dimanche 29 septembre 2013

Musique 10, les 5 albums de septembre 2013

"En septembre, fais comme en août", qu'ils disaient.

Septembre 2013


OBLIVIANS
Desperation
2013
Oblivians, le son garage de Memphis, se reforme après s'être séparés en 1998 pour nous lâcher ces 14 bombes grasses et saturées. Cet album mélange avec brio le blues, le rock garage, le rock des fifties et l'énergie punk et si l'ombre de Dan Auerbach plane (le loustic est d'ailleurs cité dans les remerciements), il ne faut pas oublier qu'Oblivians, c'est une formation de 1993 et qu'ils ne sont donc pas nés de la dernière pluie acide. Dans le même genre, on pourrait tout autant citer le très bon Hanni El Khatib. Et bien sûr The Gories, leurs homologues de Détroit, avec qui ils partageaient récemment les tournées.
Greg Oblivian, Eric Oblivian et Jack Oblivian, fratrie de la saturation, alternent les postes de guitare, batterie et chants sur une succession de titres courts, qui vont à l'essentiel et posent une ambiance telle qu'on se croirait dans un boui-boui du Tennessee, entouré de rednecks rockeurs arrosés de bières, en train d'essayer vainement de monter le son de l'antique jukebox de la pochette pour couvrir le brouhaha du bar. 
Oblivians ne révolutionne pas le rock mais par d'habiles mélanges d'ingrédients hautement épicés, arrive à proposer un gumbo qui ne sent pas le réchauffé. Bien au contraire, on se surprend à demander du rabiot ! 


MOTT THE HOOPLE
All the Young Dudes
1972
L'album démarre avec une reprise glam de Sweet Jane, le titre velvetien de Lou Reed et après quelques pépites arrive le morceau qui a donné son nom à l'album. Un titre qu'on connait mieux entonné par David Bowie. Mais c'est oublier que le Ziggy l'avait d'abord composé pour la formation anglaise qu'il admirait, groupe qu'il avait pris sous son aile, leur proposant ce qui allait devenir leur tube. Bowie, sur cet album, joue du saxo et son timbre plane sur les chœurs.
Album typiquement glam, All the Young Dudes ne doit pas pour autant résumer la carrière, très riche, du groupe, qui a commencé en tâtant du heavy rock à ses débuts avant d'aller sur les terres du rhythm & blues et du country rock. Cet album vaut le détour à plus d'un titre. On l'a dit, il est pas mal structuré par un Bowie, en pleine vague glam (rappelons qu'il sort en 1972). Cependant, le groupe n'est pas la marionnette d'un artiste influent et producteur envahissant et il sait aussi faire prévaloir le rock que ses membres apprécient, qui puise ses racines aux mêmes sources que les Rolling Stones, par exemple.
All the Young Dudes, par conséquent, ne doit pas être réduit à son titre éponyme, l'hymne de l'époque glam, et l'album se révèle d'une grande richesse, contenant notamment des passages instrumentaux qui prouvent, à eux-seuls la maturité d'une formation qui, malheureusement, entame en 1972, son chant du cygne (en 1972, il reste deux ans à vivre au groupe). Ce groupe périclita en même temps que les paillettes étaient remisées dans les armoires, attaché à un courant musical qui les avait fait découvrir mais qui peinait pourtant à les contenir. Too bad...


STAHLWERK 9
1905
2006
Cent et un an après la tragique Révolution de 1905, Reinhard Hopfe revient sur cette période agitée, dans le cadre de son projet d'ambiant industriel expérimental, Stahlwerk 9. Ici, plus que les machines vrombissantes, ce sont les nappes froides, se mêlant aux samples discrets qui sont à l'honneur. C'est très très calme mais tout aussi oppressant. Une sorte de bain glacé dans lequel on trempe et qui finit par engourdir les oreilles, piégées dans ces sonorités atonales formant un paysage apocalyptique et labyrinthique. 
Pour ceux qui veulent se sentir ragaillardis par les vigueurs d'un indus martial porté par les chants révolutionnaires et la propagande rouge, il vaudra mieux se tourner vers Funkspiel, le chef d'oeuvre de Kom-Intern, le groupe français (cocorico!) passionné lui-aussi par la période. 
D'ailleurs, on pourrait même convenir (convenons-en, allez, après tout, soyons fous) du fait que les deux albums se complètement admirablement, chronologiquement comme thématiquement.
1905, c'est planant mais flippant, un contre-pied à la thématique qui faisait s'imaginer un disque plein de fureur et de bruit et qui au lieu de se poser en plein combat de rue, arpente les ruelles désertes d'après le soulèvement, quand la peur, la faim et le froid prennent en tenaille les insurgés alors que l'espoir vacille...


WICKED LADY
The Axeman Cometh
1969-1972
Attention, voilà du lourd, du gros, du monumental ! Wicked Lady, probablement ma découverte de l'année avec Tony Joe White (dans un tout autre style). Wicked Lady, c'est un power trio anglais qui va, pendant quelques années, écumer les bars mal famés britanniques et délivrer des sets complètement hallucinés, provoquant bagarres et interdictions de jouer un peu partout. Groupe favori des bikers complètements saouls, Wicked Lady joue à fond un rock lourd, préfigurant le heavy metal. Dans l'ombre d'un Black Sabbath, la formation, aujourd'hui quasiment tombée dans l'oubli, propose une musique plus riche que ses frères du Sabbat, puisqu'à la rythmique puissante, elle y ajoute un psychédélisme délirant et un usage de la pédale wah-wah qui préfigure le stoner rock avec 30 ans d'avance. 
Wicked Lady, ce sont deux albums, exhumés par des archivistes du rock. Des albums enregistrés dans un garage, par le groupe, juste pour pouvoir se rappeler les structures des morceaux et non dans le but de les commercialiser. Un groupe qui a vécu comme la comète du titre de l'album (ou plutôt du recueil des morceaux), puisque peu de temps après, le bassiste partait en Inde, le batteur se faisait interner et le chanteur et guitariste partait fonder Dark
Alors, y'a des limites sonores et les plus musicos d'entre vous entendront probablement des pétouilles ici et là mais franchement, ce sont juste des bombes nucléaires du rock qui explosent les unes après les autres, portées par une rythmique lourde, pachydermique mais virtuose (si, si, c'est possible) sur laquelle vient se poser des soli de guitare qui démontent tout (et pourtant, c'est pas mon truc). On est là typiquement dans la période de la fin des années 60 et du tout début des années 70, quand le hard prend forme, quand le blues influence encore lourdement les rockeurs, en plein dans cette vague anglaise où figurent bon nombre de groupes aujourd'hui complètement oubliés (qu'il serait bon d'écrire un livre sur le sujet), comme Orang-Utan par exemple. Les morceaux sont souvent bâtis avec une intro chantée, de longs passages instrumentaux qui partent dans des délires sonores hallucinants, ensuite, le chant revient - parfois - pour conclure le morceau après ce déluge de guitare acid et wha-whatée...
Quand les Stooges rencontrent les Doors qui rencontrent Black Sabbath qui rencontre le dieu du rock. Voilà l'équation et la réponse à là question de l'univers. La messe est dite. Balancez tous vos autres disques et procurez-vous d'urgence les deux galettes de Wicked Lady


DAVID BROMBERG BAND
Midnight On The Water
1975
Nous revoilà en plein bayou, ça faisait longtemps ! David Bromberg, l'artiste folk américain convie le ban et l'arrière-ban de la musique du sud des USA pour cet album. Puisant autant dans la musique traditionnelle irlandaise, dans les textes traditionnels que dans ses propres compositions, Bromberg propose avec Midnight On The Water un album où les violons cajun, les whistles irlandais, la country et le rock se mélangent pour former une sorte d'invitation au coin du feu, pour écouter tout ce que ces musiciens ont à nous proposer pour passer un bon moment. 
Et quels musiciens, mes aïeux ! 
Jugez-en vous-même: le piano est assuré par Dr John himself, Buddy Cage s'occupe de la guitare, avec Bernie Leadon, Hugh McDonald se charge de la basse, tandis qu'Emmylou Harris, Bonnie Raitt, Linda Ronstadt s'occupent du chant et que Peter Ecklund s'occupe des cuivres etc etc etc....(j'en mets trois parce que je zappe plein de monde mais je ne voudrais pas que cet article ressemble au générique du SDA). Au total, ce sont pas moins d'une trentaine de musiciens, issus de différentes formations qui se réunissent pour cette fiesta où les titres folk succèdent aux morceaux jazz qui sont suivis de ballades, de morceaux de blues pur et dur et de pièces traditionnelles... Un pot pas du tout pourri directement influencé par tout ce que le sud des USA compte de mouvements musicaux, joué comme ça, tranquille, au coin du feu, on en sentirait presque les marshmallows grillés.  
Ce serait dommage de rater ça, clairement.


*  *  *


Voilà, 10ème billet musical ! 50 albums de chroniqués.
A présent à vous de jouer ! Je ne vous demande pas la lune, simplement de venir poster si ces billets vous ont donné envie d'écouter, de réécouter, de découvrir un groupe ou un artiste. Si tel album vous a fait penser à tel autre, si vous avez jeté une oreille à machin mais que c'était, selon vous, à chier, etc...
N'hésitez pas. Si je prends le temps, chaque mois (environ deux, trois heures par billet quand même) de venir blablater de musique, c'est pas parce que je suis payé par les groupes ou les labels, c'est surtout pour parler des groupes auxquels j'accroche, dans le but de faire découvrir mais aussi d'échanger autour... D'où une tentative de variation des styles, de présenter un peu tout ce que je peux écouter. Du blues éthiopien à l'industrial allemand...
Alors faites-vous/moi plaisir et lâchez-vous ! 


*  *  *


Dans tous les cas, même si je me prends un bide, je m'en fous (enfin, bon, je vais quand même chialer un bon coup sur la cruauté du monde 2.0), je partirai du principe que vous êtes tous de grands timides et je vous donne rendez-vous en octobre pour les cinq prochains titres...


7 commentaires:

  1. Chaque mois, je lis, je découvre, je m'enrichis grâce à toi Julien. Donc merci du fond du coeur et des oreilles

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    1. Quelque chose a retenu ton attention en particulier ? :)

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  2. Des 10 billets sur les 5 albums du mois, ce dernier est sans doute celui où j'accroche le plus. 3 sur 5 ! Merci de l'hommage fait à Wicked Lady, même si "plus riche que Black Sabbath" ouch ! ;) Merci aussi de rappeler à ma mémoire les Oblivians. Quant à Mott the Hoople, il t'a fallu 10 billets pour les caser. Quelle honte ! ;)
    Après, David Bromberg, c'est du "lourd". Même dans ma campagne de Brain Soda en plein Bayou LaMort, j'ai pas eu le courage ! J'admire ton éclectisme !
    Justement, ça m'amène à la raison de mon commentaire. Je salue ta constance, la qualité de tes commentaires et la diversité de tes choix. Je ne dis pas que j'ai tout aimé, ni que j'ai toujours partagé tes avis. Mais au moins tu as ouvert les "chakras de mes oreilles" à des univers musicaux très variés. Merci ! J'espère que tu vas continuer ;)

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  3. Artikel Unbekannt1 octobre 2013 à 09:36

    Yep, tu as raison, lâcher un petit com' de temps en temps, ça mange pas de pain et ça fait toujours plaisir au rédacteur qui se décarcasse pour nous. Donc mea culpa, je n'avais plus laissé de trace de mon passage depuis un petit moment, MAIS ça ne signifie pas que je ne te lis pas. C'est juste que, comme tu le sais, je ne suis pas sensible à tous les styles musicaux présentés dans ces billets, ce qui ne m'empêche pas de respecter une telle diversité. Alors à titre perso, je suis très heureux de t'avoir donné envie de causer du split Svarrogh/Défilé des âmes/Arnica, puis de Stahlwerk 9. Et j'espère que tu continueras à réserver par la suite, comme tu le fais depuis le début de tes articles, une petite place aux musiques dites "industrielles". Keep up the good work, amigo, et rendez-vous le mois prochain ! :)

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  4. Merci les gars pour vos commentaires !

    à Tonton Bobor: disons que je trouve Wicked Lady moins "spartiate", moins sommaire, quoi. Mais j'aime beaucoup les débuts de BS ! Et je reconnais leur influence juste immensément énormissime sur tout un pan de ce que j'écoute.

    à Oncle Artikel: oui, bien sûr, j'écoute moins d'indus que par le passé car je suis un peu revenu à mes premiers amours mais ce courant musical reste très important pour moi. D'ailleurs, hier, j'ai continué mon projet en cours avec du Mlada Fronta à fond :)

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  5. Artikel Unbekannt2 octobre 2013 à 13:17

    Mlada Fronta à fond: miam ! :)
    Une petite info à propos de cet excellent groupe: une intégrale vient tout juste de sortir. Ça s'appelle "Every thing" et c'est un "Limited 10 CD boxset, only 490 copies worldwide!", comme il est écrit sur le site Infrarot, qui propose la bestiole à 69,99 euro.
    À bon entendeur... ;)

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  6. Oui, j'ai vu ça, un très beau coffret !

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