vendredi 30 janvier 2015

Musique 20, les 5 albums de janvier 2015

Et voilà, on atteint les 100 chroniques. Quelques pauses en route, quelques délais dépassés mais bon, on y est. 

Enfin, pas encore, y'en manque 5 donc.


Les voici:


RY COODER
Bop till You Drop
1979
C'est le huitième album de ce musicien qui écume les studios. Ry Cooder, c'est un gars qui a tourné avec Captain Beefheart, qui a filé des riffs de guitare aux Rolling Stones, tourné avec le Crazy Horse.
Musicien virtuose, il joue de la mandoline, de la guitare, tout ce qui est à cordes à gratouiller, en somme.
Ry Cooder est également réputé pour s'intéresser à des styles de musique souvent méconnues et à ne pas hésiter à y piocher de quoi construire ses albums, proposant ainsi une série de disques variés tout au long de sa longue carrière, empreinte d'une certaine musicologie, mais pas celle des élitistes, plutôt celle des passionnés. 
Ici, y'a des rythmes qui font penser aux Caraïbes, du gospel, un inévitable souffle blues, porté par des partitions de guitare très fines.
Ce qui est intéressant dans cet album, c'est toutes ces sonorités travaillées qui commencent à passer à la moulinette des futures années 80. Ici, y'a pas trop de dégâts, les eighties pointent timides, dans les arrangements et le travail sonore. C'est aussi pour ce petit piment de nouveauté qui vient se greffer sur un mélange déjà riche que le disque vaut l'écoute.
C'est pas son meilleur, c'est sûr mais il est bien sympatoche, comme on dit.



BIRMINGHAM SUNDAY
A Message from Birmingham Sunday
1968
Les Birmingham Sunday, issus du Nevada, sont une petite formation qui délivre un rock psychédélique aux accents pop et folk. Ils ont sorti un album test en 1968. Celui-ci n'a pas rencontré le succès escompté. Voilà.
C'était sans compter les archéologues musicaux qui sont allés chercher cet album oublié pour le proposer à nouveau à la vente.
Et c'est tant mieux. Parce que certes, on n'est pas chez les 13th Floor Elevator, c'est plus easy listening, plus The Mamas & The Papas, surtout avec le chant "mixte". Malgré tout, cette pop ensoleillée et un brin flower power sur les bords reste tout à fait comestible.
C'est hippie, c'est mignon, tout à fait dans l'époque et dans le ton mais c'est c'est également travaillé et efficace.
Et surtout pas mal varié, accents médiévaux, orientaux, chant habité ou choral, solos de guitare et orgue old school, les titres se suivent et ne se ressemblent pas forcément. On voyage, en écoutant cet album méconnu mais qui aurait mérité, sans forcément être sur le toit du monde, d'être plus diffusé.
C'est psyché et moi, en ce moment, j'aime bien.



ELECTRIC WIZARD
Time to Die
2014
Cet album a fait pas mal fantasmer les fanas de la formation britannique. Retour aux sources, retour de membres de la formation d'origine, tout ça...
Et puis, paf, pétard pas mouillé mais un peu tiède, visiblement, quand on lit les critiques.
Sauf que.
Sauf que moi, je l'aime beaucoup cet album. Alors certes, le connais le sorcier électrique qu'avec deux albums, Witchcult Today et Black Masses. Je ne connais pas encore les Come My Fanatics et les Dopethrone, censé être le top du top du groupe. Donc bon, je ne parle pas en véritable "connoisseur", probablement. Autant prévenir en préambule.
Time to Die, c'est un album presque mélancolique, mais attention, la mélancolie version doom de drogué fana de satanisme à la Hammer et de promenades bucoliques dans les cimetières... Ca commence avec un ruisseau, on enchaîne ensuite les titres lourds, malsains et oppressants mais d'une très grande puissance - et qui s'enchaînent vraiment bien - et on finit dans le ruisseau à nouveau. Entre les deux ruisseaux, des morceaux moins tapageurs moins heavy que d'habitude mais des morceaux sur lesquels flottent une espèce d'ambiance 70's plus calme mais non moins noire. On dirait vraiment un concept album old school qui développe un climat et ne se contente pas d'enchaîner les gros titres qui décoiffent. C'est comme la BO d'un film d'horreur bucolique et rural d'Angleterre de la Hammer ou de chez Amicus, comme si les musiciens avaient cherché à faire la bande son de la Nuit des Maléfices...
Dans son genre, je le trouve très réussi et l'album se démarque des précédents sans pour autant signaler une nouvelle orientation, simplement de nouvelles explorations.



TRENT REZNOR & ATTICUS ROSS
Gone Girl (soundtrack from the motion picture)
2014
Puisqu'on parle de musique de film, voici un sommet du genre. Les deux font la paire. Après une BO de Millenium de très très haute facture, le duo signe à nouveau la BO d'un Fincher et de diou que c'est réussi. Une succession de plages sonores mi-expérimentales mi-ambiant mi-perles minimalistes qui pose un climat intemporel mais d'une lenteur glaçante.
Musique de rêve pour un thriller psychologique de cauchemar, la BO de Gone Girl sait se faire oublier et se rappelle  à vous lors de passages d'une grande efficacité et on réalise à ce moment là à quel point l'habillage sonore travaille à l'ambiance. Une ambiance aisément transportable: perso, Millenium m'a servi, en boucle, pour un roman et c'est Gone Girl que j'ai choisi pour mon boulot actuel. Et c'est à présent un compagnon indispensable pour me mettre dans l'état d'esprit nécessaire à une bonne session d'écriture.
Ne lui dites rien mais je crois bien que j'ai chouravé les musicos à Fincher.



NEIL YOUNG & CRAZY HORSE
Psychedelic Pill
2012
Ça commence par driftin'back, un morceau de pas moins de 27 mn, un espèce de tunnel de folie, moitié trip psychédélique, moitié mantra dans lequel Neil Young nous confie ses doutes, ses envies (se faire une coupe de cheveux hip hop ?) ses obsessions (il nous dit du mal du MP3 et se désole qu'on entende que 5% de son son). Quelle jam de ouf malade !
Il a enregistré ce double album, son plus long à ce jour, juste après avoir rédigé son autobiographie, et on retrouve l'état d'esprit de l'artiste du livre à l'album.
Le Crazy Horse et lui sont en pleine forme et plutôt généreux car ce premier titre, somptueux, est loin d'être le seul gros morceau de cette double galette. Ramada Inn, fait plus de 16 mn tout comme Walk Like A Giant.
Bref, y'a du lourd. Et du bon gros lourd. Y'a comme un plaisir communicatif, celui du retour en studio après des doutes quant à son avenir en tant que musicien, comme on peut le lire dans son bouquin. Vu que le Young avait arrêté le pétard, il s'inquiétait de ne plus pouvoir écrire. Qu'il soit rassuré, il sait toujours et il sait toujours le faire bien. Car y'a pas que la taille qui compte, n'est-ce pas, et ces morceaux longs ben, on ne s'y ennuie jamais, bien au contraire. Et toujours cette émotion à fleur de peau...
Cet album est un peu barré, un peu dans les clous, comme toujours difficile à chroniquer. Il alterne les jams brillantes avec les compositions plus classiques de Neil Young. Classiques mais pas dans le sens tristement classique, hein.
Un esprit 60's flotte sur cet album, on sent qu'il s'est construit par des échanges entre Neil Young et le groupe, comme s'il fournissait les paroles et des bases de mélodie et qu'ils jouaient tous ensemble, en se faisant plaisir, pour arriver à ces morceaux hallucinants. Et tout ça, sans pétard ? Peut-être, peut-être... L'esprit 60's mais pas de nostalgie, le son est moderne, c'est pas un tribute à une époque, juste une bulle qui remonte et qui pète, comme ça, et c'est bien.
Perso, c'est mon préféré des albums récents du Loner. Et un de mes préférés de tout Neil Young et un de mes préférés tout court.
Et je l'apprécie tellement que je l'ai choisi tout spécialement comme 100ème album évoqué.

Ce qui clôt notre billet musical pour ce mois. De quoi démarrer l'année avec du bon son (IMHO, hein).

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