mardi 28 avril 2015

Musique 23, les 5 albums d'avril 2015

Et hop....


GRAEME REVELL
The Insect Musicians
1986
Graeme Revell, j'en ai déjà parlé, notamment dans le cadre de ma chronique de l'album de SPK où l'Australien avait récupéré les rênes du groupe, somptueux album ambiant où déjà affleurait la démarche de bidouillage de sons de provenances diverses et variées. Avec The Insect Musicians, Graeme Revell remet le couvert. S'inspirant de l'histoire de la Chine et du Japon, et notamment des grillons et autres insectes qui étaient placés dans des cages et qui produisaient des sons accueillis comme de la musique et sur lesquels des poèmes étaient écrits, Revell décide tout simplement de parcourir le monde pendant un an et d'aller enregistrer toutes sortes d'insectes et également d'acquérir les droits sur des sons déjà enregistrés. Il travaille ensuite le tout sur ordinateur, pendant une autre année et revient avec 10 titres hallucinants, pleins de sons zarbis et de mélodies étranges. 
Chaque titre crédite les insectes employés, il y en a une bonne cinquantaine en tout. Il y a des titres originaux, une reprise d'une mélodie traditionnelle japonaise et autres thèmes australiens... Alors évidemment, on est en 1986: de nos jours, Graeme Revell disposerait d'un matos incomparable avec l'époque. Certains travaux sonores sont datés et accusent leur âge. Cependant, le tour de force est impressionnant et il se dégage de ces pistes une atmosphère particulière. Le livret détaille l'histoire de la musique "insectine", de la production de ces sons (organes des insectes etc...), de la captation des sons et du travail sur les ordinateurs avec pédagogie et détails. Si vous n'avez pas l'album, le livret est néanmoins consultable sur internet en tapant "The Insect Musicians Graeme Revell" sur google.
Cette compilation inclue également un autre album, l'adaptation de compositions d'un artiste totalement aliéné, Adolf Wölfli, qui passa sa vie interné pour diverses violences sur jeunes enfants. Mais ce sera l'objet d'une autre chronique...



LEAF HOUND
Growers of Mushroom
1971
Leaf Hound est un autre de ces groupes mort-nés de l'époque mythique du tout début des 70's anglais. Alors que l'album sortait, enfin, le groupe avait déjà fait sa tournée promotionnelle et se séparait, épuisé. 
Enregistré en onze heures, cette suite de titres bien heavy, portés par une voix puissante et des guitares acérées n'a pas trompé son monde puisque le disque est rapidement devenu collector. Le top du top des collectors pour les mags musicaux... Au point d'atteindre 4000 livres sterling aux enchères. Ce qui fera dire au chanteur désabusé et devenu décorateur et charpentier qu'il aurait du acheter ses propres disques pour les revendre quelques années plus tard...
Heureusement, votre serviteur n'a pas eu à vendre un rein et une partie du foie pour se procurer l'album mythique car Repertoire a eu la bonne idée de ressortir Growers of Mushroom. Avec une belle notice qui explique cette occasion manquée qu'a été ce groupe. Occasion semi-manquée car finalement la formation a fini par se réunir, portée par l'aura quasi-mystique de son opus oublié (mais pas par tous), en 2004, 33 ans après s'être brisée.  
Alors que dire ? C'est du british heavy blues rock des années 70, c'est du lourd, c'est la genèse de tout ce que sera le stoner quelques 25 ans plus tard, c'est entraînant comme pas possible. Par contre, contre toute attente, je te vois venir, lecteur/auditeur, ce n'est pas psychédélique. Le mushroom, ici, c'est pas celui auquel on pourrait s'attendre. Il vient d'une nouvelle horrifique d'une antho qui a donné son titre à pas mal de chansons de l'album, et même au nom du groupe (nouvelle de Ray Bradbury). 



