mercredi 24 juillet 2013

Musique 8, les 5 albums de Juillet 2013

En juillet, écoute ce qu'il te plaît, comme en mai. Et ouais.

Juillet 2013


BRUCE SPRINGSTEEN
We Shall Overcome, The Seeger Sessions, American Land Edition
2006
Avec cet album entièrement composé de chansons de Pete Seeger, la légende de la folk engagée américaine, le Boss nous offre une galette militante, puisant dans les chants chargés de symboles des différentes luttes sociales qu'a traversé l'Amérique sinon le monde. Ces titres, parfois vénérables, drapés des oripeaux de la légitimité que seuls possèdent les chansons de lutte, de celles qu'on entonne le poing levé ou sur une barricade, sont enregistrés à la dure, chez Bruce Springsteen ou tout du moins dans une maison, loin des studios professionnels. Les cuivres sont dans le couloir, la batterie est près du sofa et les violonistes ont poussé la table contre le mur. On peut entendre le Boss en chef d'orchestre lancer tel ou tel groupe d'instruments. L'ambiance qui se dégage de ces morceaux est proprement hallucinante. On les croirait enregistrés autour de nous ou dans la rue. La véritable force de la musique, comme ces orchestres qu'on peut voir dans la série Treme, notamment, se déploie ici et prend ses aises, tout au long d'un disque généreux jusque dans son nombre de titres, surtout avec l'édition spéciale American Land, rallongée de 5 titres et pas des moindres. Les instruments se répondent, s’entraînent et poussent à taper du pied. Certains morceaux savent se faire aussi plus doux. 
Roots mais assurément moderne, avec un vernis sépia jusque sur sa couverture mais interpellant directement notre actualité, ce disque fait semblant de regarder en arrière pour mieux nous proposer de faire face à l’avenir. En effet, ces chansons interprétées ici avec respect et vitalité, ont quelque chose d’intemporel. Le jour où ce disque prendra un coup de vieux, c’est que… non, ça n’arrivera jamais.


CATACOMBS
In The Depths Of R’lyeh
2007
Si le disque précédent chantait l’espoir, celui-ci se pose sur nos oreilles pour nous proposer un panorama de fin du monde. L’énorme Cthulhu est sur le point de se réveiller et de fouler nos civilisations aux pieds, rien que pour étirer ses muscles ensommeillés. Et Catacombs se fait fort de nous proposer la bande-son de cette apocalypse. Avec force hurlements grognés, avec un tempo de funeral doom qui ferait passer n’importe quel autre morceau de doom pour de la jungle, In The Depths Of R’lyeh nous invite à une randonnée dans la cité endormie, alors qu’autour, les bâtiments en ruines frémissent et craquellent. 6 morceaux, tous très longs (à l’exception du dernier, le plus court dépasse les 11 minutes), comme autant d’invocations qui peu à peu vous entraînent dans une torpeur angoissante.
Rythmiques pesantes et répétitives, BPM inférieur au pouls d’un dinosaure dans le coma, les morceaux pourraient paraître un peu lassants à ceux qui les écoutent. Mais ce disque, on ne « l’écoute » pas, on se baigne dedans, on s’immerge dans l’ambiance qu’il propose. C'est sale. 


LUMERIANS
Transmalinnia
2011
Et si tout ceci n’était en fait qu’un délire, un mauvais trip dû à un buvard chargé d’un LSD noir et poisseux comme un pétrole venu d’une autre planète ? Lumerians, ce quintet venu de San Francisco, propose un rock halluciné, cosmique, plus élaboré que le stoner mais tout aussi barré. Avec la même volonté de proposer un trip auditif puissant. Invoquant les puissances qui se cachent derrière l’ombre des planètes désertes, jouant en toges et masqués, tutoyant les arcs en ciel qui traversent la voie lactée de leurs rares chants invocatoires, les membres du groupe délivrent ici des morceaux extrêmement élaborés, référentiels (notamment aux groupes d’acid rock de la fin des années 60), psychédéliques mais également, pour la plupart, très sombres.
Pas d’amusement ici, pas de drogue musicale récréative mais des voyages spatiaux qui peuvent, suivant les titres, virer à l’oppressant, notamment quand le groupe ajoute des tonalités industrielles à leur musique, avec bruits de chaînes et percussions métalliques. Versant sombre d’un MGMT qui aurait sombré dans le bad-trip, Lumerians change les diamants en rasoirs.


THE FALL
Your Future Our Clutter
2010
The Fall, monument du rock, formation mancunienne pléthorique centrée autour de son leader Mark E. Smith, sorte d’ermite rockeur asocial alcoolo, sort un album par an ou presque, depuis plus de 30 ans. Ce qui est déjà, en 2013, leur antépénultième album envoie du gros, un rock garage millimétré permettant toutes les audaces vocales d’un chanteur qui n’hésite pas à marmonner, grommeler, hurler dans deux micros à la fois, ahaner sans se soucier de « chanter » juste, pour faire passer son message cynique, acide et mordant. Une gifle sonore supportée par une partie musicale magistrale. Répétitifs, syncopés, portés par le sprechgesang d’un Smith semblant au bord du coma éthylique (ou presque), les morceaux s’enchaînent comme autant de petites bombes post-punk puissamment rythmées. Ah, la 6, Y.F.O.C, quelle tuerie !
Déstructuré tout en étant parfaitement équilibré, hargneux sans être brouillon, désinvolte sans être bâclé, minimaliste sans être simpliste, bruyant sans être cacophonique, cet album cultive l’art de se poser ici ou là, sans se soucier des chapelles et des frontières, proposant un son qui lui est propre sans pour autant se chercher dans l’expérimentation ; une position inédite et spontanée, loin de la pose arty que peuvent se donner certaines formations du « genre ». Je crois que la manière presque artisanale et sans prétention que Smith a d’aborder son navire musical qu’est The Fall y est pour beaucoup. Le gars fait ce qu’il a envie de faire, sans se soucier du reste. Globalement, c’est indéfendable pour un néophyte : c’est dur de défendre The Fall à celui qui n’accroche pas, ne reste qu’à hocher la tête tristement en se disant que définitivement, ce béotien rate quelque chose.


TONY JOE WHITE
Tony Joe
1970
Avec son chapeau de cow-boy et ses faux airs de marshal texan, on aurait tôt fait de classer cet old chap’ de Tony Joy dans le rayon country. Ce serait oublier que le gars est celui qui a popularisé le swamp rock, ce mélange de rock, de blues, de gospel et de musiques traditionnelles de Louisiane qui sent les bayous et la Nouvelle Orléans. Tony Joe White évolue dans les mêmes sphères que Coco Robicheaux ou Dr. John évoqués dans les billets musicaux précédents, aux confluences de tous ces champs musicaux, puisant ici et là pour mieux se forger un son personnel, cependant toujours empreint d’un fort marqueur spatial. Ce troisième album est l’un de ses plus aboutis. Entre ballades intimistes et morceaux au tempo entraînant, cet album nous promène dans les marais, nous fait passer par les bars du coin avant de nous lâcher devant un coucher de soleil avec un harmonica et deux trois alligators qui s’ébattent non loin. Les pointes de soul music, l’usage des guitares très typés 60-70’s (ah, ce Whomper Stomper, version toute personnelle de la pédale wah-wah pour Tony Joe), les claviers apportent une temporalité à ce swamp blues sans pour autant le figer dans son époque. Comprenant une très belle reprise de Boom Boom de John Lee Hooker, Tony Joe s'impose comme un album indispensable à tout fan de musique typée New Orleans. 


On se retrouve en août, pour les 5 albums suivants ! 

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