lundi 15 octobre 2012

John Cale














"Je parie que je ne trouverai pas 100.000 personnes qui connaissent John Cale".

Tel est le nom d'un groupe facebook. Un groupe qui a longtemps fait office de pourvoyeur non-officiel des informations relatives à ce grand nom de la musique rock.

A ce jour, le groupe compte 1900 fans. C'est donc pas gagné. Et c'est dommage.

Et vous, vous le connaissez ? 

Si c'est le cas, c'est très bien. Si ce n'est pas le cas, il est temps d'y remédier.

John Cale ?
John Cale, le Gallois qui faisait du violon dans le Velvet Underground

Oui, mais pas seulement. Déjà, parce qu'il composait et jouait également de la basse et du piano et a chanté sur pas mal de morceaux. Et puis, cela fait 44 ans qu'il a quitté (ou a été viré, c'est selon, les sources divergent selon qu'on écoute Lou Reed ou John Cale, disons qu'ils étaient agree to disagree, quoi) cette formation puisque dès 1968, il ne fait plus partie du Souterrain de Velours, son éviction/désertion étant le point de départ vers la périclitation du groupe, faut pas se leurrer. 

Et aussi parce que depuis 1970, il mène une carrière solo, d'artiste (35 albums, lives et BO, environ, c'est pas rien !) et de producteur (The Stooges, premier album, Nico, Patti Smith et son Horses etc..., c'est lui). Il a également collaboré à de nombreux projets, comme par exemple Positions de Trash Palace... Bref, il ne se passe pas une année sans qu'on ait de nouveaux travaux, des lives...

Du rock proto punk (le live Sabotage) à la musique classique (Words For The Dying), en passant par les expérimentations en tout genre (Church of Anthrax) , des chansons composées en référence à des peintres ou des écrivains (Magritte, Hemingway) aux musiques de films (le superbe Saint-Cyr), le maître a touché à tout, transformant chacun de ses disques en une surprise pour l'auditeur, habitué qu'il est (le maestro) à explorer les différentes familles musicales desquelles il se réclame.

N'hésitant pas à tordre ses notes au violon électrique, à marteler son piano en hurlant, il a poussé dans ses retranchements la musique rock, la faisant flirter avec bien d'autres registres, puisant dans sa formation classique, dans la musique d'avant-garde, dans les collaborations avec son presque homonyme John Cage et sa musique expérimentale.

Véritable animal de tournée, il écume les salles, modestes (mais tant mieux, ça évite de se taper les bobos aux flûtes en plastique remplies de champagne qui traînent au palais des congrès en attendant d'écouter Lou Reed), de France, de Navarre et du Royaume Uni depuis des dizaines d'années. 

La sortie de son dernier album, Shifty Adventures in Nookie Wood donne lieu à une tournée française. Petite perle bourrée d’électronique et au travail sonore impeccable, la galette de Sir John Cale est, une fois de plus, un disque à ne pas rater. Sur scène, chaque titre est réinventé et assurément, il est conseillé, par votre serviteur, de se déplacer pour le voir au moins une fois.

Que faut-il écouter parmi sa prolifique (mais jamais pléthorique) production ?

Déjà, je ne possède pas tous ses disques, donc je vais causer de ceux que j'ai pu écouter et de ceux qui me sont encore inconnus mais dont j'ai eu des échos:

On va la faire dans l'ordre déchronologique...

Commençons par le dernier album, Shifty Adventures in Nookie Wood, justement. A 70 ans, Cale montre qu'il est encore en phase avec la musique dans laquelle il évolue depuis un demi-siècle. Album aux sonorités travaillées, constitué de chansons pleines de nappes, de petits bruits et d’électronique, il reste cependant rock. Un rock pour autant enrichi de plages sonores élaborées. 

blackAcetate, un album résolument rock paru en 2005, très simple dans sa construction.

Hobo Sapiens, de 2003, dans la même veine que Shifty Adventures, propose un rock ambiant aux sons riches et ciselés. 

Walking on Locusts, de 1996, là encore une petite référence dans sa discographie, un album qui mélange les genres, un peu de rock, un peu d'electronica...

