samedi 7 décembre 2013

Musique 12, les 5 albums de novembre 2013

Oui, le temps de deuil m'a fait prendre du retard dans ces chroniques musicales.
Je me dépêche donc de vous proposer les albums de novembre en tout début de mois !

Novembre 2013


WICKED LADY
Psychotic Overkill
1972
Forcément, après avoir chroniqué leur premièr(e) album/compil il y a deux mois, je n'ai pas grand chose de neuf à évoquer à propos de ce groupe aussi incroyable qu'inconnu. La composition du groupe s'est légèrement modifiée. Le bassiste du premier album est parti en Inde, remplacé par Del Morley. Les titres datent tous de 1972. 
Et que dire si ce n'est qu'ils sont aussi mémorables que sur la galette précédente. Les morceaux sont toujours aussi "hard", le son sombre et puissant, la section rythmique assoie les lignes bien graves sur lesquelles se pose la mélodie grinçante de la guitare et la voix claire du chanteur. Un équilibre précurseur, parfait, délicieux.
L'influence hendrixienne du guitariste et leader est ici clairement affichée avec la reprise de Voodoo Chile. Ici encore les soli déchirants et déchirés pleuvent et viennent faire décoller des morceaux à la rythmique si puissamment mise en avant que vos enceintes et votre caisson de basse ne pourront que vous écrire une belle lettre d'amour. 
Sin City, morceau impressionnant, presque stoogien, avec son petit refrain très amerloque vient vous préparer à l'odyssée finale, à bord du Ship of Ghosts, morceau monumental de... 22 mn. Oui, oui, vous avez bien lu. Un morceau à placer au panthéon des morceaux de rock de tarés, avec le sublissime Sister Ray du Velvet Underground. 22 minutes d'un trip unique, avec ses montées en puissance, ses pauses faussement calmes, tout ça, tout ça... Définitivement ma claque de l'année, pitoyablement découverte grâce à "et si vous aimez XXX, vous aimerez YYYY" bidouillé par la société à Jeff Bezos. Alors bon, je viens de vous donner un moyen plus honorable de vous jeter dessus, alors y'a plus qu'à !


ZEPÜLKR & SALE FREUX
Les fables immorales et fuites improbables de Crapefreux en Morterat ( Split Album)
2013
Un peu de changement souffle sur les chroniques musicales. Un vent lourd et putride. Un vent qui est passé se charger des fragrances immondes des charognes laissées à pourrir non loin d'un bûcher médiéval. Un vent qui m'amène à vous causer de black metal mais pas n'importe lequel. Du black metal bien médiéval, de ceux qui vous débouchent les esgourdes à grand coup d'épée bâtarde. 
Et c'est plus particulièrement le side de Zépülkr qui m'intéresse. 
En effet, pour les plus observateurs d'entre-vous (si vous arrivez à déchiffrer les logos bien typés black metal), vous aurez reconnu le groupe présenté en 4ème de couv de Pestilence, un roman TRASH que j'ai eu l'honneur et le plaisir de vous proposer il y a quelques temps. 
Zépülkr est un groupe porté par Sa Saleté Maléfikus Krhäss de Morterat, Nigromagus de Noir Anjou, renforcé par le Sorcier de la forge infrasonique qu'est le Magistère Faementeor Antümnos le Lubrique pour les basses. 
Quand on voit le casting, déjà, on se doute que ça va pas causer bisounours ou alors c'est qu'ils ont été triple-fistés au tire-bouchon à la De Gaulle, celui qui lève les bras, hein. Et effectivement, les fables immorales évoquées sur cet album sont à l'avenant. Invoquant un Moyen Âge sombre et particulièrement localisé autour de la Doutre, cet ancien quartier jadis mal famé d'Angers, ces poèmes vénéneux déploient moult tableaux immondes et nécrophiles/phages, peuplés de vermines, de putes, de mécréants, de bubons prêts à éclater et de foutre noir. 
Usant d'un langage à la fois délicieusement rétro tout en se permettant des audaces modernes, les textes déploient une richesse que je ne soupçonnais pas dans ce type de musique (j'avoue être assez néophyte en ce qui concerne le black). Les morceaux, musicalement, sont à l'avenant et m'ont également fait revoir l'image que j'avais du black. Déjà, les premières notes font penser au morceau des Lords of Salem et ça, déjà, ça claque. Ensuite, tout comme la voix qui se fait parfois hurlante, ils intègrent des passages bien bruitistes et puissants, rythmés par la double-pédale qui envoie du gros (ça, ok, je connais), pour soudain se faire plus mélancoliques alors que le chant se mue en plainte déchirante et que la musique intègre de la guitare sèche ou des notes de basse bien "claires" qui m'ont fait penser à de la coldwave. Le bourreau semble se faire alors troubadour pour nous conter ces quelques fables immorales mais mémorables tandis que derrière lui, les cadavres pendus au gibet dansent lentement sous un vent glacial et se font becter les yeux par des corbeaux. Mais ça ne dure pas et il reprend bien vite sa cognée. Et c'est pas pour couper du bois, le merdailleux ! 


