vendredi 8 février 2013

Musique 3, les 5 albums de février 2013

Peut-être commenciez-vous à vous lasser des disques précédents, peut-être avez-vous soif de nouveauté... Peut-être passez-vous là par hasard ou bien venez-vous vérifier que le taulier a toujours des goûts de chiotte ?

Dans tous les cas, il est temps que je vous présente les 5 albums du mois.

Février 2013


IN SLAUGHTER NATIVES
In Slaughter Natives
1989
On commence par la fin. La fin du monde. Oui, pas moins. Cette galette de dark-ambiant apocalyptique est une véritable ode à la destruction globale de tout ce qui est. Samples, choeurs, sons electro, ambiances mortifères, lourdes et oppressantes se succèdent, s'allient, se mêlent pour former ces paysages terrifiants comme autant de tableaux nous présentant la mort de tout espoir. Jouni Havukainen, l'homme derrière la formation nous fait ici profiter, dès 1989, du début de ses clichés sonores apocalyptiques, collages rudimentaires mais aucunement ringardisés après 24 ans d'ancienneté. Nombreux sont ceux qui se sont engouffrés dans la brèche en tentant de produire le même genre de musique. Je ne suis pas un pro du courant musical mais je pense que je ne me trompe guère en évoquant l'hypothèse que bien peu ont pu atteindre une telle efficacité. 
Les morceaux s'enchaînent après le sublime Death, juste only death... qui annonce la couleur. Titre emblématique qui pourrait faire figure de carte de visite du groupe. Il est difficile de décrire la musique d'In Slaughter Natives sans se répéter. Havukainen, lui, ne fait pas cette erreur, et si les albums suivants sont dans la même veine, chacun d'eux vient enrichir le parcours éprouvant qu'il nous propose. A l'exception d'un troisième album où le chant ne m'emballe pas, c'est toute la discographie du monsieur que je vous conseille. Idéal pour mettre à fond dans les enceintes, alors que tout s'écroule autour de vous et que finalement, vous vous êtes résolus à ne pas survivre. Une bande-son parfaite alors qu....


SHONEN KNIFE
Genki Shock!
2006
Formé en 1981, ce groupe de Japonaises décide de clamer son amour pour les groupes girly des 60's genre The Shangri-Las, le punk, les Ramones et la bouffe. Curieux mélange qui donne un groupe coloré et rock qui enchaîne les morceaux courts, bourrés d'énergie et chantés en anglais, la plupart sur le thème de la nourriture ou de la vie quotidienne. Orienté pop mais conservant un son garage, tournant en première partie de Nirvana dans les années 90, Shonen Knife se forge une identité qui lui est propre. Ne reste que Naoko Yamano (guitare et chant) depuis le début, le line-up du trio évoluant avec les années. 
17 albums, 30 ans de carrière, la patronne des Ramones d'Osaka, comme elles se sont elles-même surnommées pour un disque en hommage aux garçons à frange enregistre ici, avec sa soeur et cofondatrice du groupe (j'y reviendrais) un album qui traite de thématiques amusantes, comme on peut le découvrir en parcourant les titres: S*P*A*M, Anime Phenomenon, Broccoli Man ou encore Giant Kitty. Le groupe sait jouer des clichés et les dézinguer de riffs destructeurs et rock'n'roll, évitant l'écueil boursouflé qui peut guetter des groupes de J-pop moins expérimentés. Sur cet album, le line-up se ressère à deux personnes, celle qui tient les manettes du groupe, Naoko Yamano et Atsuko Yamano, sa soeur, qui ne participe aujourd'hui plus au groupe, à l'exception de ses tournées nord-américaines. Après la fin du monde, une sucrerie pop-punk-nippone, y'a que ça de vrai !


Dr. JOHN
locked down
2012
 Il paraît qu'à l'aube des années 2010, et depuis un petit moment, le Docteur ronronnait. Sacralisé légende vivante de la musique de New Orléans, pape du mélange de gospel, de blues, de jazz et de rock expérimental, le Nightripper s'est décidé à bouleverser un peu les idées reçues. Comme le vieil alligator rusé a plus d'un tour dans son sac (en croco, oui), il décide de s'adjoindre les services d'un petit jeunot qui a grandi en usant les 33T du plus efficace des chamans, Dan Auerback. Rien de moins que le cerveau des Black Keys, LE groupe garage rock tendance du moment (un statut amplement mérité, soyons clairs). 
Le résultat est une galette résolument moderne mais dont les racines plongent cependant dans les bayous, tout en allant titiller l'éthio-jazz de Mulatu Astatké, la musique africaine et même le rap, dans lequel le docteur invoque on ne sait quel loa vaudou, répondant ainsi aux pistes obscures et intrigantes de ses tous premiers albums. D'ailleurs la pochette ne s'y trompe pas et nous présente Malcolm John Rebennack, Jr. coiffé d'un chapeau qui rappelle sa coiffe sur l'album Gris-Gris. Le disque est parsemé ainsi de clins d'oeil, comme par exemple les "remèdes" évoqués dans la chanson Big Shot. Sans faire du surplace ou revenir en arrière cotoyer la nostalgie, Dr. John, sur ce nouvel album, accomplie la prouesse de se renouveler, après 45 ans d'une carrière bien remplie, prouvant ainsi que c'est dans les meilleurs pots qu'on fait les meilleurs gumbos. Pas les vieux, non, les meilleurs, ceux qui réunissent au fond de la marmite les légendes vivantes, tenants de l'expérience tranquille et les jeunes chiens fous bourrés de talent. Une alliance terrible pour un disque terrible. 


DIVISION ALPHA
Fazium One
1999
Psykron, planète inhospitalière au sous-sol creusé par l'humanité, réduite à vivre comme des cafards, en compagnie de quelques robots, contrôlés par une intelligence artificielle centrale, Replika. Bientôt, celle-ci supplie qu'on l'efface car elle sent que quelque chose ne va pas. Qu'elle prend le contrôle, qu'émergent des pensées interdites. C'est déjà trop tard. L'entité virtuelle se réveille véritablement et entreprend de rayer les humains de la carte. Scénario connu mais ici déployé sur quatre (!) albums, l'histoire dicte chacun des titres, faisant vibrer ces derniers de sa saveur métallique et robotique. Ça sent l'indus, le métal, le métal-indus, l'electro, les chants passés au filtre des voix de robot. Les titres parlent d'eux-mêmes: Erase my software, en ouverture, suivi de Access Denied, Press to regress... 
Sous influence mansonienne mais pas que, titillée par les riffs des guitares teutonnes de Rammstein mais pas seulement, le duo français laisse exploser sa créativité tout au long d'une série d'albums teintés de noir, de rouille et de claviers tueurs. Parfois, la thématique est un peu étouffante et on sent que le "concept" a pu brider un peu le groupe, qui se répète, par moments, tout au long des albums (je ne parle que des trois premiers car je n'ai pas le 4ème). Cependant, rien de tout ça dans ce premier album, sommaire, basique, fait de 1 et de 0, certes mais des données vraiment maîtrisées qui, une fois assemblées, forment un album plutôt séduisant, pêchu et doté d'une réelle saveur indus-métal. Les machines sont traitées avec respect, viennent enrichir les morceaux, donner de la profondeur aux atmosphères. Certains groupes très typés rock-industriel des années 90's ne supportent pas toujours une réécoute moderne, tout empêtrés qu'ils sont dans leurs influences trop flagrantes pour survivre efficacement. Ce n'est assurément pas le cas de Division Alpha et de ce premier album.  


MAN OR ASTRO-MAN?
EEVIAC
1999
 Même année que le disque précédent, là encore des voix robotiques et des bidouillages électroniques mais un tout autre style pour ce dernier disque du mois. De la surf-music, coco ! Yeah, rien de moins. La forme ultime de musique qui ferait danser un tétraplégique adepte du bondage, décédé et incinéré. Et pas des moindres: celle de Man or Astro-man?, le groupe déjanté qui jouait sur fond d'écran de films d'épouvante, costumés en visiteurs de l'espace, mêlant samples, bidouillages et post-surf déjanté et incroyablement entraînant. 
Cet album est, selon moi, leur point d'orgue. Alliant expérimentations électroniques, morceaux complètement industriels et surf-music maîtrisée, les cosmonautes aliens délivrent là ce qui me semble être effectivement leur meilleur album mais aussi un des monuments de la surf music moderne. Maltraitant cette dernière (mais avec amour, hein, qui aime bien...), la poussant dans ses retranchements, lui infligeant des alliances qu'on pourrait penser contre-natures (à tort, mon bon, à tort) avec des étranges machines devenues folles, les Man or Astro-man? convoquent le ban et l'arrière ban de tout un monde de série B, sans jamais jouer du name-dropping un peu vain (parce que parfois, la surf music moderne et les références à la série B, c'est un peu Tarantino dans Kill Bill, une succession de vignettes et de clins d'oeil poseurs faisant montre d'une culture certaine, sans que ça aille plus loin). Ici, ils jouent avec leurs jouets mais ils n'hésitent pas à les casser, à coller la tête de la poupée sur le pare-choc de la voiture télécommandé juste pour voir... Et le pire, dans tout ça, c'est que ce n'est jamais brouillon, bâclé ou raté. Au contraire. Cet album, c'est comme s'il était le fruit définitif de l'expérience accumulée dans tous les autres (et excellents) albums précédents. La galette suivante, qui s'éloigne pourtant autant de la surf music que celle-ci, bien que très honnête, ne réussira pas à transformer une nouvelle tentative de pousser ce courant musical dans ses retranchements. Normal, j'ai dit plus haut que ce disque était définitif. Impossible d'aller plus loin dans le genre sans le perdre de vue. La terre est plate et EEVIAC en constitue la frontière avant le grand néant. Cela dit, avec les Man or Astro-man?, tout peut arriver. Peut-être reviendront-ils bientôt avec un nouvel album qui fera de EEVIAC la voiture balais de leur discographie. J'espère. 
Et en attendant, je guette leur soucoupe volante chaque soir...


Surveillez le ciel et on se retrouve en Mars (ou sur Mars, si les surfonautes sont venus me chercher entre-temps) !

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