lundi 29 décembre 2014

Musique 19, les 5 albums de décembre 2014

Faux départ en novembre, billet fin décembre. C'est juste. Mais j'espère que le billet du mois retiendra toute votre attention car c'est du lourd. Juste donc mais lourd. Ou plutôt lourd mais juste. Enfin, bref...



THE 13th FLOOR ELEVATORS
The Psychedelic Sounds of The Thirteenth Floor Elevators
1966
Ils ont beau être restés au 13ème étage, la bande de joyeux Texans allumés menée par Roky Erickson et Tommy Hall est la première sur beaucoup de points. Ce sont les premiers à proposer un véritable album et non une succession de hits et de singles. C'est d'ailleurs pour ce point précis et capital qu'il vous faut écouter cet album sur la Limited Edition de Charly (non, pas Oleg) datant de 2010. En effet, l'album tel qu'il est proposé depuis bientôt 50 ans a été complètement remaniée par IA, leur producteur à l'époque. Alors qu'à travers un choix bien précis d'enchaînement de titres, Tommy Hall entendait emmener l'auditeur pour un voyage psychédélico-philosophique bien précis et cartographié selon ses soins. Voyage qui s'achève au Paradis, d'où le véritable dernier titre Kingdom Of Heaven, utilisé notamment en générique final dans l'un des premiers épisodes de True Detective. Je ne conseille pas souvent les éditions collector. D'ordinaire, les titres bonus accolés au bout des chansons m'ennuient par leur simple présence mais là, il faut écouter l'album dans l'ordre. Le reste n'est qu'hérésie. 
Premiers, nos Texans azimutés le sont également dans l'usage "musical" du mot psychédélique. Ce sont donc de véritables pionniers d'un rock qui va se façonner dans les années suivantes.
Sans eux, malheureusement : la traque policière, véritable harcèlement quotidien, les tournées harassantes et les abus d'acides vont avoir raison du groupe et de sa santé mentale. Interpellations, jugement, placement en hôpital psychiatrique, évasions... 
Se plonger dans cet album, c'est remonter aux origines du mouvement psychédélique, sur fond de rock garage (qui va en inspirer plus d'un) et de cruche électrique pour déguster un album aux mélodies hypnotiques, aux sonorités riches et déroutantes (et qui devaient l'être encore plus à l'époque, forcément). Un peu comme le Velvet Underground dont ils sont l'équivalent moins bad tripesque, les 13th Floor ont tellement inspiré de formations ultérieures que les citer serait fastidieux sinon impossible.
Un must-listen, assurément.


THE DEVIL'S ANVIL
Hard Rock From The Middle East
1967
On reste dans le psychédélique. En faisant un pas sur la droite. A l'écoute, on pourrait croire qu'on fait un sacré grand pas, jusqu'au Moyen Orient. Mais il faut en fait chercher les origines de ce groupe moins loin à l'Est, à New York. Sous l'égide de Pappalardi, manager et membre du groupe, les Devil's Anvil donnent naissance à une relecture rock de titres traditionnels orientaux et à quelques compositions originales, ajoutant au rock des instruments comme le bouzouki, l'oud ou le durbeki et mélangeant le tout avec le fuzz des guitares et des paroles en arabe, grec ou anglais. A noter une très belle reprise de Misirlou, plus "cool" que celle de ce bon vieux Dale
Ça aurait pu fonctionner du tonnerre. Sauf que voilà, l'album est sorti en pleine Guerre des Six Jours, et aucune radio n'a voulu passer ces titres. Le tonnerre était celui des bombardements, finalement... 
Un album méconnu donc, et qui vaut pourtant assurément le détour. J'y retrouve les sonorités que j'évoquais sur ce même blog, il y a bien longtemps, avant même ces billets musicaux, quand, à l'occasion d'un article thématique, je causais de Rachid Taha, de son superbe album Made In Medina ou encore le bel essai dans le genre de Peter Murphy, Dust.


TELEVISION
Marquee Moon
1977
On fait un petit bon dans le temps. Mais on reste à NYC. Plus précisément, on se rend au CBGB, le club du rock underground dans lequel traînent des gens comme Patti Smith, John Cale (qui y enregistra son superbe Sabotage en 1979), Talking Heads ou les Ramones, entre autre...
Television, c'est un groupe peut-être un peu vite catalogué dans le punk. Il en a certaines valeurs, un petit côté "Do It Yourself", il porte un véritable souffle d'indépendance et de volonté de ruer dans les brancards mais, à la manière de ses voisins les Têtes qui Parlent, Television ne coupe pas pour autant (tous) les ponts avec les dinosaures des 70's. 
Puisant autant dans les Stones (duels de guitare entre Tom Verlaine et Richard Lloyd), dans les morceaux à rallonge de la décennie précédente (à ce titre, le titre qui donne son nom à l'album est une merveille de 10:40, avec solos de guitare, pas très punky punk, tout ça) qu'impulsant un vrai souffle moderne, Television est bien dans son époque, celle de cette flamme galopante de créativité qui va contaminer les USA et le Royaume Uni autour d'un rock débarrassé de certaines de ses lourdeurs sans pour autant abandonner l'idée de proposer une musique faite de morceaux élaborés et technique. Ils représentent un mélange qu'on retrouve, par exemple, chez leurs cousins australiens, The Saints. Comme pour eux, le succès est mitigé, peut-être pas assez punk pour rivaliser avec la déferlante...
Chant "urgent", fragile et sur le fil, guitares déchirantes, section rythmique au poil, paroles au style inédit, Television, sur cet album, fait des miracles. Éteignez-la et écoutez-les ! 


JULIAN CASABLANCAS + THE VOIDZ
Tyranny
2014
Television, la transition toute tracée pour parler de Julian Casablancas, leader de Strokes un peu fatigués et en pause à la durée indéterminée (même si leur dernier album pansait les plaies, il peinait à proposer quelque chose d'aussi délicieux que le premier ou le troisième album des larrons new-yorkais). Television qui a du beaucoup influencer le groupe. Voilà, c'était pour la transition.
Casablancas est donc parti chercher de nouveaux potes, ces drôles de Voidz. Et tout ceci accoucha d'un truc tout bizarre. Une sorte de brûlot post-punk, indus-rock low-fi vintage Nintendo style. Pour résumer un peu. En gros et mal.
Tyranny, c'est un album que je sens comme monumental mais si intimidant si complexe et sans véritable porte d'ouverture qu'il faut un paquet d'écoute avant d'en saisir la substantifique pulpe (je suis végétarien, ok?).
Repoussant par moments, bruitiste, élitiste mais oh combien brillant, cette galette séduit autant qu'elle intrigue. On dirait parfois du Atari Teenage Riot mais avec une écriture rock et non hardcore. On dirait parfois que les sons proviennent d'une NES. Et Casablancas pose sa voix caractéristique sur des mélodies bariolées, arythmiques, pleines de cassure et de bricolages sur des synthé vintage. C'est casse-gueule mais cette prise de risque (on est loin de la déclinaison strokienne) est comme un saut périlleux dont la boucle hasardeuse se termine sur une réception magistrale. On ne peut que saluer le culot ET le résultat obtenu par ce petit polisson de Julian Casablancas, véritable artiste, de ceux capables de se réinventer.


THE DØ
Shake Shook Shaken
2014
J'ai apprécié le premier album du duo même si, comme beaucoup, les geignardises entendues en boucle à propos des frontières et des soldats et des épaules avait fini par me fatiguer un peu. Sauf que voilà, ce troisième album de The Do est vraiment novateur. 
De l'aveu même du groupe, le duo s'est saisi de sonorités basiques (qu'ils détestaient pourtant)  constituée d'une batterie de sons cheap et sommaires afin d'apporter du neuf à leur musique aux sons travaillés dont ils ne souhaitaient pas explorer la surenchère. Chacun a travaillé chacun sur son lap-top et a proposé ensuite cette succession de perles electro-froides qu'on dirait produites par une formation suédoise tellement que c'est léché, propre, froid et maîtrisé. 
Une sorte de retour aux sources créée par une contrainte qui pousse à donner le meilleur et à chercher dans la simplicité et l'efficacité la force des morceaux. C'est à la fois urbain (oui, forcément, avec de tels sons) et campagnard, primesautier, presque...
Et la tentative d'aller de l'avant est réussie, la déclinaison de cet album pousse effectivement à se secouer les oreilles, titillées par ces titres ciselés. Y'a un peu de The Knife, en moins morbide, un peu de Jay Jay Johanson dans son album (moitié renié depuis, dommage) Antenna, mais à la sauce The Do. 
Un très bon album d'electro minimaliste, donc.


On aurait logiquement du terminer l'année sur  le 100ème album chroniqué (et donc le 20ème billet musical). Et ben tant pis, je vous donne pour ça rendez-vous l'année prochaine, avec de quoi bien commencer l'année.
Et cette chronique boucle deux ans de rendez-vous presque mensuels (y'a eu pas mal de ratés, bon...), avec une première en décembre 2012.

Bonne année musicale donc et à bientôt !

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