vendredi 11 avril 2014

Musique 13, les 5 albums d'avril 2014

Oupla, vous venez de faire un bon dans le temps, quelques mois ont passé mais y'a toujours plein de disquounets à chroniquer.


THE KNIFE
Shaking The Habitual
2013
Duo et dans le même temps fratrie suédoise, le groupe de Karin et Olof Dreijer s'est fait connaître en 2000. Après plusieurs albums, Madame a fait également un détour par un album solo, Fever Ray
Shaking The Habitual est un album généreux. Un double album. Il s'agit d'une oeuvre à la croisée de nombreux courants electro, une oeuvre référentielle. Alignant titres "classiques" et efficaces, comme ceux qui pouvaient être contenus dans Silent Shout (leur excellent opus de 2007) et plages sonores expérimentales et ambiantes, le duo de frappadingues nous propose une succession de pépites glacées, aliénantes ou intrigantes, traversées de part en part par les percussions tribales omniprésentes et martelant la plupart des morceaux de leur rythmique entraînante.
Shaking The Habitual, c'est capturer Aphex Twin, le forcer à vivre un hiver suédois et alors que le printemps pointe son nez, le mixer à My Life in the Bush of Ghosts, la pièce maîtresse de l'électro-ambiant accouchée par Brian Eno et David Byrne, il y a bien longtemps (musicalement parlant, hein). C'est parfois aussi délirant et crispant qu'Aphex Twin donc, mais en plus organique, en moins robotique, même si les expérimentations sonores et vocales sont là pour emmener les morceaux vers des sommets d'inventivité, proposant des ambiances uniques.
C'est à écouter mais attention, il faut aussi, à mon avis, être en condition, sinon, ça devient vite stressant (mais c'est aussi ça qu'est bon, dans le genre musique qui triture les méninges).


JUNIOR KIMBROUGH
You Better Run
2002
Changement de registre avec cette pointure du blues qu'est Junior Kimbrough. Né en 1930, ce gars joue du blues toute sa vie, jusqu'à une reconnaissance tardive, dans les années 90 quand il signe chez Fat Possum. Il décède en 1998 après avoir signé quelques albums qui ont fait de lui une légende vivante du blues, courtisé par Iggy Pop, U2 ou les Rolling Stones. Les Black Keys lui rendront hommage en 2006 avec un album de reprises. 
Junior Kimbrough propose un blues hypnotique et répétitif. Mais ce qui pourrait être taxé de simpliste est ici habité d'une force impressionnante, un élan qui vous embarque dans les mélodies sans vous demander votre avis et vous avez tôt fait de vous retrouver à taper du pied. 
Cet album est constitué de ses plus grands titres. De quoi se familiariser avec l'artiste. 
A écouter si vous aimez les blues directs, sans chichi ni fioritures, un retour à l'essentiel, à l'essence même du blues rugueux et franc du collier, aussi minimalistes que puissants.


NICK CAVE, WARREN ELLIS & VARIOUS ARTISTS
Lawless (original motion picture soundtrack)
2012
Patronné par le Nick (un artiste que je connais encore assez peu) mais pas que, la BO de Lawless s'avère une excellente compil de blues, bluegrass et autres musiques de rednecks et de hillbillies. Elle se paie même le luxe de présenter deux terribles (dans le bon sens) reprises de White Light / White Heat du Velvet Underground: une de Ralph Stanley, le petit papy, véritable icone de la folk américaine, qu'on entend déjà dans O'Brother et l'autre par The Bootleggers, le groupe formé par Cave et ses potes pour l'occasion.
Et quelle occasion: une succession de titres à la fois roots et modernes, dans lesquels le banjo, le violon et autres s'invitent, pour tout plein de morceaux entraînants.
Même sans voir le film (ce qui serait sacrément dommage mais ce n'est pas là l'objet de ce billet donc je n'insiste pas mais ce serait dommage quand même, voilà, c'est dit), on peut profiter de la musique proposée par ce disque. L'alliance entre le réal, John Hillcoat, Nick Cave et Warren Ellis n'en est pas à ses balbutiements, puisqu'ils ont déjà travaillé ensemble sur tous les films du monsieur, et ce depuis 1988 (en tout cas, pour Nick Cave). Ici, ils apportent leur expérience au service de tout un pan de la musique populaire américaine, pour notre plus grand bonheur auditif.


IGGY POP
Blah-Blah-Blah
1986
Ça commence avec une balade hard-FM aux synthés qui me font vaguement penser à un tube de Dorothée. Aïe.
La porte d'entrée de cet album, extrêmement datée, porte en elle les souffrances d'un Bowie producteur dont la propre carrière sent un peu le pâté-eighties.
Pour celui qui aime le Pop version The Stooges, ça fait une sorte de décalage assez désagréable.
Et pourtant (oui, que la montagne est belle mais pas seulement).
Et pourtant, disais-je, ce serait dommage de passer à côté de cet album.
Alors oui, on préférait voir Bowie et Pop collaborer (même si le mot est un peu inapproprié) pour Raw Power ou encore pour The Idiot ou Lust for Life. Sauf que 10 ans ont passé. On est en plein dans les années 1980. C'est une décennie plutôt ingrate pour les rock stars. Convoquant Steve Jones des Sex Pistols pour se refiler un petit sniff de jeunesse en pleine tronche, Iggy Pop s'offre avec Blah-Blah-Blah son premier succès commercial depuis un bon bout de temps. Et en fait, passé un temps d'acclimatation à ce son typé, clinquant, on finit par apprécier les mélodies. On en finirait même par déguster le parfum post-punk qui flotte sur cet album, fausse galette pop un brin déviante qui n'hésite pas à intégrer des morceaux bien plus audacieux qu'on pourrait le penser de prime abord.
Cet album, je l'écoute pas souvent mais il me rappelle à lui de temps en temps, et passe alors en boucle pendant quelques temps. Pop qui fait son crooner, l'omniprésence de Bowie comme à l'époque berlinoise, la folie de l'Iguane qui affleure, ici et là, les titres plus lents, bourrés d'une ambiance certaine... C'est délicieux, tout ça.


VISTA CHINO
Peace
2013
Ok, on est en 1995. Ne vous fiez pas à la date qui figure au dessous du titre de l'album. On est en 1995, je vous dis. Kyuss est là. Le cirque n'a pas tout à fait quitté la ville. Monsieur Loyal a.ka. John Garcia est toujours là, au milieu de la piste. Et il est rejoint par la fine fleur du stoner rock que sont Brant Bjork et Nick Oliveri.
Rassemblés, si j'en crois les souvenirs que j'ai d'une interview, lors d'une édition du Hellfest, nos compères, un temps étiquetés Kyuss Lives! changent de nom quand Josh Homme et Scott Reeder leur rappellent que eux-aussi ils étaient de la bande.
Qu'importe, Kyuss Lives! devient Vista Chino et, quelques temps plus tard, en 2013, sort cette petite pépite qui a traversé les époque pour nous.
Traverser les époques oui, car Vista Chino fait du Kyuss. D'aucun pointeront la tendance un peu "la tronche dans le rétro" de la formation mais ce serait quand même reprocher au groupe quasi-fondateur du mouvement que de vouloir continuer à évoluer dans le courant musical qu'ils ont plus que contribué à créer.
On a donc là un bon opus qui sent bon le désert, les champi, les moteurs, les amplis cramés et le cactus. Un poil cliché, un poil feignants mais terriblement efficace, le groupe ne s'embarrasse pas de chercher à réinventer la poudre à couper l'eau chaude, se contentant d'aligner les perles, en l'occurrence des titres efficaces, puissants et qu'on aime écouter très fort. N'allez pas pour autant croire qu'il s'agit d'un album bâclé ou facile. L'absence de prise de risque n'est pas synonyme d'album fait par dessus la jambe. On sent les musiciens à l'aise, visiblement contents d'être là, ensemble, à jouer ce qu'ils aiment jouer. Et je trouve ça communicatif. Et comme ils sont les pros en la matière, ben, on en prend plein les oreilles.



C'était le retour du retour des chroniques musicales. Je vais tout faire pour reprendre le rythme et je vous dis donc: en mai, écoute ce qu'il me plaît !


Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire