dimanche 16 juin 2013

Musique 7, les 5 albums de juin 2013

En juin, c'est la fête de la musique, hein...

Juin 2013


AND ONE
Virgin Superstar
2000
And One, ce sont des Allemands qui font de l'electro, influencés par la scène teutonne mais aussi et surtout par Depeche Mode. Sur cet album, qui affiche déjà douze ans au compteur (mazette), Steve Naghavi et sa bande proposent une electro dynamique et plutôt riche. En un album, c'est l'électro minimaliste du début des années 80 et celle plus travaillée et plus texturée des années 90 qui se côtoient. Avec toujours ces rythmes bien marqués, qu'on dirait empruntés à de l'E.B.M qui structurent des morceaux chantés le plus souvent en anglais, même s'il y a un titre en allemand. 
Aussi bizarre que cela puisse paraître, leur musique arrive à singer habilement les sons typiques des boys band sans tomber dans le panneau, il y a un petit côté parodique assez sympa sans pour autant verser dans la gaudriole, même si on peut concentrer cette tendance au premier morceau, surtout. Probablement l'effet choeurs surperposés à du boum-boum. Mais fuyez pas, franchement, ça vaut le coup d'oreille (sinon, j'en parlerais pas, hein). Et le côté kisskool de cet flirt amusant, c'est que l'album est très pêchu. Après qu'on ne s'y trompe pas, l'album des Allemands est bien plus riche et travaillé, notamment avec son piano qui revient sur plusieurs morceaux.
On retrouve les sonorités habituelles d'un album de And One, surtout au niveau des claviers qui accompagnent les voix. L'album se clôt sur un très beau titre au piano et voix. A noter le très bon Goodbye Germany


COCO ROBICHEAUX
Spiritland
1996
Coco Robicheaux, c'est le son de la Nouvelle Orléans, c'est le pote de Dr John, c'est le gars qui fait un sacrifice de poulet en direct dans la première saison de Treme. Portant le nom qui sert à désigner le loup garou local, Coco Robicheaux navigue entre blues et jazz, posant sa voix rocailleuse sur des morceaux hallucinés, emprunts du mysticisme si riche de la Louisiane. Décédé récemment, Coco Robicheaux laisse peu d'albums, ayant surtout joué dans la rue, dans les bars, lors de concerts, vivant pour la musique au quotidien. Ce Spiritland est un endroit à chercher du côté des bayous de sa région à moins qu'il ne soit un endroit purement virtuel se nourrissant de la magie qui se dégage justement de ces étendues sauvages. Les morceaux qui varient du blues porté par une guitare électrique puissante à des morceaux plus intimistes, soutenus par des violons cajuns sont orchestrés brillamment et sont autant d'invitations au(x) voyage(s). Ils rassemblent les énergies de la musique noire du sud des USA, le mysticisme indien, les accents zydéco... Son album est un creuset dans lequel les percussions tribales le disputent à des chants éthérés, à une guitare lourde et triste ou à un harmonica presque texan... Coco Robicheaux est un artiste à découvrir si vous aimez Dr. John, les deux artistes semblent avoir été bercés par les mêmes influences musicales, Robicheaux constituant le versant plus blues là où le docteur arpente des terres parfois plus jazzies. 


THE PROFESSIONALS
I didn't see it coming
1981
Un peu de punk, tiens. Et du vrai ! The Professionnals où l'occasion manquée pour deux anciens Sex Pistols, Steve Jones et Paul Cook, de revenir sur le devant de la scène. Tout semblait aller pour le mieux pour cette formation, qui savait porter le flambeau d'un punk-rock qui devait évoluer pour survivre après 1979. Jusqu'à ce qu'un accident de voiture, assez grave pour empêcher les membres du groupe d'accomplir la tournée de leur premier album, vienne compromettre pour de bon l'avenir de la formation. 
Alliant une énergie toute punk à une volonté d'aller plus loin que le cliché, The Profesionnals ressemblent, jusque dans son destin d'être passé à côté de la carrière qu'ils méritaient, à The Saints, leurs homologues australiens, arrivés trop tard sur les terres britonnes. Eux-aussi proposaient un punk qui n'avait pas besoin de verser dans la coldwave ou le post-punk pour se montrer inventif et intéressant. Moins expérimentaux que P.I.L, moins sombres et dépouillés que Joy Division, The Pro' montraient qu'il était possible de continuer dans un registre sauvage et électrique simplement en l'enrichissant plutôt qu'en le transformant. Incluant avec audace des cuivres, cultivant la mélodie qui donne envie de pogoter, laissant la place à des passages typiquement punk UK sans tomber dans la carte postale (déjà) nostalgique, The Professionnals avaient tout pour plaire. Malheureusement, leur dernier titre - Too Far To Fall - s'est révélé semi-prophétique. Semi. C'est con.


