lundi 15 avril 2013

Musique 5, les 5 albums d'avril 2013

En avril, ne baisse pas d'un décibel, qu'y disaient...

Avril 2013


GROOVSKI
Groovski
2002
Groovski est une formation polono-américaine indépendante, ayant œuvré sur ce qui semble être un unique album, éponyme. Sur icelui, les titres se succèdent, puissants et addictifs, aux structures répétitives et enjouées, construisant un album riche mais aussi marqué d'une identité forte. Navigant entre le rock garage sommaire à la The Fall et une relecture très 90's et héritière du mouvement déconstructeur de Seattles, le groupe sait aussi se détacher de ses influences pour les aborder avec humour, que ce soit dans les thèmes évoqués (Groovski vs. Godzilla est le titre du premier morceau et le dernier titre, Jet Pack, évoque les déconvenues d'un James Bond d'opérette avec son propulseur dorsal en rade) que dans la construction même des chapitres de ce qui semble s'afficher comme le manifeste d'un groupe de potes qui s'amuse mais n'en oublie pas pour autant de fournir un travail de qualité. C'est peut-être du garage mais le son est très agréable et soigné, les voix impeccables... Détail amusant et original, l'album comprend quelques morceaux chantés en polonais, tels le sublime  Zbiornik
Bref, voilà de quoi amuser les esgourdes avec une bonne galette de rock indépendant. Dommage que le groupe n'ait visiblement pas réitéré le boulot...


MULATU ASTATQE
éthiopiques 4
1969-1974
Cette compilation, la quatrième d'une pléthorique collection, reprend les œuvres du parrain de l'éthio-jazz, ce courant de jazz, un peu "acid" mâtiné d'influences africaines et orientales, empreint de mille tonalités typiquement 70's, Mulatu Astatqé
Popularisé par le film Broken Flowers, qui intégrait 4 morceaux emblématiques composés par le maître, l'éthio-jazz connut dans les années 70 une fulgurante ascension, faisant d'Addis-Abeba, la capitale éthiopienne, la swinging Addis-Abeba, l'égale de ses consœurs londoniennes ou new-yorkaises. 
Qu'on en juge un peu: une trentaine de 33t, 500 45t, en une décade. Dans un pays à la tradition musicale peu vigoureuse. Ce choc révolutionnaire, porté par un producteur du nom d'Amha Eshèté, portera sa formidable créativité jusqu'à la chute du Négus Sélassié et l'arrivée au pouvoir d'une junte stalinienne. Astatqé (ou Astatké), c'est une sorte de musique jazz qui parle directement au néophyte. Pas d'expérimentations free jazz mais une vitalité et des sonorités "vintage" qui semblent tout droit sortir d'un film de l'époque. Exclusivement instrumentaux, les morceaux se suivent, portant une ambiance décontractée et chaleureuse. Extrêmement recommandé.


THE EXPLODING BOY
The Black Album
2011
Formation suédoise de pop sertie d’électronique, The Exploding Boy revendique clairement, jusque dans son titre son affiliation à la coldwave britannique des années 80 : chant caverneux à la Ian Curtis, mélodies accrocheuses faussement guillerettes à la The Cure, agrémenté d'une furia de guitares à la production plus moderne, venant réactualiser les morceaux dans leur époque. Arrivant un peu à la bourre dans le revival neo-cold du milieu de décennie des années 2000, The Exploding Boy tient la route face à ses collègues comme Interpol ou Editors. Comme beaucoup de groupes chroniqués sur l'Oeil Cannibale, ils ne révolutionnent pas le genre mais savent lui rendre hommage, ne transcendent pas leurs influences (n'est pas Bowie qui veut) mais ne leur font pas honte. Pour paraphraser le groupe qui suivra dans cette chronique: "you can't reinvent the wheel, but you can roll it:". The Exploding Boy, c'est la même démarche. Et, dans l'ensemble, c'est une succession de titres pêchus et rock, un peu tristounets, portés par une voix qui assure et des murs de guitare soutenant un son froid et des nappes synthétiques apportant une touche subtile et envoûtante. Comme tout bon groupe de coldwave, c'est à la fois punk et mélancolique, furieux et froid. Et donc parfaitement indispensable pour tout fan du genre (pas canal historique, évidemment).


KADAVAR
Kadavar
2012
Jeune groupe allemand traumatisé par les trois premiers albums de Black Sabbath, Kadavar s'en donne à cœur-joie dans les ritournelles stoner-doom, jouant la carte du vintage jusque dans les barbes et les vestes de bergers scandinaves hippies trouvés dans les fripes d'un collectionneur resté coincé au début des 70's. Se faisant, le power trio n'en oublie pas de délivrer là un rock érudit et solide, porté par un savoir-faire évident, qui les a transporté de débutants prometteurs à groupe programmé dans les principaux festivals et suivi de près. Il faut dire que Kadavar ne s'embarrasse pas à chercher à révolutionner le genre. Ils veulent simplement délivrer de bons gros titres puissants de ce qu'ils aiment, à savoir un rock un peu heavy, psychédélique en diable, avec un chant lointain et qui résonne, de la pédale wah-wah, des solos qui déchirent tout et un mur de son qui vient transporter l'auditeur dans une dimension spatiale étrange et distordue. Résolument vintage jusque dans le mixage préhistorique: section rythmique à droite et voix et guitare à gauche (écoutez l'album au casque, c'est frappant), ce premier album, qui va très bientôt être suivi de son petit frère, se déguste, encore et encore, révélant sa richesse au fur et à mesure du temps qu'on lui accorde. 
Peu de morceaux mais des longs titres, propices au voyage. 
Et loin d'être un pastiche du groupe d'Ozzy, Kadavar ressemble à un groupe qui semble taper la pose rétro-old school machin truc, sauf qu'en fait, ils viennent juste de descendre de la DeLorean de Brown qui les ramenait - vraiment - des années 70. Comment expliquer autrement la capacité de ces teutons à proposer un album original ? Typé mais en même temps passionnant ? 
A la manière d'Electric Wizard, en moins occulte et moins obnubilés par le ciné bis, Kadavar arpente des terres partiellement défrichées par leurs grands-pères (ouille) mais qui restent encore à explorer. Avec une carte qui tient sur un bout de buvard.   


APHEX TWIN
Drukqs
2001
A l'époque de la sortie de ce très généreux double album, Aphex Twin avait évoqué le fait qu'il programmait sur plusieurs machines et avait découvert que les ordinateurs résonnaient entre eux et qu'une partie de la programmation s'était faite à son insu, par les entités électroniques elles-mêmes. Légende, véritables bugs conservés dans l'album, à la manière des bidouillages de Bowie et d'Eno dans Low ? Un peu des deux, probablement. 
En tout cas, Drukqs est tout simplement un OVNI musical. Constitué de morceaux aux rythmiques épileptiques, aux sonorités travaillées jusqu'à l'abrasif, étirées jusqu'à ne former que des plaintes artificielles, douloureuses et froides, découpés par des tronçonneuses qui viennent trancher les constructions, aux mélodies si syncopées qu'elles en paraissent déconstruites et pourtant - toujours - retombent sur leurs pattes, Druqks détonne, repousse, intrigue, passionne, révulse...
Il y a eu le free jazz, on a là le free indus. C'est hallucinant de voir comment ça part en live, comment le morceau évolue, se transforme, mute, se dédouble et pourtant reste une entité propre et identifiable.  Au milieu d'un déluge de fourbis vrombissants, on entend parfois un "poc" humain, une phrase à l'envers, un son qui vient rappeler que ce disque n'est pas l'oeuvre d'un Skynet sous acides.Titres complètement abscons qui semblent générés par un programme aléatoire, mélodies délirantes et pourtant, régulièrement, un passage plus doux, plus simple, vient ramener l'album au rang d'oeuvre humaine, sensible. Mention spéciale à la chanson d'anniversaire chantée par les parents de l'artiste, venant instantanément ramener les explorations, qui semblaient sans retour, vers la chair.
Une véritable symphonie synthétique habitée, un voyage hallucinant et parfois pénible (certains courts passages sont proprement inaudibles et vous risquez de vous fâcher avec vos voisins) mais unique en son genre. Drukqs, c'est la promesse de frôler l'overdose sonore mais en même temps, le garant d'une expérience auditive inédite. 



Je vous laisse, j'ai concert de Kadavar très bientôt et on se retrouve le mois prochain pour 5 nouveaux disques.









2 commentaires:

  1. Puisque tu as aimé Kadavar, je t'invite à découvrir "The Courage of Others" par Midlake qui, à mon sens, est à la folk britannique ce que Kadavar est au Heavy-Stoner...

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  2. Je note, je note, merci de cette référence. Même si je suis moins folk britannique.

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