VARIOUS ARTISTS
Boogie Woogie
1930-1959
Le boogie woogie, ce n'est PAS que la chanson de notre Eddie national, c'est aussi - et surtout - une manière pianistique d'interpréter le blues, comme le dit cette bonne vieille Wookie Pédia. En gros, une main, la gauche, joue les accords du blues et l'autre "brode" des variations improvisées, souvent sur un rythme bien rapide. Il peut y avoir des cuivres qui accompagnent le tout.
Alors ça fait tout de suite penser à des trucs de piano-bar, de cabaret, de speak-easy et tout le toutim et bizarrement, ça donne rapidement envie de boire (pas du lait fraise). La pièce se remplit des fumées de cigarettes, de l'agitation des clients et... Bref, c'est une musique qui trimbale une image forte, je trouve. Et j'aime beaucoup. Pas de paroles, ça habille une soirée sans monopoliser l'attention mais si et quand on s'y arrête, on arrive pile poil pour déguster un passage virtuose et entraînant. 
Cette triple compilation datant de 1978, propose donc trois disques (si, si), remplis à ras bord de morceaux, les plus anciens datant des années 1930 (dans des prises plutôt propres), jusqu'aux années 1950, présentés par ordre chronologique. "Monkey" Joe Coleman, Lionel Hampton, Count Basie, Cab Calloway et autres Mary Lou Williams se succèdent et vous entraînent dans leurs morceaux qu'on dirait tout droit sortis des soirées des années 30 et 40...



SCHLOSS TEGAL
The Grand Guignol
1993
Bon, on change d'ambiance, et pas qu'un peu. Schloss Tegal, c'est du dark ambiant, de l'indus "progressif" bien bien bien bien bien dark. Des mecs du Kansas un peu obsédés par les esprits, les perversions sexuelles et les tueurs en série, en activité (eux pas les tueurs en série) depuis le tout début des années 1980. Des activités du genre à enregistrer un titre avec des bruits d'autopsie, comme sur Certificate of the Wound ou à terminer le disque sur un passage d'une interview d'Henry Lee Lucas. Cet album navigue en eaux troubles et noires, de longues plages de bruits oppressants qui construisent des entrecroisements de nappes malsaines et arrivent à poser une ambiance poisseuse et bien dégueue de laquelle surnagent parfois des voix provenant de l'enfer ou d'un endroit pire encore... On a l'impression de se promener dans un abattoir hanté, en gros. Ce qui, vous en conviendrez, est plutôt primesautier comme loisir. 
The Grand Guignol, l'est, grand-guignolesque, sur quelques titres, comme celui-ci cité plus haut et notamment avec sa pochette, qui alterne copie de la lettre de Jack l'Eventreur avec témoignages d'Henry Lee Lucas et photos de victimes... Mais la musique, elle, sait parfois se faire moins outrancière, moins provocante, elle est plus insidieuse, plus discrète mais toute aussi saignante. Schloss Tegal fait fort avec cet album. Vous l'aurez deviné: vous jouez à Kult ou à du Cthulhu pas trop pulp, vous lisez du Clive Barker ou du Graham Masterton, vous voilà avec LA bande originale à vous procurer...



IGGY POP & JAMES WILLIAMSON
Kill City
1977
Quand Iggy & The Stooges explose, après l'album Raw Power (je dis album mais je pourrais dire "merveille du monde" que ce serait plus fidèle), Iggy et James décident de rester encore un moment ensemble tandis que les frères Asheton s'en vont, lassés d'avaler des couleuvres (et probablement pas mal de trucs tout aussi mauvais pour le foie). Pop et Williamson enregistrent cet étrange album, où l'on retrouve leurs folies conjuguées mais elle est ici moitié assagie, plus posée, comme s'ils venaient de traverser une période plus qu'agitée (ce qui est, vous l'aurez compris, totalement le cas). On sent l'épuisement mais ils n'ont rien perdu de leur talent pour autant, c'est juste moins frénétique. Moins proto-punk, plus blues, moins Stoogien et plus Stonien... La guitare de Williamson est toujours perchée mais elle laisse un peu de place au piano, au saxophone pour un album jugé parfois plus "mature", en tout cas plus facile d'accès (je préfère quand même Raw Power, faut pas déconner).
Enregistré durant les weekends de permission d'un Iggy Pop hospitalisé en psychiatrie pour se débarrasser de son addiction à l'héroïne, contenant des morceaux joués du temps de la fin des Stooges, Kill City devait servir de démo pour de nouveaux contrats. Les masters perdus en route expliquent le son sourd de l'album, qui provient du green vinyl utilisé dans le pressage de l'album.
Cet album, personne n'en voudra et il restera dans les placards pendant plus de deux ans. James Williamson finira par lâcher les bandes à un studio sans l'accord du Pop si l'on en croit la légende (lui aurait aimé fignoler le boulot) alors que les albums d'Iggy Pop enregistrés avec David Bowie le ramenaient sous les feux de la rampe. Cela deviendra donc le troisième album d'Iggy Pop: un album assez méconnu et qu'il convient donc d'écouter d'urgence.

Voilou voilou pour ce mois-ci.

Bonne écoute, les loulous.



Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire