jeudi 20 septembre 2012

Le stoner rock, get stoned or get lost !

J'ai découvert ce courant musical il y a peu. Aux moqueurs, je répondrais "Vieux motard que j'aimais".
Aux autres, qui ne connaissent pas, je propose d'évoquer rapidement ce que c'est.
Loin de moi l'idée de jouer les spécialistes ou de faire un cours magistral, je ne m'y connais tout simplement pas assez pour cela et ce n'est pas ma démarche.
Voyez dans cet article une petite présentation, avec des infos apprises un peu partout (Wiki, interviews de groupes, discussion avec des potes...).


13 février 1970. Royaume Uni. Un groupe au nom sulfureux sort un album éponyme, Black Sabbath, une pépite lourde et noire qui s'aventure dans les terres d'un rock sombre, puissant et lugubre. Tony Iommi, le guitariste, blessé lors de son travail à l'usine, a deux phalanges en moins. Il joue avec des prothèses bricolées en fondant du plastique. Mais pour soulager ses doigts douloureux, il détend ses cordes et joue un demi-ton plus bas. Ce qui donne un son unique, froid et ténébreux. 

Le groupe continue ses explorations, qu'elles soient thématiques ou musicales, du côté de l'enfer et de Satan et l'année suivante, sort un troisième album (entre-temps, s'est calé Paranoid et son titre aujourd'hui bien connu des fanas de Comics, Iron Man), intitulé Master of Reality.
Dans cette galette, le groupe pousse jusque dans ses retranchements leur concept et leur attitude. Ils traumatisent ainsi une génération... que dis-je, trois ou quatre au moins, générations pour le meilleur et pour le pire. Cet album peut vraisemblablement être considéré comme la génèse du stoner rock. Bien sûr, il convient aussi de ne pas oublier d'autres formations de l'époque, comme Led Zeppelin et Grand Funk Railroad.
L'époque est à l'exploration d'un rock heavy, qui deviendra plus tard le courant emblématique des années 80 (et que, personnellement, je ne supporte pas) et le rock psychédélique ou space-rock fait aussi des siennes.


Après cet album de Black Sabbath, durant les années qui suivirent, et notamment les années 80, de nombreux groupes vont chercher à s'éloigner de la scène métal, sclérosée (désolé) par les groupes aux cheveux peroxydés et permanentés et aux guitares en forme d'éclair brillant qui se tirent la bourre pour jouer le plus vite et le plus aigu. La musique heavy perd alors de son intensité, de son but, même. L'ère MTV formatant les groupes à jouer le heavy qu'on attend d'eux. 

Se crée alors un mouvement de réaction, un retour aux sources vers la noirceur et la lourdeur des premiers albums de Black Sabbath. Le Doom se forme. Ce courant musical puise dans les 70's, le psychédélisme, les drogues, le heavy blues, Satan et produit un métal lourd, épais et aux notes basses et lentes. Les looks sont directement hérités de cette période et les musiciens semblent tout droit sortis de ces années là.

Il y a alors, à l'aube des années 80, deux tendances qui se dessinent, et que je vais caractériser à grands traits (sachant qu'évidemment, il y a des groupes qui ne rentrent pas dans telle ou telle case).
En Angleterre, on joue un doom lent et noir, dans la lignée du groupe qui a créée le genre. Electric Wizard est le parfait exemple de ce courant. Créé en 1993, les Angliches délivrent un son gras sur du matériel d'époque et continuent l'exploration des limbes sataniques là où Black Sabbath s'était arrêté.

Mais aux USA, il se trouve des petits gars, au fin fond d'un désert, qui décident aussi de s'amuser avec les mêmes références. Dans le sud de la Californie, émergent peu à peu des groupes qui vont affûter leurs riffs dans les generator parties, ces regroupements festifs autour de groupes électrogènes en plein désert où spectateurs et musiciens viennent pour s'enivrer, jouer et tester divers champignons locaux. Influencés par les Stooges et leur blues métallique et les sonorités de ZZ Top (entre autre), leur musique prend un ton plus rapide, plus agressif, un brin plus punk, finalement. Le Stoner rock est né.
Stoner qui vient de l'argot américain pour parler des gens défoncés, notamment à l'herbe, mais pas seulement. Certains musiciens, dont Josh Homme, guitariste de Kuyss, un des groupes précurseurs puis frontman des célèbres Queens of the stone age, réfutent même le terme et lui préfèrent desert rock ou space rock. 

(crédit photo : tommyvon, cliché récupéré sur flick.r)

Les principales caractéristiques de cette musique: des lignes lourdes, répétitives, propices au headbangging,  du fuzz et des effets du genre, de la pédale wah wah en veux-tu en voila, des basses et des guitares qui jouent sur la lourdeur (Josh Homme jouait sa guitare sur des amplis de basse du temps de Kuyss par exemple) et un emprunt très clair aux groupes et à l'esprit des 70's. Ce sont ces mélodies répétitives qui, associées la prise de drogue, vont définir le stoner tel qu'il est perçu et lui donner son nom. C'est une sorte de retour aux sources, aux fondements mêmes du blues rock et du rock psychédélique, aux prémices du heavy avant que ce dernier ne se transforme en barnum du rock. Côté thèmes, on est souvent sur des pochettes puisant du côté de la science-fiction populaire, films de série B, voire Z et films d'horreur. A ce titre, Electric Wizard s'affiche comme de véritables amoureux du cinéma bis des années 60 et 70. Mais ce ne sont pas les seuls. Les fanas de stoner sont souvent barbus, vêtus de chemise à carreaux avec un petit côté: gars du désert ou bouseux redneck, on est loin des codes urbains...

Evidemment, il y a à présent quantité de stoner rock et de chapelles. Le doom donc, plus lourd, plus sombre, aux sonorités funestes, le sludge, un courant qui vient de la Nouvelle Orléans et tout plein de déclinaisons.

Quelques groupes ? 
Voici ceux qui ont bercé l'écriture de Stoner Road, mon roman sur ce thème (j'enlève les précurseurs et dinosaures - dans le sens affectueux du terme - cités plus haut pour ne retenir que le doom et le stoner plus récents):
Kyuss, Nebula (plus j'écoute, plus j'aime), Queens of the stone age (les premiers surtout), Electric Wizard, Los Dissidentes del Sucio Motel (des frenchies bourrés de talent), Los Natas, Karma to Burn, Fu Manchu, Monster Magnet, Them Crooked Vultures, Orange Goblin, Sludgefeast... 
Signalons également Masters of Reality (quand je vous dis que cet album avait traumatisé du monde), le groupe du producteur musicien Chris Goss, LE producteur qui a permis au stoner rock de se constituer. 

Liste non exhaustive, loin de là, il s'agit des groupes que j'écoute plutôt régulièrement.

Pour ceux qui ont un compte Deezer, voici une modeste playlist qui m'a servi pour l'écriture et que je continue d'écouter et de faire évoluer:

Un site de référence... LE site de référence sur le sujet (si vous tombez amoureux de cette musique, n'y allez pas, par pitié, vous allez vous ruiner):

Il existe par ailleurs un festival entièrement dédié au stoner rock en Allemagne et chaque année le Hellfest lui attribue une tente tout au long des trois jours. Courant encore un peu marginal mais de moins en moins, il s'affirme peu à peu comme une grande famille du rock (et du métal).

Bonne écoute.
Et n'hésitez pas à venir commenter pour évoquer votre groupe favori ou toute formation du genre  que vous aimez et qui serait absente dans cet article.


Paradoxalement, billet écrit sur With Teeth, de Nine Inch Nails, absolument pas stoner mais j'en ai tellement mangé ces trois derniers mois que là, je picore ailleurs...

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