Compilation
Les Haricots Sont Pas Salés
1972-1974
On quitte le moyen-âge craspec pour gagner à nouveau le bayou. Cette compilation est la bande originale d'un film documentaire sur la musique cajun. Mélangeant morceaux enregistrés lors de sessions organisées sur les porches des habitants et courtes interviews de ces mêmes Cajuns parlant de leur rapport à la musique, cet album est aussi instructif que distrayant.
Un moyen idéal pour en apprendre un peu plus sur cette musique et notamment sa construction au fur et à mesure des décennies, des siècles, même, grâce à l'autre versant de la pochette et à l'intérieur, qui détaille brièvement mais efficacement les origines des Cajuns et de leur musique, revenant notamment sur la bataille entre violon et accordéon importé par les Allemands pour occuper le premier plan.
A l'intérieur de la pochette, chaque artiste est évoqué, chaque titre aussi, revenant sur la biographie de ceux qui, en 1972 sont déjà, pour la plupart, âgés ou décédés peu de temps avant la sortie du disque. Mais on en apprend aussi sur la musique cajun en général.
Bref, une véritable pépite, autant musicale qu'ethnographique.


NINE INCH NAILS
hesitation marks
2013
Avoir du retard, ça a du bon. Ça permet de finalement bouleverser les albums prévus. Ce dernier NIN vient ruer dans les brancards et s'imposer à moi comme album à chroniquer ce mois-ci.
NIN et moi, c'est toute une histoire d'amour. C'est un peu, à la manière de Lou Reed, un artiste, une formation que j'ai découvert tôt dans mon odyssée musicale. Avec du lourd: l'album The Fragile, qui reste, pour moi, non seulement le meilleur album du groupe et en plus, rien moins que le-meilleur-album-de-musique-du-système-solaire-en-entier-et-même-qu'on-peut-inclure-Pluton. Cet album, c'était LE son S. que je cherchais, à l'instant T.
Et puis, le tourbillon d'la vie, tout ça, mes goûts ont un peu évolué. J'ai continué d'apprécier le groupe, je suis allé déguster les concerts orchestrés par un Reznor maniaque du détail. Après The Fragile, même si j'aimais beaucoup, je trouvais qu'un sommet avait été atteint et puis bon, plus le temps passait, moins j'écoutais d'indus, de rock industriel, d'electro et tout le toutim. Dernièrement, j'avais beaucoup aimé la BO de Millenium, j'avais également beaucoup aimé le travail d'Atticus Ross, sur la BO du Livre d'Eli, et contre toute attente et pas loin d'être seul au monde, le travail de Reznor, de Ross et de la très mignonette Mme Reznor sur How To Destroy Angels, chroniqué ici même.
Bref, je me suis pas bousculé de suite pour acheter l'album (je mens, en fait, je l'ai acheté le jour de sa sortie, ok) mais je ne me suis pas bousculé pour l'écouter en boucle.
Et pourtant, le bougre a su me séduire, me rappeler à lui, comme un goût de reviens-y mais pas seulement. Cet album est juste incroyablement abouti. Disons-le tout de go. Les pistes s'enchaînent, c'est du terrain connu mais c'est aussi une suite de titres ciselés, remplis d'ambiances, de sons, de textures riches comme jamais, intégrées ensemble dans un espèce de ballet de bidouillis qu'il est indispensable d'écouter au casque. C'est l'oeuvre d'un gars qui s'est posé pas mal de question, qui est passé de brun ténébreux tourmenté à mèche à clone de Mark Whalberg dans No pain No Gain, rescapé d'overdose, de dépression++ et autres démons pour revenir, en profil GI Joe, avec un album enrichi des expérimentations de l'escapade HTDA. Album que d'aucuns évoqueront comme l'album de la maturité. Pour moi, c'est un trompe-l’œil. La maturité artistique, elle était déjà là avec The Fragile. Mais la maturité du bonhomme derrière, peut-être que... On pourrait avoir l'impression que NIN rentre dans le rang, avec une oeuvre moins "extrême", plus easy-listening... Y'a à un côté electro sombre un brin plus policé, moins brut, qui pourrait faire croire qu'on verse dans le Depeche Mode ou même Radiohead (ce qui est loin d'être une insulte, convenons-en mais qui pourrait choquer quand on parle de NIN) car c'est un apport electro moins hargneux, certes, mais qui reste dans les eaux troubles des Clous de Neuf Pouces de long. On a presque l'impression que Reznor cherche à nous dérouter, juste pour le fun, parfois. Un peu plus mainstream depuis qu'il a eu son oscar, peut-être. Mais c'est pas forcément inquiétant pour autant.
A tous ceux qui disent "oui mais euh, c'était mieux quand il était malheureux et sombre et dark et triste et drogué..." j'ai envie de répondre... Ben, pas grand chose en fait. Je m'en tiens à mon constat auditif, pas aux articles de la presse people. Et ce constat, il est clair, l'album est solide, propose une évolution musicale sans pour autant couper les ponts avec les explorations des décennies précédentes (le groupe commence à avoir des années au compteur).
Vous l'aurez compris, vous, mes plus fidèles lecteurs de mes élucubrations musicales, plus mon article est long, plus c'est un signe que j'ai du mal à évoquer l'oeuvre dont je glose comme une truie. Mais c'est aussi parce que c'est souvent une galette qui me marque bien. hesitation marks, c'est un NIN grand cru, la réponse, 16 ans après, à The Fragile. J'ai plus la surprise sonore style "claque dans tes oreilles" forcément mais j'ai bien conscience de déguster un album comme on en fait peu et qui marque, sans hésitation (hoho, même pas honte).
Ok, y'a une chanson avec un drôle de refrain mais même-elle, dans son petit clin d'oeil à The Cure, vaut le coup d'oreille. Même si ça fait bizarre. Un peu. Mais y'a aussi Satellite. Voilà.


