samedi 16 mars 2013

Musique 4, les 5 albums de mars 2013

Ce mois-ci, un peu de nouveautés, histoire de montrer que l'Oeil cannibale a aussi une oreille qui traîne dans les bacs...


Mars 2013


DAVID BOWIE
The Next Day
2013
Il s'en est fallu de peu... De très peu, pour que cet album soit dans la sélection du mois prochain. Tout simplement parce que c'est un sacré gros morceau à résumer le temps d'une courte chronique. N'écoutez pas ceux qui, quelques jours après, criaient au génie à ou la grosse merdasse. C'est impossible avec un tel album. Trop particulier, trop dense, trop complexe pour le portraiturer après deux écoutes...

Bowie revient après 10 ans d'absence. Surprenant son monde, qui le pensait retraité voire agonisant, le thin white ziggy insane dévoile, le jour de ses 66 ans, un single d'un album enregistré dans le plus grand secret, en deux ans. L'album suit deux mois après. Même Sony n'était pas au courant.Un cas d'école, de la part de celui qui a refusé, il y a peu, de chanter devant 3 milliards de téléspectateurs ou  a dédaigné des distinctions honorifiques visant à l'anoblir...
Qu'en-est-il ? Est-ce que ça valait le coup d'attendre 10 ans pour pondre cette galette ? 
Je ne sais pas. Et je m'en moque. Je ne pense pas qu'un disque doive être jugé à l'aune de la date du précédent. Et je pense que tout le monde a droit à des vacances, d'abord !
Tout ce que je sais, c'est que Bowie revient avec un album à la fois référentiel et prenant. Qu'il manœuvre en terrain connu mais qu'il en profite pour nous dévoiler des endroits qu'on ignorait. Qu'il a un oeil dans le rétro en sortant un album entre Heroes, Let's dance et Reality mais sans pour autant foncer dans le mur réac de la nostalgie. Et qu'on chemine avec lui le long de ces (plutôt conséquentes) 14 (+3 pistes sur l'édition collector) en faisant le point sur sa carrière. Sur presque 50 ans et plus de vingt albums. Et pour autant, ce n'est pas chiant, pas exclusivement rétro. Bowie semble, sur cet album, s'amuser avec ses musiciens, ses amis de confiance, regarder sa carrière et propose un album éminemment personnel, sans fioritures, sans avatar pour le représenter. 
La pochette, assez moche, résume cependant la démarche. On prend un album "phare" du passé, on s'en inspire, on fait le lien avec lui, pour mieux lui écrabouiller la tronche d'un carré blanc tout nouveau, sans avoir peur de l'égratigner. Sa voix, toujours aussi puissante et modulable (on dirait même qu'elle a eu le temps de se reposer et certaines chansons nous renvoient direct 30 ans avant, c'en est impressionnant), est ici plus intégrée à la zique, moins mise en avant, ce qui traduit, à mon sens, non pas une quelconque faiblesse de l'organe mais bel et bien l'idée de vraiment se poser comme un acteur de l'album parmi les autres. S'il se cache la tronche, c'est pas pour rien. 
Bowie qui fait du Bowie, ça pourrait sembler une sorte de best-of revisité de ses meilleurs moments. Un truc pas vraiment inédit, plutôt poussif. Encore une fois, il n'en est rien. C'est bel et bien The Next Day, et pas Yesterday. Là, c'est Bowie qui s'amuse avec son passé, pioche ici et là ce qui l'amuse, ce qui le représente et nous propose un patchwork de ce qu'il sait faire de mieux, des titres pop en diable, maîtrisés, entraîné qu'il est par d'excellents musiciens (Gail Ann Dorsey à la basse, divine, Zachary Alford, de retour à la batterie, que j'adore, le vieux compère Earl Slick qui peut être fatigant sur scène avec son costume de guitar hero mais qui est impec en studio...). 
Ok, il ne revient pas avec un truc qui vient tout bouleverser, il ne s'est pas entouré de nouveaux musiciens et d'un producteur qui va le pousser à expérimenter. Sauf que ce n'était déjà pas son objectif depuis un moment (depuis Earthlings en fait et donc 16 ans) et que là, on sent surtout qu'il avait envie de se faire plaisir avec quelques pépites pop-rock qui lui ressemblent. Et moi, ça me fait plaisir que cet artiste revienne avec un tel album. Un morceau comme Valentine's Day, rien qu'à penser qu'on écoute un nouvel album aussi pêchu, qui sent autant le plaisir d'être en studio, il vous foutrait la larme à l'oeil. Si, si. 
Soulignons une production impeccable, la batterie qui, mise pas mal en avant, assure (nan mais vraiment, Alford est le dieu des fûts, avec Matt Tong de Bloc Party, Jason Cooper sur l'album The Cure et Jerome Dillon sur The Fragile), des arrangements virtuoses et une grande variété d'ambiances. Des chansons mélancoliques, ballades, alternent avec des morceaux très rock. Je pourrais en parler encore longtemps mais je ne respecterais pas la formule de ces billets musicaux alors j'arrête là...


HOW TO DESTROY ANGELS
Welcome oblivion
2013
Je vais essayer d'être plus bref sur cette nouveauté là. Et pourtant, dedans, y aussi du beau monde. Projet de Trent Reznor et de sa femme, Mariqueen Maanding, avec également Atticus Ross et Rob Sheridan, HTDA est une formation qui aura fait longtemps attendre son véritable premier album. Ross et Reznor auront, entre-temps, pas mal bossé sur des BO de films, comme The Social Network ou encore le Millenium de Fincher. 
Ce disque a quelques ingrédients sonores qui font immanquablement penser à Nine Inch Nails, surtout les plages sonores longues et "ambiant" de NIN. Atticus Ross apporte cette espèce de touche post-apocalyptique qu'il avait déjà tripoté durant la BO du Livre d'Eli. Et la voix, douce et discrète de Maanding vient se poser sur des nappes sonores extrêmement ciselées, dont chaque bidouilli-blip-blip-bop est travaillé, trituré, transformé et manipulé. La rage de NIN a disparu, on côtoie plutôt des paysages désolés, des ruines urbaines où flotte un vent qui sent les machines brûlées et la pluie fraîche. Ça sonne parfois comme du Depeche Mode, mais en moins soucieux d'aboutir à un morceau pop, en plus expérimental. C'est aussi un peu Massive Attack qui sortirait ses griffes pour lacérer le velours d'un trip-hop langoureux et feutré. 
Sans toutefois prendre trop de risque et de perdre l'auditeur. C'est peut-être le mini, tout mini reproche que je ferais à ce disque. On sent que le père Reznor n'a pas voulu aller trop loin dans sa démarche. Est-ce qu'il se bride sur ce premier album pour présenter un opus totalement appréhendable ? Peut-être n'a-t-il pas, finalement, envie de partir explorer sans carte, qu'il n'a pas envie de se perdre et plutôt le désir de livrer un album totalement maîtrisé ? 
C'est à voir car on sent que sur les derniers titres, il lui prend l'envie de vraiment partir sans se soucier de retrouver son chemin mais qu'il hésite un peu... N'ose pas lâcher la rambarde du easy-listening...
C'est peut-être cet excès de maîtrise qui empêche cette galette de totalement vous emmener dans des méandres effrayants et traîtres. Le pendant de cette démarche, c'est que chaque titre est une bombe au mécanisme impressionnant, chaque rouage étant à sa place pour livrer un ballet eletronoïdo-pop assez passionnant. Alors finalement, on se dit que ça vaut le coup de rouler avec un gars qui connait si bien la route qu'il prend chaque virage au poil, fait crisser les pneus et vous file des sensations fortes sans pour autant risquer de vous filer la migraine à faire rugir inutilement le moteur. Sobriété, maîtrise, efficacité, c'est pas mal finalement.


SVARROGH & DÉFILÉ DES ÂMES & ÀRNICA
South European Folk Compendium
2009
Ce split album nous fait quitter un peu le monde de la pop pour entrer de plein pied dans celui de la neofolk. Ma première chronique de mon tout premier billet concernait Der Blutharsch, une formation autrichienne qui pratiquait ce style de musique, ce retour aux sources de la musique européenne. Ici, c'est une mini compilation de trois formations du sud de l'Europe. Défilé des Âmes est un groupe grec, Svarrogh est originaire des Balkans et Àrnica est une formation catalane. Chacun délivre ici entre deux et trois morceaux pour aboutir à un disque constitué d'hymnes ruraux, païens, nostalgiques et incantatoires. Tour à tour sombres, pastorales, effrayantes, rythmées par le bruit d'un feu de bois, d'ânes brayant ou de bêtes qu'on mène sur les chemins de la transhumance, les morceaux s'enchaînent, nous invitant à arpenter les sentiers forestiers  les caves aux pierres humides ou les assemblées hérétiques. Guitares sèches, samples discrets, pipeaux, tambourins, choeurs envoûtants, violons viennent ici revisiter un folklore passionnant teinté d'une poignante mélancolie. Je ne suis d'habitude pas vraiment client de splits ou de compils mais là, la thématique est intéressante et le résultat est là. C'est avec ce disque, tournant en boucle, que j'ai écrit une nouvelle se déroulant dans un village totalement isolé dans la forêt et en butte à une bête monstrueuse. Cet album m'a transporté là-bas, le temps que je raconte l'histoire de ces chasseurs terrifiés par la nature. Disque conseillé pour boire du gros rouge qui tache sur un banc de bois, vêtu d'une culotte de peau et de sabots, assis sur une barrique, éclairé par des flambeaux (ok, c'est pas toujours évident de réunir tout ça et surtout, faites gaffe aux rideaux avec les torches). 


INGRID LUCIA AND THE FLYING NEUTRINOS
the "Hotel Child"
2001
Après la neofolk, voici le neo-swing. Ingrid Lucia nous entraîne, avec son orchestre, vers les soirées des speakeasys des années 30, le jazz de la Nouvelle Orléans et les titres estampillés 50's. Avec son timbre particulier, qui peut faire penser notamment à Sallie Ford, nénette rock'n roll qui nous a livré récemment un terrible second album ou encore Imelda May, Ingrid Lucia, accompagnée par des virtuoses de la contrebasse, du trombone (Todd Londagin, son cousin) et de la batterie (entre autre), traverse l'album de son superbe timbre, n'hésitant pas à varier les styles, mélangeant avec aisance ambiances jazz manouche, jazz des fifties et morceaux presque rock'n roll. Ayant grandie dans un milieu de musiciens des rues de la capitale du jazz, elle connaît son sujet et ne se contente pas de recycler les classiques sans laisser sa marque. Alternant morceaux mid-tempo très doux et titres diablement entraînants, cet album est parfait pour se détendre, se laisser à rêvasser, un verre de bourbon à la main, en regardant des alligators se trémousser dans la boue (ce qui est finalement presque aussi dangereux que de picoler, une torche à la main, je vous l'accorde...).
Merci Sergent B !


OZ KARASU
Only the End
2009
Ça commence avec une ritournelle inquiétante, la mélodie que pourrait laisser échapper la boîte à musique d'un cénobite. Ensuite, la dark speed ambiant prend le relais, pour notre plus grand plaisir.  Morceaux effectivement ambiant constitués de nappes industriels et titres plus "power" electro apportent une ossature solide à l'album tout en préservant l'intérêt de l'écoute, notamment grâce à une grande variété de constructions des différentes pistes. Une créativité bouillonnante donne sa marque aux douze titres de cet album qui peine à étancher cette soif d'expérimentations. Sans jamais se cacher derrière une étiquette qui tiendrait de la posture confortable plus que d'une réelle démarche artistique, Oz Karasu enchaîne les pépites, sans complexe et sans chercher à coller à un genre que les définitions poussent à l'étroitesse. Mugissements étranges sur fond de beats oppressants, samples lancinants et claviers glaçants, tout concourt à plonger l'auditeur dans le dédale d'un vaisseau spatial abandonné, aux murs de métal froid et au sol constellé de bris de verre tandis que derrière soufflent et souffrent d'étranges créatures affammées qui se rapprochent. Bande-son idéale d'un film de SF horrifique, Only the End se déguste, dans le noir. Et très fort. Et là, seulement, juste avant que vos voisins appellent la police (ou les services psychiatriques), vous pourrez entrapercevoir ce qui se cache derrière notre réalité et ce que les morceaux de cet album tentent de vous faire tutoyer des oreilles. Et c'est pas beau à voir. Mais délicieux à entendre.


C'est bon pour Mars. Voilà de quoi écouter pour le printemps !
Comme d'hab, commentaires bienvenus :)  




2 commentaires:

  1. Bowie : Beau billet. Je suis assez d'accord avec toi mais je ne l'ai écouté qu'une seule fois pour l'instant. C'est du bon Bowie, juste, maîtrisé, pas particulièrement original mais très plaisant. Mon avis s'affinera après d'autres écoutes, bien évidemment...

    Par contre, je suis bien moins convaincu par le How To Destroy Angels...

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  2. Merci bien ! Je me répète un peu mais cet album est super dur à chroniquer, j'ai lu quelques réussites sur le net cependant.

    Oui, je suis convaincu qu'il faut bien plusieurs écoutes. Les deux premières ne m'avaient pas trop emballé alors que je suis un fan absolu du monsieur. C'est après que j'ai apprécié, de plus en plus, cet album.

    Pour HTDA, je peux comprendre, le disque est plutôt fade pour quelqu'un qui s'attendait à un choc digne de NIN. Pour moi, on est clairement dans une sorte d'easy-listening reznorien et je l'apprécie pour ça, à défaut de pouvoir me satisfaire d'un renouveau fragilesque (mes adjectifs puent du cul). Disons que les derniers NIN, fort sympathiques, m'accrochaient cependant moyennement. Là, c'est une nouvelle direction. Pas forcément la plus belle voie à prendre mais au moins, il avance. Timidement, ok, mais quand même. En gros.

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