lundi 28 octobre 2013

Musique 11, les 5 albums d'octobre 2013 - Hommage à Lou Reed

"Fuckin' Fuck"

Mon billet musical octobrien était presque achevé quand j'ai appris la bouleversante nouvelle du décès du grand, du très grand Lou Reed.

Du coup, impossible de faire l'impasse sur un hommage en bonnet difforme en sélectionnant parmi ses albums.

Les albums sélectionnés pour octobre paraîtront donc en novembre.

Alors bon, un spécial Lou Reed... Déjà, je vais essayer d'éviter de causer du Velvet, de Transformer, de Metal Machine Music ou encore de Berlin. Pourquoi ? Pourquoi se priver d'évoquer Perfect Day, Walk on the Wild Side, Sunday Morning, Heroin, Sister Ray, All Tomorrow's Parties, Satellite of Love, Sweet Jane, Vicious, Venus in Furs et tant d'autres ?

Non pas parce que je n'aime pas ces albums ou ces titres, bien au contraire (bon, MMM, c'est un peu particulier, cela dit) mais parce que je pense que ces albums là vont suffisamment être évoqués pour que je n'ai pas besoin d'y aller de ma plume maladroite. Non, je vais tenter d'inviter à l'écoute d'albums peut-être, je dis bien peut-être, un peu moins connus, un peu moins médiatisés. Ce qui est d'ailleurs ma démarche pour ces billets, en général. Donc forcément, en ôtant tous ces classiques, cette sélection musicale va surtout évoquer le Lou Reed des années 1980 et 1990.
Et puis j'avoue que malgré toute l'affection que j'ai pour cet artiste et son oeuvre, il y en a encore des pans qui me restent non pas à découvrir mais à écouter avec attention, comme notamment Coney Island Baby,  Magic and Loss, The Bells, Sally Can't Dance et autres titres d'anthologie.
Lou Reed, c'est quand même 4 albums avec le Velvet et 20 albums solo, sans compter les lives. 

J'avais déjà évoqué le master es New York avec la critique d'Ecstasy, en décembre 2012, lors de mon tout premier billet musical. 
Je vous propose donc d'écouter cinq autres albums du monsieur, modeste hommage à une de mes idoles, que j'écoute depuis plus de 16 ans. Pas d'ordre chronologique, pas d'hagiographie biographique, pas les "immanquables" ou les "pépites ultimes", juste les quelques albums que j'ai si souvent mis dans le lecteur.


Octobre 2013


LOU REED
Set The Twilight Reeling
1996
Lou Reed, je l'ai découvert sur les conseils de ma mère, alors que j'écoutais, en boucle, David Bowie. Elle m'a parlé de ce gars, avec qui Bowie avait travaillé. Et même qu'on pouvait l'entendre dans les chœurs, le David. Le premier album reedien que j'ai écouté était donc le sublime Transformer. Mais comme j'aime bien écouter aussi les derniers albums des artistes, je me suis procuré Set The Twilight Reeling, qui, à l'époque (nous étions alors en 1997) était son dernier album. 
Quel choc, mes aïeux. C'était peut-être le meilleur moyen d'aborder cet artiste: un album pour lequel il expliquait avoir trouvé LE son qu'il cherchait depuis des années, une suite de poèmes dédiés à la ville dans et par laquelle il respirait, la grosse pomme. Après en avoir évoqué notamment les plus sombres aspects (dans l'album New York, justement), Lou Reed causait là de ses liens de cœur avec la ville, de ses souvenirs d'enfance, de son identité même de New-yorkais. Tout ça avec des morceaux bien rock, aux sonorités abrasives presque blues, un album intimiste, mélancolique et en même temps plein de vie. Le genre d'hommage difficile à réaliser, parce que casse-gueule, parce que potentiellement rapidement neuneu. Que nenni ! Rien que le morceau Finish Line et sa guitare sèche hypnotique viennent pulvériser ce risque. Dans ce disque, Lou Reed chante. Oui, dans beaucoup d'albums, il verse souvent vers le sprechgesang, le chanté-parlé. Là, on dirait qu'il s'autorise à pousser sa voix, à y injecter ces mélodies qu'il abordait souvent avec timidité/réticence sur d'autres albums.
Même le boitier bleu - associé à la jaquette jaune à rayure - a la classe. Et j'ai détesté longtemps le très bon ami à qui je l'avais prêté et qui me l'avait rendu cassé. 


LOU REED & JOHN CALE
Songs for Drella
1990
Après avoir viré John Cale (ou que celui-ci ait claqué la porte), Lou Reed a continué seul aux manettes du Velvet Underground un moment puis s'est cassé lui aussi pour démarrer sa carrière solo. Entre-temps, il s'était bien fâché avec Andy Warhol. 
Puis le peintre a cassé sa pipe. Les deux frères faussement ennemis ont enterré un temps la hache de guerre fossilisée pour lui rendre hommage (signalons toutefois que Moe Tucker, bien loin du monde du rock depuis des années, les avait précédé en enregistrant son propre hommage quelques temps avant). 
Drella, contraction de Dracula et de Cinderella, désignait Andy Warhol. Même qu'il semblait ne pas trop apprécier, si l'on en croit la légende. N'empêche. Comme sur la très belle couv, son ombre plane sur cet album qui raconte un peu sa vie, son enfance, ses fragilités, ses travaux (films, son rôle de producteur, ses œuvres graphiques...) ses relations avec le Velvet Underground et vice versa. Lou Reed s'investit de manière très personnelle sur cet album, revenant sur sa brouille d'avec Andy, se reprochant de ne pas avoir fait le premier pas vers la réconciliation et évoquant sa très forte colère envers celle qui avait tenté d'assassiner l'artiste plasticien et qui était en partie responsable de son décès quelques années plus tard lors d'une opération chirurgicale.
Album hommage donc forcément un peu "séquence émotion" (c'est réussi d'ailleurs) mais aussi album bien construit alternant morceaux rock versant vers les vertes années du Velvet Underground (contenant cependant les ébauches du son "parfait" dont je parle plus haut) et jolies ballades. Album qui a d'ailleurs donné lieu à un live minimaliste (le duo sur scène, avec projections d'images derrière) particulièrement appréciable. Peut-être un bon moyen de saisir l'ambiance de ces années Factory.


LOU REED
Growing Up In Public
1980
1980, Lou Reed a traversé les années 70 de manière agitée. Toxico, alcoolo, provocateur, il a enchaîné les albums, les lives, les réussites, les albums moins appréciés et les coups d'éclat. Peut-être ressent-il le besoin de se poser un peu, de faire un premier bilan de sa vie agitée. Toujours est-il qu'il ralentit un peu le rythme avec cet album. 
Et la production est tout particulièrement soignée, quel son de basse, notamment ! 
Un album moins sombre, moins rock (même si, ne nous y trompons pas, il y a quelques titres qui déménagent bien, genre Keep Away), plus intimiste, encore une fois. Peut-être le premier chapitre de ce qui sera suivi quelques années plus tard par Magic and Loss and Set The Twilight Reeling. De toute façon, Lou Reed puise son inspiration dans sa vie, son quotidien, pour nous livrer de saisissants tableaux, réalistes, poignants, passionnants. C'est le cas ici, notamment avec My Old Man, qui évoque la relation d'amour puis de haine qu'il a avec son père. 
Cet album est un peu dual. D'un côté, on a le Lou Reed qui comme d'hab, ne respire pas particulièrement la joie de vivre (face) et de l'autre, de l'autre côté du disque, on a une photo du groupe où même s'il ne sourit pas, le prince de la nuit semble un peu plus intégré dans une formation qui semble d'humeur à se faire un ptit bœuf sur le pouce, là, tranquille. Dans l'album, on retrouve ce mélange de noirceur, de cynisme et de, malgré tout, bonne humeur. 


LOU REED
New York
1988
Peut-être son album le plus abouti, au niveau des textes. Une suite de poèmes incroyablement vivants, urbains et parmi, quelques pépites d'une noirceur impressionnante (comme Dirty Blvd, notamment). Dans la notice qui accompagne l'album, Lou Reed conseille de l'écouter de bout en bout, en prenant soin d'appréhender la galette comme un ensemble et non une suite de morceaux ajoutés les uns aux autres. C'est dire si dans cet album, il a la volonté de proposer un tableau, une fresque, même, de sa ville. De cet endroit qui semble l'inspirer plus que tout autre. Le chanté-parlé est ici de mise, pour évoquer les bas-fonds, les exclus, les marginaux, la drogue...
Quelques années plus tard, un Iggy Pop fortement influencé par cet album (c'est mon hypothèse perso, j'ai aucune déclaration pour le prouver) proposera American Caesar, dans la même démarche mais version Iggy Pop. 
New York est un album plus dépouillé, plus classique dans la formation musicale que le précédent. Mais moins saturé et expérimental que Set The Twilight Reeling
New York, en pleine fin des années 80, a un son presque intemporel, plus lié à l'univers de Reed qu'à l'époque de son enregistrement. Pas d'éléments typiquement eighties qui pourraient, à la réécoute, plomber l'album. Du tout. On pourrait croire qu'il a été enregistré 10 ans avant ou 10 ans après. C'est la force des tableaux les plus réussis, ça, de ne pas souffrir du temps qui passe. 


LOU REED
Perfect Night: Live in London
1998
Enregistré en 1997 dans le cadre d'une tournée, ce live, puisqu'il fallait bien en évoquer un (Reed en a quand même enregistré presque une dizaine), permet à Lou Reed de tracer, en quelques titres l'aperçu d'une riche carrière. Une fois encore, une oeuvre d'un type tellement new-yorkais que le verso de la pochette nous présente le pont bien connu de Brooklyn (si je ne m'abuse) alors qu'il s'agit d'un live enregistré, comme son nom l'indique, en Grande Bretagne.
Lou Reed en live, c'est (c'était) un peu particulier. Pas vraiment un showman, le Lou. Pas du tout même. La sobriété de ses morceaux, de sa voix, on la retrouvait puissance 1000 dans son jeu de scène. Pour autant, ses prestations valaient le détour, permettant à ses chansons d'être présentées sous un nouveau jour. Je me souviens notamment des quelques morceaux qu'il a joué au Madison Square Garden, pour les 50 ans de David Bowie.  
Dans ce live, on a l'impression d'un petit concert dans une salle modeste, pour un show intimiste où Lou Reed se livre. 
J'ai eu la chance de voir Lou Reed en concert en juin 2007 au Palais des Congrès, alors qu'il tournait en reprenant Berlin, titre par titre, avec la même formation musicale que lors de l'enregistrement. Si l'ambiance était très bobo avec verres de champagne en plastique et présentait un Lou Reed finalement un peu moins rock'n roll que je ne l'imaginais, le show fut sacrément à la hauteur de la légende et de l'album, que certains (et j'en fais presque partie, presque) placent au top de sa discographie volumineuse. Et le rappel nous a permis de déguster quelques autres titres d'anthologie de cet artiste inoubliable.  

  
Voilà.
Un petit hommage parce que je ne voulais pas laisser passer ce triste événement sans évoquer l'importance de cet artiste dans ma culture musicale. C'est bancal, c'est fait à l'arrache, c'est pas super élaboré mais voilà.

Avec la vie qu'il a mené, Lou Reed aurait pu très bien faire partie du Club 27. Il a eu donc un sacré répit, finalement. Même si 71 ans, ça paraît forcément trop tôt.Un répit durant lequel il nous a gratifié de véritables pépites d'un rock intimiste, noir et sobre. Et de quelques saillies asociales destinées aux journalistes (haha, bien fait). Je pense qu'on n'oubliera pas de sitôt un tel artiste.


Bye Mister Lou.











Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire