jeudi 29 août 2013

Musique 9, les 5 albums d'août 2013

En août, ben, j'ai failli oublier mon billet.

Août 2013


CHER
3614 Jackson Highway
1969
Sixième album d'une Cher en recherche de renouvellement après son célèbre duo, cet album est l'un des premiers du mythique studio, ressorti récemment de sa torpeur par Brothers, des Black Keys
Cher vient se renouveler et chercher une certaine crédibilité auprès d'un studio émergent, à Muscle Shoals (l'album porte d'ailleurs comme titre l'adresse du studio) après avoir traversé deux ans de succès moindre.
Ambitieux, avec des pointes de psychédélisme par ci, constitué autour d'une ossature de reprises brillamment réinterprétées - notamment l'hypnotique I Walked on Guilded Splinters de Dr. John - l'album sera malheureusement un échec commercial (mais assurément pas critique). Dommage car il est véritablement à la croisée des courants musicaux de l'époque. Cher y apporte une touche pop aussitôt rejointe par la soul et même le swamp rock. Alors les guitares ne sont pas vrombissantes et pas mal de titres sont plutôt calmos mais l'ambiance est là, portée notamment par l'organe puissant de la diva, une voix chaude et posée mais redoutablement puissante.


GARY NUMAN
The Pleasure Principle
1979
Premier album solo de Gary Numan, qui sort la même année que Replicas de Tubeway Army, le groupe dont il est le boss, The Pleasure Principle prolonge le travail sonore de l'artiste. Une expérimentation du son déjà entamée durant ses classes dans "l'armée métropolitaine" (hihi).
Nappes lancinantes, minimaliste électro kraftwerkien et voix froide et éthérée pour des mélodies imparables sont autant d'ingrédients pour un disque qui va faire date dans l'histoire de l'électro. NIN ne s'y trompera pas, Trent Reznor répétant un peu partout la très forte influence que l'Anglais passionné de pilotage d'avion va laisser sur son oeuvre. Au point de l'inviter interpréter les plus grands titres de sa carrière avec Nine Inch Nails lors d'un des concerts d'adieu du groupe. Par la suite, Numan, après quelques bons albums, de faux adieux lui aussi (tiens), va revenir sur la scène musicale pour embrasser les années 80 lors d'une suite de carrière moins inspirée, moins inventive, efficace, pop, mais qui a beaucoup moins bien vieilli. Pour moi, après I, Assassin, c'est pas forcément top-moumoute. Mais c'est sans compter le véritable retour en grâce (musical et critique) opéré à la fin des années 90 par l'artiste. Un Gary Numan influencé par les gamins qu'il a lui-même influencé,  ses rejetons electro-rock, qui va livrer une très bonne trilogie composée de Sacrifice, d'Exile et surtout du somptueux Pure, dont nous aurons très probablement l'occasion de reparler.
En attendant, The Pleasure Principle, c'est un album qui n'a pas pris une ride (si, si), qui mélange avec virtuosité ambiance electro, batterie rock, une voix unique et des tubes à tous les étages.


ELECTRIC WIZARD
Witchcult Today
2007
En voilà d'autres qui n'ont jamais ôté les 33T de Black Sabbath de leur platine vinyle. Et pour notre plus grand plaisir. Et pourtant, la formation de Dorset, Angleterre, ne marche pas sur les plates-bandes des Grands Anciens. On pourrait dire (allez, disons-le), qu'ils vont là où le sabbat noir s'était arrêté/détourné. Leur doom puissant, lourd, hypnotique est extrêmement maîtrisé, ne souffrant pas de verser dans la caricature d'un genre pourtant poussé jusque dans ses plus obscurs retranchements.
Sur cet album, le groupe (qui a pas mal bougé autour de Jus Oborn) a poussé le vice à tout enregistrer sur et avec du matériel d'époque. D'époque ? Oui, des 70's, pardi.
Car cette décennie là est (pour notre plus grand plaisir - bis), le phare d'Electric Wizard. Phare musical mais aussi cinématographique puisque tout autant les titres des chansons que les crédits, les artworks et les pochettes sont ornées de références aux œuvres de Jess Franco et autres réalisateurs qui ont fait date dans le fantastique de série B de l'époque. Torquemada 71 se posant comme une réponse à Dracula 72, avec le grand Christopher Lee, tout comme Satanic Rites of Drugula.
De ce projet "vintage" assumé, naît un album au son craspec, dont les grésillements viennent renforcer l'incroyable puissance. Le titre Dunwich vaut son pesant de profonds. Les autres sont à l'avenant.
Witchcult Today est un album à ne pas écouter seul, la nuit, dans une maison abandonnée, après avoir un peu picolé ou abusé de la moquette (mais qu'est-ce que vous iriez faire là-bas, aussi ?). Les références occultes,  le son plombant et délires psychédéliques risquent de vite transformer le tout en bad trip dont on ne sort pas indemne.


P.A.L
Signum
1995
Formation teutonne d'indus, P.A.L ne fournit pas de la bouffe pour chiens mais des vis et des boulons à s’insérer dans les oreilles. Alors au début, ça fait bizarre mais on finit par s'habituer. Et même pire, par aimer. C'est du lourd, du vrai, du métallique mais sans guitares, rien qu'avec des machines et parfois, si vous le méritez, quelques passages plus ambiant permettant de récupérer avant les prochaines décharges sonores.
Signum, le premier album que signent les Allemands chez Ant-Zen, est pour moi, l'un de leurs meilleurs (après, je n'en ai écouté que trois ou quatre). Je trouve qu'il s'agit là d'un des plus radicaux, avant que le groupe ne se tourne vers un son moins brutal et froid. Là, sur cet album au mitan des 90's, les sons sont sans fioritures, basiques, limite rétro mais cela ne fait que renforcer leur efficacité. Ça grésille, ça sature, ça bourdonne... Un album typé mais paradoxalement d'une grande richesse côté ambiances, même si celles-ci restent toujours dans le champs de l'indus.
Avouez que faire trembler vos vitres et offrir une petite douceur à vos voisins qui commence par un titre quasiment uniquement constitué de samples d'orgasmes féminins qui s'entremêlent pour former un morceau à la fraîcheur et à l'élégance toutes printanières pour passer ensuite, à des titres dont les BPM feraient trembler les fondations d'un blockhaus, cela peut être sympathique pour faire connaissance.
Quelques temps morts bien glauques et aux ambiances fleurant bon les friches urbaines par nuit de rituels bizarroïdes leur permettront de faire des petites pauses, le temps de se préparer pour la déferlante suivante.


JULEE CRUISE
Floating into the Night
1989
Voici un album très lié à  Twin Peaks. Interprété par Julee Cruise, qui apparaît dans la série, aux titres composés par Angelo Badalamenti et aux paroles écrites par David Lynch, cet album sert aussi à sonoriser plusieurs scènes clef de la mythique série, la version instrumentale du deuxième titre servant même de générique. Un autre sera utilisé dans Blue Velvet. Bref, un album fortement lié à Lynch et à ses obsessions cinématographico-sonores.
A l'heure où le chevelu bizarre se met à sortir des albums d'electro-blues à son nom, il peut être intéressant de se retourner vers ses premières armes musicales, même si elles sont brandies par d'autres, en l'occurrence une dame à la voix suave.
Floating into the Night est un album "jazz-pop" (s'il faut bien trouver un terme) très calme (même s'il ménage quelques surprises sonores aussi soudaines que brèves - et aussi culottées que bienvenues - sur un titre), un album ambiant, nocturne. Les voix éthérées influenceront peut-être par la suite Au Revoir Simone, notamment.
Sombre sans être glauque, calme sans être chiant, cette galette permet à une ambiance à la fois mystérieuse et rassurante de se poser autour d'elle. Jouant le chaud et le froid, alternant les plages permettant de se détendre et les envolées cauchemardesques qui suggèrent que quelque chose dérape, l'album est le parfait reflet de la série: derrière une petite bourgade bien tranquille et des gens simples, se cachent de terribles secrets. Surnagent de ce bouillon clair-obscur quelques sonorités fifties dont l'écho, là encore, fait résonner une indicible menace...


Voilà donc les albums du mois. De justesse. Rendez-vous en septembre pour les 5 prochains (y'aura ptêtre du bon rock anglais, je pars écumer les boutiques londoniennes de 33T d'occasion).

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