vendredi 24 octobre 2014

Musique 18, les 5 albums d'octobre 2014

Musique, maestro. Les oreilles occupent l'esprit.

LOU REED
The Bells
1979
Un an déjà. Un an que le songwriter, rockeur et prince de la nuit new-yorkaise est décédé. Alors, allons-y, comme dirait l'autre, pour un petit hommage. 

The Bells, c'est un album un peu bâtard. C'est du lourd, c'est du Lou, la galette est excellente, mais en même temps un peu bancale, comme une oeuvre à la croisée d'influences pourtant à la base difficilement solubles. Il souffle sur cet album comme un petit souffle berlinois, dont le sommet est sans contexte le tube froid et electro Disco Mystic et ses voix bidouillées qu'on croirait tout droit sorti du studio d'Eno et Bowie
Foutraque, fragile, sombre, cet opus enchaîne les titres malades, où la voix de Lou Reed est poussée dans des retranchements zarbis, alors qu'il est accompagné de tout un cortège de cuivres un peu aliénants. Et au résultat, ça donne un The Bells captivant. Une fois qu'on est dans cette étrange ambiance ouatée et oppressante, Looking For Love (qui fait incontestablement partie de mes titres de Reed préféré), un bon gros rock, vient balancer tout ce que je viens de dire à la trappe, le temps d'un morceau ultrapêchu. Et ça se termine par un morceau atmosphérique, là encore, très coldwavo-ambiant, de quasi 10mn, le fameux The Bells, qu'on se demande bien pour qui elles sonnent. Peut-être pour Lou Reed lui-même, qu'on sent pas très en forme psychologiquement, à cette époque. Mention spéciale à la couverture, que je trouve très réussie.


LOU REED
The Blue Mask
1982
L'album de la reconstruction. Avec le précédent, chroniqué au dessus, Lou Reed semblait complètement cramé, cuit par la drogue, les excès, la dépression... En résultait une trilogie bien sombre, avec son ascension (grâce à des expérimentations bienvenue) dont The Bells sonnait l'apogée. Mais Lou Reed a neuf vies et même s'il en a déjà bousillé quelques unes, il retombe sur ses pattes lou-reediennes avec cet album, au son aussi intemporel que ses autres albums très personnels déjà chroniqués ici-même. On est en terrain plus connu ici, ce qui ne signifie nullement que ce n'est pas intéressant, bien au contraire. Les textes sont toujours aussi ciselés, la voix si caractéristique et Reed est ici épaulé par un guitariste hors-pairs, Robert Quine.
A noter la très angoissante Waves Of Fear, qui parle du manque, des délires oppressants de la drogue (les paroles sont juste hallucinantes) et la très douce et nostalgique (si on peut utiliser un tel mot dans un tel contexte) The Day John Kennedy Died.
Coiffant au poteau David Bowie avec 31 ans d'avance, la pochette recycle un album phare comme pour mieux symboliser que... Que quoi d'ailleurs ? Que tout change, que finalement son visage n'est qu'un masque, que son oeuvre reste la même ? A chacun de se faire son opinion sur cette illustration...


NEIL YOUNG & CRAZY HORSE
Re-ac-tor
1981

Neil Young, en ce moment, j'en bouffe en permanence. Il y a quelque chose qui me parle chez cet artiste, que je découvre sérieusement (je le connaissais avant, faut pas déconner) depuis peu. Et à travers ce que j'ai pu vivre récemment, ses albums, sa philosophie, son autobiographie, ses paroles, me touchent particulièrement. Alors forcément, la sélection musicale mensuelle s'en ressent.
Re-ac-tor et les critiques, c'est un peu le désamour. Visiblement, cet album a déçu et déçoit encore. Bâclé, raté... On peut souvent lire ce genre de qualificatifs. Même si, comme d'hab, y'a toujours quelque chose à sauver, en l'occurrence, c'est souvent Shots, le morceau conclusif qui est cité.
Alors que ben, cet album, il est guénial. Ok, il sort alors que, et c'est Young lui-même qui le dit, il s'est un peu dégagé de ses obligations musicales pour s'occuper de son second fils, Ben, lourdement handicapé. Sauf que justement, c'est ce détachement qui, contre toute attente, produit un album intéressant en diable. Et pourquoi ? Parce qu'il contient toujours la haute dose de franchise de l'éternel hippie canadien. Alors oui, l'album n'a pas la force des grands opus du maître. Mais il est jouissif. Déconnant, plein d'humour, plein d'une espèce de faux cynisme typique de l'humour ricain, Re-ac-tor est aussi caractérisé par une espèce de volonté d'easy-making, si je puis dire, propre au post-punk. Quand on écoute le très répétitif T-Bone, on ne peut s'empêcher de trouver (en tout cas, dans mon cas), une ambiance typiquement britonne et post-punk à la The Fall, thématique comprise... Il s'en dégage une sorte de proximité non dénuée d'une invitation à l'écoute complice. Ça déconne mais ça n'oublie pas de vous inviter, même si l'album est moins chaleureux que d'autres du Cheval Fou. Et ce qui pourrait, à la lecture de cette "critique" ne ressembler qu'une pochade contient, pour autant, une bonne portion de génie musical, de passages impressionnants, de titres très puissants qui tirent l'album vers les sommets, comme Southern Pacific. Bref, même en prenant la musique -un peu- à la légère, le Young livre là un album terrible, qui mérite mieux que ce qu'on en dit un peu partout...


OSIBISA
Woyaya
1971
De l'afro-pop à présent, avec un groupe londonien, composé de musiciens en provenance du Ghana et des Caraïbes. Osibisa, une formation toujours active de nos jours, ayant publié pléthore d'albums mais avec des changements notables dans la composition, pas mal de membres originels étant décédés. Woyaya est leur second album.
Et le moins qu'on puisse dire, c'est qu'on est transporté. Transporté dans un coin un peu mystérieux, où les éléphants volants (qui vont devenir la marque de fabrique du groupe et leur logo) vous entraînent dans des paysages sonores qui mélangent la musique africaine, l'efficacité toute anglaise et les épices caraïbéennes et sud-américaines que n'aurait pas renié un Santana de passage.
Les morceaux dépassent tous, ou presque, les 5 mn, avec un petit côté "progressivo-psychédélique" bien appréciable dans lequel une batterie de cuivre vient ajouter une touche soul tout à fait délicieuse. Y'a de tout, là-dedans, des passages de percus africaines, des choeurs, de l'afro-jazz, de la pop, des guitares bien rock, cela pourrait paraître peu ragoutant et pourtant, c'est un vrai délice auditif, entraînant comme pas deux. Hautement recommandé.


TED NUGENT
Free-for-All
1976
Ted Nugent est l'archétype parfait du connard: réactionnaire, pro-peine de mort, pro-chasse, anti-tout ce qui promeut le droit animal, raciste, vantard, militariste (bien que s'étant fait exempté pour le Vietnam, pas folle la guêpe), bref, l'archétype du pauvre type bien con. Et en plus, c'est un guitar hero qui se tripote le manche comme si c'était le roi du monde. Et en plus de plus, il est à présent quasi-sourdingue (ha) mais continue de se faire remarquer en insultant les Amérindiens et PETA.
Bref, le pote idéal, l'Amérique dans tout ce qu'elle a de répugnant.
Et pour autant, quel musicos, l'enfoiré. Longue carrière, talent, tout ça, tout ça... Ses solos sont assez impressionnants sans pour autant virer à la pignolade caricaturale (en tout cas sur les albums que j'ai).
Et le monsieur de proposer une série d'albums sur la fin des années 70 qui valent assurément qu'on y jette une oreille. Son deuxième album est de ceux-là, bourré jusqu'à la gueule de morceaux bien rock, dynamiques et dynamités. Se lançant doucement dans sa carrière solo, il se fait aider, pour cet album, de Dereck St Holmes pour le lead vocal (celui-ci lâchera l'affaire en cours de route, d'ailleurs) et Meat Loaf, inconnu à ce moment-là, est invité sur un titre. Ça pulse, c'est électrique, maîtrisé et pour autant ça déborde d'une énergie difficilement contenue...

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