en faire un peu la promo alors, ben, allez l'écouter au lieu de lire mes bêtises. 



TRAX
Watch Out !
1977
Trax, c'est le rejeton de Boney M et de Kraftwerk... D'ailleurs, Pete Bellotte et Keith Forsey, les deux cocos dans les rétros de la moto, ont travaillé pour Boney M, Donna Summers, entre autre... 
Membres de Munich Machine, un groupe de musiciens de sessions constituant la réponse teutonne aux Funk Brothers de la Motown, le duo anglais collabore aussi régulièrement avec Giorgo Moroder, le pape de l'electro européenne de l'époque. 
A la pointe de l'Euro-Disco, l'équipe de Munich Machine va produire un nombre considérable d'albums disco à la fin des années 1970.
Ici, dans cet album de Trax, les musiciens s'en donnent à cœur joie. 
Ainsi, la face A est une sorte de tube cosmique de plus de 14 minutes, un tunnel hystérico--cocaïno-disco avec chœurs, cris d'horreur, refrains vocodés, solos de synthé minimalistes et passages electro-vintage en furie, tout ça sur une rythmique frénétique...Bref, un véritable régal aussi oppressant que délicieux. 
Découpez des fonds de bouteille de vin (demande à un adulte de t'aider si tu as moins de 18 ans, jeune lecteur), à l'aide de scotch marron, posez les comme des lunettes sur vos yeux et remuez-vous dans votre salon, vous aurez l'impression d'être dans une scène de dancing d'un épisode de Derrick (et ça, ça n'a pas de prix). 
La seconde face est plus posée et enchaîne les morceaux avec notamment une conclusion plutôt sympathique (et pas juste parce que le disque se termine).
Expérience de voyage dans le temps, le kitsch et les tréfonds de l'electro, Trax, c'est furieusement tendance, c'est Daft Punk mais version hipster. Pour vous la jouer Tarantino de la musique electro-disco, il ne vous reste plus qu'à passer ce morceau en soirée.
Ne me remerciez pas, vos amis (et vos voisins) le feront pour moi.



THE PRODIGY
The Day is my Enemy
2015
23 ans d'existence pour 6 albums, The Prodigy sait se faire désirer. Le précédent album datait de 2009, c'est dire si le trio Keith Flint - Maxim - Liam Howlett (rejoint ici par le transfuge de Manson, Rob Holliday) a pris son temps pour enregistrer l'album au renard. 
Et pour ainsi dire, ils ont bien fait. 
Le son est là, la puissance également, la rage est toujours intacte. Et surtout, elle ne fait pas surfaite ni artificielle. 
C'était le risque, à piloter ainsi une formation construite sur une telle énergie et en refusant, grosso modo, de faire évoluer le son avec son époque. Car cet opus de The Prodigy est toujours dans la même veine electro-punk-rock que le précédent et que le mythique Fat of the Land (baaaave). 
Et pourtant, ce n'est pas de la redite, c'est un concentré de basses frappantes, de percussions monstrueuses et de grincements electro qui sont autant de crochets balancés aux oreilles des auditeurs. Le morceau qui donne son nom à l'album est ainsi de toute beauté, chanté par Martina Topley-Bird, jouant sur l'ambiant, la voix fluette de la chanteuse et les percussions tribalo-martiales. Il résume le savoir-faire du groupe pour des morceaux mémorables, puissants et emblématiques de ce son, leur son...
Alors, oui, ça n'innove pas des masses techniquement parlant mais la recette étant toujours aussi efficace, perso, je ne fais aucun reproche et je profite du voyage dans ces montagnes russes sonores dont les Prodiges ont le secret. 


Et voilou, de quoi z'écouter de la zique avant l'été.
On se retrouve, si tout va bien, en juillet pour les cinq albums de .... juillet.

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