IGGY AND THE STOOGES
Ready to die
2013
Après The Stooges et le décès de Ron Asheton, on a vu James Williamson, fraîchement retraité de Sony, revenir fourbir ses riffs métalliques de malade et donc le retour de la seconde formation Iggy and the Stooges. On était en droit de se demander si un album était prévu ou si le groupe comptait juste sur ses succès historiques pour attirer les spectateurs leurs de leurs concerts. Comme pour The Weirdness, le Pop et ses gars ont décidé d'enregistrer un nouvel album.
Fuck la crise K-T, les dinosaures sont encore là ! 
Et c'est rien de dire qu'ils délivrent encore un rock proto-punk totalement jouissif. Mackay a délaissé ses planches à dessin pour revenir jouer du saxo, comme pour l'album précédent. James Williamson prouve qu'il s'est totalement dégourdi les doigts, même s'il est moins batailleur que jadis: il accompagne plus les morceaux qu'il ne les attaque, il contribue à donner de la puissance à l'organe (éternel ?) d'Iggy Pop plutôt que de rivaliser avec lui, comme il le faisait dans Raw Power. Le discret Mike Watt, bass hero, martèle ses cordes avec énergie et le dernier des Asheton martyrise ses fûts avec application. Les morceaux, courts, bruyants et sauvages se suivent. C'est pas Raw Power 40 ans après mais c'est toujours les Stooges, même si là, la galette s'enrichie de sonorités qu'on avait pu retrouver sur l'album maudit des deux loustics Pop et Williamson: Kill City.  
Bon, une seule fausse note dans cet album: la présence de trois ballades. C'est au moins une (ou deux) de trop. D'autant plus que l'album se clôt sur le très bel hommage aux disparus du rock qu'est The Departed, qui commence et s'achève avec le riff de I wanna be your dog à la guitare sèche: forcément, on pense à Ron et on a la larme à l’œil. Elle pouvait suffire, celle là. Mais on sait qu'avec l'âge, Pop aime jouer au crooner. Bon, il le fait bien alors ça ira pour cette fois. Ah et aussi, la voix de Pop est un peu trop mise en avant, au détriment de la guitare de Williamson, qui aurait mérité plus d'importance dans le mix. Mais cela n'empêche pas de profiter du second miracle du groupe à l'Iguane. Encore un pour être un saint, non ? Alléfuckinluïa !


JOHN CALE
Sabotage / Live
1979
1979, Cale est épuisé par des tournées incessantes. Il ne prend même plus le temps d'enregistrer des albums, jouant ses titres inédits en salle. La voix usée, tourmenté par ses addictions, il est sur le point d'exploser en vol. Le live Sabotage, enregistré au CBGB, fameux club new-yorkais, en 1979, est un instantané de cette période agitée. Cale porte un casque de chantier et dans le fond, une bombe atomique explose. Quand on écoute le disque, on ne peut que constater que la promesse est tenue. Le rock qui y est délivré est puissant, abrasif, "raw" pour faire le lien avec l'autre dinosaure du dessus. Sur les morceaux, la voix de Cale devient rauque, enrouée, à force de hurler; la guitare est vrombissante. Contrairement à pas mal de babyboomers rockers à la toute fin des années 70, Cale ne cherche pas à rivaliser avec les jeunes punks qui les envoient bouler dans les cordes, il met en musique sa propre sauvagerie, y'a vraiment rien de "fake" là dedans, rien dans la posture et tout dans le vécu. Et le groupe est là, impeccable, pour l'accompagner dans cette impasse.
D'aucuns ont dit que c'était la réponse du Gallois à Rock'n roll Animal de Lou Reed. Avec tout le respect que j'ai pour le prince des nuits new-yorkaises, force est de constater que ce live hallucinant (si, si) n'a rien à voir avec le cafouillage heavy de Reed. Voilà, fallait le dire. Alors, l'histoire finit bien car contrairement à beaucoup d'autres qui ont pu chuter, Cale trouvera la force de revenir avec le très pop et fun Honi Soit. Et puis tout plein d'autres choses très bien ensuite. 
Mais en attendant, s'enquiller les titres de ce sabotage (et quel titre éponyme sur la face B, mes aïeux!), c'est se dégager les oreilles avec un rock puissant et jusqu'auboutiste qui, cependant, reste audible, musical et construit. Une gageure comme seul ce bon vieux John sait les mener.   

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