Honi Soit..., à ne pas manquer, un album rock de 1981 extrêmement riche, avec un titre en français, notamment.

Les trois albums de la période Island, qu'on retrouve dans une compilation intitulée The Island Years:
Fear, Slow Dazzle et Helen of Troy. Le pinacle de sa carrière, une trilogie qui va forger son son à venir.

Paris 1919, mon album préféré. Porté par tout un orchestre, John Cale y délivre des chansons pop proprement brillantes et presque "pastorales", tout simplement magistrales.

Son premier album solo, Vintage Violence, à ne pas rater également.

En plus, une BO: celle de Saint-Cyr, donc, où il ne chante pas mais laisse voir son amour pour la musique classique sans pour autant faire dans le pompeux ou dans le pompier, c'est le pompon !

Pour résumer, je dirais que John Cale fait partie des artistes phare de ma CDthèque. J'écoute très régulièrement tel ou tel album et complète ma collection petit à petit (même si certains n'existent qu'en album vynil). Ses albums ne sont pas toujours du genre à marquer l'histoire du rock mais restent toujours cependant des pépites originales et travaillées. Jamais de redite, jamais de morceaux bâclés ou de disques sortis juste pour la thune, on sent que derrière chacun de ses travaux, le bonhomme s'implique et ne laisse jamais le bouton du pilote automatique allumé pour mener sa carrière. 
Et sur quasiment un demi-siècle, c'est plutôt honorable. La non-motivation pour pondre des tubes FM explique probablement le relatif anonymat de cet artiste mais je pense que bon nombre de musiciens actuels reconnaissent son influence dans leur manière d'aborder la musique.


Par conséquent, je dirais que c'est un artiste qui n'est pas forcément easy-listening. Une oreille peu avertie pourra se plonger dans une écoute et en ressortir en se disant "mais qu'est-ce qu'il a de plus que les autres ?". 
Il n'est pas évident de répondre à cette question. Car l'apport de Cale se discerne dans les tréfonds de ses morceaux musicaux, dans l'intonation du chant, dans le son complètement en dehors de son époque, pour certains morceaux, sans pour autant être rétro... 
Pas facile d'appréhender le gars, il mérite une écoute attentive pour laisser appréhender son talent. John Cale, c'est du rock, de la pop, mais pas seulement. 
Ça commence comme une chanson pop et puis d'un coup, une envolée de violons, un solo de piano endiablé, des bidouillages électroniques, des choeurs ou un chant déjanté vien(nen)t tout bousculer, faisant basculer le titre dans une contrée musicale qui ne porte aucun nom, si ce n'est du John Cale...

Les esprit chagrins, constatant mes difficultés à énumérer les singularités de l'artiste ou à simplement qualifier sa musique ne manqueront pas d'y voir là les efforts d'un fanboy qui s'obstine à vendre l'objet de sa passion. Ce n'est pas ça. C'est que, contrairement à pas mal d'autres artistes que j'écoute, John Cale supporte peu les étiquettes (mais vraiment. C'est souvent bateau de dire ça, comme si l'artiste sortait grandi d'être inclassable - ce avec quoi je ne suis pas du tout d'accord-, sauf que là, c'est vraiment le cas, il est difficile de le catégoriser) et demeure donc difficile à présenter, surtout quand on n'a pas le bagage littéraire d'un critique rock. 

J'espère cependant vous avoir donné envie de lui accorder quelques minutes auditives. Pour certains, il est à parier qu'ils choperont le virus.



Quelques suggestions d'écoute, variées, en vrac, choppées sur youtube :












2 commentaires:

  1. Je te félicite cher auteur de cet article, j'ai eu la chance de le voir en concert et je peux te confirmer que c'est un GRAND artiste.

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  2. Merci bien !
    Oui, John Cale en concert est vraiment excellent. Et ce qu'il adopte une formation totalement rock ou se permette quelques effets electro. Pour avoir vu la déclinaison de son dernier album sous ces deux formes, à chaque fois, c'était impressionnant de maîtrise.
    En ce moment, je découvre l'album Caribbean Sunset, un régal.

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