samedi 18 avril 2015

Darty Killer


Je n'ai pas fait trop de critiques de films sur l'Oeil. Jamais même, je crois bien. Et pourtant, j'en bouffe du long-métrage. 
Mais bon... Je ne prend pas trop le temps et puis ce n'est pas un exercice évident. 

Et pourtant, la dernière sortie de Crocofilms Editions m'a donné envie de sortir de cette réserve. 

The Refrigerator

Avatar de cette période un peu folle où les scénaristes n'avaient visiblement plus trop d'idées de croquemitaines pour en être réduits à arpenter le rayon électro-ménager du Boogeymen-megastore, le film est un plaidoyer formidable pour ceux qui aiment à réduire l'horreur et la comédie horrifique à ses pitchs parfois plus improbables les uns que les autres. 

The Refrigerator est construit comme tout film du genre: prologue avec les victimes habituelles puis scènes d'exposition. Ici, un couple de l'Ohio s'aventure dans la Grosse Pomme et croit faire l'affaire du siècle en louant un meublé dans un quartier pourri de NYC pour une misère. En plus, bien pratique, l'énorme frigo des 50's est fourni dans le bail. Le proprio semble un brin sournois, un peu pressé de louer mais bon...

Et puis, le film se déroule tranquillement, jusqu'au climax où le frigo se déchaîne.

J'en vois qui rient, au fond, et ils n'ont pas tort. Car The Refrigerator semble être un Z qui surfe sur son idée de base délirante pour dérouler un film un peu mou, seulement rehaussé par ses scènes de meurtre...

Et pourtant ! C'est vachement réducteur de n'y voir que ça. Parce qu'en dehors de l'intérêt potache de voir un réfrigérateur attaquer de pauvres locataires et les mâcher avec sa porte ou les tenter avec un produit genre frozen yogourt pour mieux leur congeler la peau du bras, The Refrigerator, c'est aussi une péloche avec quelques trucs qui m'ont bien plu:

- Déjà, le film datant de 1991 et étant tourné en extérieur, c'est un peu du New York City des 70-80's qui déboule sur votre télé. Ce NY crado, métallique, tagué, plein de clodos aux mitaines rapiécées et de monticules d'ordures. Je dis pas que j'idéalise cette époque reaganienne qui pue la fracture sociale par tous les pores urbains mais cette ville-là, celle de Henenlotter et de Lustig, par exemple, avait une autre gueule cinématographiquement parlant que la ville Disney actuelle. A présent, il faut tout le talent d'un Jim Mickle pour retrouver des coins un peu craspec (voir le sublime Mulberry Street), à tel point que Alexandre Aja a déplacé le remake de Maniac à Los Angeles, c'est quand même un signe.
Alors hein, que les choses soient claires, je ne regrette pas la fin des taudis, je parle de cette ville de NY qui est celle des cassettes de mon enfance, je parle de ciné, pas de sociologie. Ce vieux New York, c'est le même à qui j'ai déclaré mon amour dans Garbage Rampage, pour ceux qui suivent mes errements scripturaux. 
Eh bien, The Refrigerator, c'est en plein dedans. Certains coins sont si perraves qu'on dirait la ville prison que Carpenter a inventé et situé 6 ans après la sortie de ce film.

- Au delà du pitch du long métrage, caricatural au possible donc, il se dégage quand même des thématiques plus soignées, comme le lent basculement dans la folie, la jalousie, la frustration sociale, le décalage provinciaux - urbains... Tout ça dans le portrait de cette femme un peu délaissée, qui s'ennuie et flirte avec un concierge argentin ancien danseur de tango (à la prestation anthologique) ou dans celui de son époux: un arriviste maladroit (il est de l'Ohio, hein) et frustré qui veut croquer la pomme à pleines dents et se retrouve finalement à en mâcher les pépins. 
Le frigo n'est finalement peut-être qu'une métaphore de ces aliénations, un marqueur de cette ville tentaculaire et oppressante qui bouffe les nouveaux arrivants suffisamment naïfs pour croire au rêve américain... Ok, ça fait intello et j'ai pas l'habitude de décoder les films de la sorte mais là, j'ai apprécié le traitement de ces thèmes là, que j'ai jugés plus efficaces que d'habitude, même si je serais bien en peine de dire pourquoi. 

- Les scènes de délire, de cauchemar, qui impliquent le frigo comme "porte de l'enfer", sont, malgré des effets très cheap, super bien réussies.  C'est visuellement efficace, rythmé et ça a de la gueule. C'est tout ce que j'aime, ces scènes avec des bouts de ficelle et pensées et exécutées avec une habileté encouragée par un budget qu'on imagine plus que modeste. Le réfrigérateur est un monstre mis en scène avec parcimonie et maîtrise. Et pourtant, c'était pas gagné, quand on y pense.. Si, si, essayez d'avoir peur de votre frigo !

On peut ajouter quelques beaux effets gore, notamment dans la séquence finale, version hardcore de l'Apprenti sorcier, séquences réjouissantes bien qu'un brin courtes, probablement du fait du petit porte-monnaie du réal. Mais ne boudons notre plaisir... 

Bref, je ne vais pas épiloguer des lignes et des lignes, The Refrigerator, c'est bis et c'est bien. Pour certains, ce n'est probablement qu'un nanard qui ne vaut que par son idée de base mais ce serait vraiment ignorer toutes les saveurs de ce cocktail eighties pour n'en admirer que la couleur. 

C'est dispo par ici, à un prix dé-ri-soire:


Donc, n'attendez plus, fanas de pépites de vidéo-clubs, pour passer un agréable samedi soir, avec des pop-corns et tout le toutim, direction Crocofilms.

De cet éditeur, j'avais déjà beaucoup apprécié Terreur extra-terrestre, le proto-Predator et le très très sympathique Hollywood Chainsaw Hooker et sa secte sataniste et autres duels à la tronçonneuse (naaaan ? Si, si !).

Alors, hop, on y va, en plus, il fait de sacrées réduc si on en prend plusieurs.
(je n'ai aucune action chez le crocodile du ciné).


Et sinon, à très vite pour quelques chro musicales avec les albums d'avril (pas Lavigne, hein).

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