BRIAN ENO
Another Green World
1975
Vous trouvez que les albums berlinois de David Bowie ont un goût de trop peu ? Vous êtes un gros dingue du son de guitare si caractéristique à la Robert Fripp, entendu notamment sur beaucoup d'albums des meilleurs artistes de 1977 à 1981 environ ? Vous aimez les albums un peu barrés, variés, enchaînant les expérimentations zarbies aux chansons pop mélancoliques héritées d'un Roxy Music sous acide mâtiné des envolées électroniques qui ont du faire triper un certain Moby pendant longtemps ?
N'attendez plus, jetez vous sur Another Green World de Brian Eno, ce sorcier sonore inspiré, celui qui a rendu plus d'un album unique rien qu'en venant bidouiller quelques boutons mystérieux. Sur son troisième album solo, le maître se montre plus qu'inspiré et a su convier autour de lui de sacrés bonhommes, à même de l'aider à concrétiser ses stratégies obliques et autres plans de bataille séquencés. Jugez-en du peu: Phil Collins à la batterie, Robert Fripp à la guitare, Percy Jones à la basse et John Cale au violon. Entre autre... Eno se chargeant de quasiment tout le reste, des orgues turbulents aux percussions spasmodiques en passant par le piano hésitant et autres sons artificiels (c'est lui qui le dit tout ça). Il en résulte des morceaux ambiant qui transportent son auditeur on ne sait où mais quelque part où c'est vraiment beau, mélancolique, calme, inspirant, quelques plages plus inquiétantes et de très belles chansons plus classiques et typiquement british. Golden Hours est juste... Juste... Magistrale. Avec le violon de Cale, qui se pose à la fin de cet espèce de chant presque médiévalo-tristounet... Magistrale, je vous dis.
Un grand, un très grand album.


Et voilà, sorry pour le retard. La bonne nouvelle pour ceux qui aiment à lire mes logorrhées sonores, c'est que le billet de décembre devrait lui, sortir en décembre.

Et puisqu'il faut le dire, avec ce billet, je clos un an de chroniques. Et je continue. J'ai trop de disques dont je veux parler, c'est obligé.

A bientôt donc !




2 commentaires:

  1. Artikel Unbekannt9 décembre 2013 à 12:34

    Tu vas me dire que je suis un brin casse-nouilles, et c'est probablement vrai, mais... Je dois avouer que j'aime bien quand tu causes littérature et ciné, aussi. Or là, ça fait un petit moment que ce n'est pas arrivé... Pas que tes chroniques musicales ne soient pas intéressantes, au contraire. Et je sais pertinemment que l'élaboration de tels articles prend du temps. Mais puisque c'est bientôt l'heure des voeux et des bonnes résolutions, je me suis dit que le moment n'était pas trop mal choisi pour demander si un deuxième billet mensuel était envisageable en 2014... Parce que je sais que tu lis autant de bons bouquins et vois autant de bons films que tu écoutes de bons disques. Alors voilà: casse-nouilles oui, mais gourmand, surtout ;)

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  2. J'y pense, j'avoue mais le souci, c'est qu'effectivement, ça prend du temps et si je dois rajouter 5 films et 5 livres (déjà, je ne pense pas lire 5 livres par mois)... Me reste à trouver une formule, 5 livres/films, par mois, peut-être... :)
    Merci pour le commentaire, en tout cas :)

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