jeudi 30 août 2012

Et avec ça, je vous remets un peu d'incertitude ?


Une première pour ce bloug: un petit article sur les méthodes de travail.

Il n'a pas pour objectif de prôner telle ou telle méthode, simplement d'exposer comment je travaille et la récente évolution de ma manière de structurer et de prévoir mes récits. Ce sujet a peut-être, très probablement même, été abordé quatre cent mille fois. Est-ce pour ça que je vais vous épargner mes réflexions là dessus ? Absolument pas, Mireille.

Laissez-moi m'amuser avec mes sujets d'auteur-newbie qui découvre l'eau chaude à couper le beurre, s'il vous plait. 

Bon. C'est tout simple, à la base. Quand on écrit une histoire, est-ce qu'on l'a dans la tête, écrite du début à la fin ? Est-ce qu'on a prévu tout ce qui allait se passer ou pas ?

Et là, plusieurs écoles s'affrontent. Ecoles, un bien grand mot. Disons, tendances...

Il y a ceux qui ont tout prévu, un synopsis extrêmement détaillé, l'ensemble des chapitres, ce qu'ils racontent. Aucune surprise pour eux au moment où ils démarrent la rédaction proprement dite.

A l'inverse, il y a ceux qui partent avec une idée, plus ou moins vague, et élaborent leur récit en cours de route. 

Au milieu, ceux qui prévoient plus ou moins, qui ont, en gros l'histoire écrite mais pas son déroulement en intégralité. 

Je dis "ceux" mais si ça se trouve, de nombreux auteurs ne se reconnaîtront pas dans les trois grandes tendances... disons les deux grandes tendances extrêmes et le milieu, plus flottant, que j'évoque. Les "ceux", ce sont des gens, des collègues avec qui j'ai discuté, pour être plus clair.

Mon premier roman, mes fascicules et nouvelles, je les ai écrit en utilisant la technique du milieu. Je savais ce qui allait se passer, je connaissais la fin mais je n'avais pas exactement prévu ce qui allait se dérouler à chaque chapitre. Une partie de l'histoire a été donc improvisée au fur et à mesure de la construction d'icelle. J'ai rajouté des chapitres, pas mal, pour mon premier roman, afin de me permettre de prendre un peu plus de place, de donner plus de temps et d'ampleur à l'intrigue. Donc certains de ces chapitres étaient improvisés mais avec un fil conducteur, un filet de sécurité car je savais où j'allais.

Et puis, j'ai discuté avec Robert Darvel et Brice Tarvel, notamment. Et ce fut riche d'enseignement. J'ai appris que certains, pour écrire, n'avaient qu'une idée de la situation de départ. Et que le reste se faisait en cours de route. C'est ainsi que j'ai appris que pour certains romans policiers, l'auteur ne sait pas vraiment qui est l'assassin, et ce quelques pages avant la fin !
Frappant ! Une sorte de révélation. 

Cette technique, évoquée par ceux qui la pratiquent, a ceci d'intéressant qu'elle permet à l'auteur de se prendre au jeu et, finalement, d'être dans la même position que le lecteur. Il voit l'histoire se dérouler sous ses yeux sans savoir comment tout ça va finir. Cela, disent-ils, les préserve de l'ennui qu'il y a à raconter une histoire qui existe déjà dans son intégralité et qu'ils connaissent déjà. Ce qui, finalement encore, revient à manipuler un peu son lecteur en lui racontant des choses mais sans les vivres avec lui.

Intéressant. Passionnant même. Mais terriblement flippant. J'ai testé l'ajout de cette part d'incertitude en intégrant un peu de cette méthode dans le cadre de mon fascicule suivant, bien aidé par Robby Darvel. Oh, il ne s'agissait pas de ne pas savoir qui était le grand méchant de l'histoire mais d'un détail important de l'histoire. Et effectivement, je me suis amusé, durant l'écriture, à envisager différentes pistes. Et au final, rien d'angoissant car en arrivant au moment de la révélation, j'avais déjà plusieurs possibilités, qui pouvaient donner différentes saveurs à l'histoire. Au pire, comme on est en train d'écrire, on a le droit de revenir en arrière accorder quelques petits détails une fois qu'on a finalement opté pour telle ou telle résolution... C'était très amusant et stimulant de me dire "alors mais qui cela peut-il bien être, nom de nom ?" en réfléchissant à mon récit.

Pour une nouvelle, je me suis carrément jeté dans le grand bain, en écrivant sans avoir aucune idée de comment tout ça allait se terminer et je me suis beaucoup amusé.

Résultat, pour mon second roman, j'ai décidé de relâcher un peu la bride et d'intégrer pas mal de non-prévu, d'incertitude. La structure s'y prête bien plus que pour le premier car il s'agit d'un road-movie/book donc forcément, on a la possibilité de se laisser porter par l'histoire et d'écrire en inventant au fil de l'eau, une rencontre avec un personnage dont on vient juste d'avoir l'idée.

Et là, alors que je boucle le dernier acte, la partie la plus tendue de l'histoire, j'avoue humblement n'avoir qu'une petite idée de la fin. Qui s'en sort, qui crève, est-ce que cette histoire se finit bien, moyen bien ou mal ? Je ne sais pas trop. Oh, j'ai quand même quelques volontés à ce propos mais rien d'aussi figé que pour mes récits précédents (excepté la nouvelle donc). 

Clairement, je ressens une sorte d'attraction vers mon texte, je suis comme pris au jeu, peut-être même encore plus que quand je savais vraiment comment ça allait se dérouler et surtout, se conclure.

C'est pourquoi je ne peux que conseiller, modestement, aux collègues auteurs avec qui je traîne mes guêtres de tenter le coup, c'est amusant et comme un texte n'est pas un morceau joué live ou une pièce jouée au fur et à mesure de l'écriture, il est toujours possible d'aller accorder ses violons en revenant modifier légèrement un détail au début pour raccorder avec la décision prise... C'est donc de l'incertitude mais ce n'est pas si dangereux que ça, juste trépidant car pour résumer, on est pris au même jeu que le lecteur mais en plus on décide de comment l'histoire va se dérouler. Un peu comme dans un jeu de rôle mais dans un univers où on a tout pouvoir et qu'on a même pas à partager (c'est bien de partager mais des fois, c'est bien aussi de jouer dans son coin, et je ne parle pas de cochonneries, hein).

Bref, voila, quelques réflexions au fur et à mesure de mes travaux. Une prochaine fois, je parlerais du narrateur omniscient et de comment que j'y arrive pas trop...

Et vous, vous faites comment, hein ?



Article écrit sur fond de Tin Machine II, second album du groupe composé de David Bowie, Reeves Gabrels et les frères Sales. Comme toutes les productions de Bowie du début des années 90, considérées comme des succès artistiques en demi-teinte après les écueils des années 80, celle-ci est timidement appréciée, comme un "mieux que rien" et je pense clairement qu'elle et ses collègues de l'époque méritent absolument d'être revues à la hausse. Et je gage qu'elles le seront, sous peu, vous allez voir.

7 commentaires:

  1. Je ne suis pas un écrivain, mais...

    Tout dépend de ce que j'écris. En jeu de rôle, j'ai tendance à essayer de planifier un minimum, mais récemment, je me suis piqué d'écrire une nouvelle "à l'arrache", sans trop savoir où j'allais et je dois avouer que c'était plutôt amusant. Libératoire, en quelque sorte.

    Après, je en suis pas certain que ce soit une expérience que j'arrive à renouveler tous les jours.

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  2. En jeu de rôle, je pense qu'effectivement, il convient de prévoir un minimum, sinon, cela devient à préparer de l'improvisation, ce qui est un peu contradictoire.

    Pour une nouvelle, sinon, oui, l'exercice est intéressant et pas aussi effrayant que pour un roman. C'est une bonne manière de se faire la main, je pense.

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  3. Le problème c'est que je n'ai fait l'expérience du départ en live. J'ai le début et ensuite j'improvise que sur une novella. Sur mes textes courts je n'ai jamais tenté. Et je suis plutôt de ceux qui prévoit tout sauf la fin que je rate régulièrement. C'est à dire que j'ai 99% du texte scripté dans ma tête mais la toute fin je ne l'ai pas.
    Je sais par exemple que Stefan Wul improvisait la majorité de ses romans. Mais moi l'impro j'y arrive pas.

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  4. Moi je dis que l'impro a du bon. De l'impro "contrôlée", soit, mais un peu quand même !

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  5. L'expérience est à tenter, je pense, Fabien. Le tout est de s'amuser et ensuite on voit si on aime ou pas, à mon humble avis.

    L'impro contrôlée me semble en effet indispensable, salutaire, même pour laisser l'intrigue respirer et garder une certaine spontanéité.

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  6. Je me suis bien éclaté sur la novella sur laquelle j'ai fait l'expérience. Mais je ne me sent pas capable de m'y remettre. Je suis trop carré pour mon bien malheureusement.

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  7. Après, il est vrai que chacun a ses méthodes favorites. Perso, j'ai bien apprécié de tenter l'expérience. Par contre, je suis clairement moins sûr de moi, une fois le texte fini. Comme si le fait d'avoir écrit au fil de l'eau était plus dangereux, comme s'il était plus difficile de savoir ce que vaut son travail que quand on a tout préparé.

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