vendredi 27 avril 2012

Le Roi des Rats, de China Miéville




Je viens juste de terminer ce superbe roman et je ne résiste pas au plaisir d'en faire une petite chronique, sur le vif.

Le Roi des rats, c'est quoi ?

Saul Garamond rentre chez lui, à Londres. Il vit avec son père, un militant communiste. Saul s'est éloigné petit à petit de son père et s'ils ne sont pas en conflit, ils s'ignorent, incapables de se comprendre l'un l'autre.
Mais ce soir là, tout bascule dans la vie du jeune homme. Son père est assassiné et il est accusé de ce crime.
Un être bien étrange le tire de sa cellule et après une cavalcade proprement inhumaine sur les toits de la ville, il se présente comme étant le roi des rats et l'oncle de Saul.
C'est alors que Saul va découvrir sa véritable nature... Mais dans l'ombre, un étonnant artiste le traque, un artiste qui a bien des tours dans son sac et jouer de la flûte n'en est pas des moindres.

Il s'agit du premier roman de China Miéville.

China Miéville est un auteur anglais né en 1972. Auteur brillant, notamment du cycle se déroulant dans son univers totalement original de New Crobuzon et de ses alentours, il démontre ici toute l'étendue du talent d'un auteur débutant mais qui sait déjà où il va. En plus, il est trotskiste, ce qui n'ôte rien (au contraire).

Véritable oeuvre d'urban fantasy, Le Roi des rats nous entraîne à la découverte des bas-fonds, des égouts, des culs de sac encombrés d'ordures de la capitale anglaise, frayer parmi les rats. Il se dit que dans les villes, il existe un rat pour chaque habitant. Et Londres, de ce côté là, ne semble pas manquer de citoyens. Dans cet envers du décor, dans des lieux que le commun des mortels ne peut jamais atteindre, nous découvrons le nouveau visage de la cité et notamment les secrets qu'elle cache. Notamment parce qu'en crapahutant de la sorte, on a des nouveaux angles de vue, la cité est dévoilée d'une manière à laquelle elle ne s'attendait pas. Ainsi, qui eut crû que dans les villes se cachaient notamment plusieurs souverains. Londres n'abrite pas que la reine Elisabeth II mais également le roi des rats (même si son peuple lui conteste à présent son autorité), le roi des araignées et le roi des oiseaux. Toute une cohorte de monarques et leur cour, qui se terrent.

Mais qu'est-ce qui peut faire peur à un roi ?
Un musicien...
Un joueur de flûte, vraiment ?
Mais un joueur de flûte et des rats, cela ne vous rappelle rien ?

Véritable relecture de l'histoire d'Hamelin, le récit de Miéville intègre ce dernier dans un cadre post-moderne et l'insère ainsi dans une fresque contemporaine, évoquant ce qui s'est passé après le mot "fin" du conte (conte cruel qui, rappelons-le, s'est soldé par la noyade de tous les enfants du village).

Non, le joueur de flûte n'est pas un rigolo qui pourrait distraire des gens en mal de Shrek. Et ça, Saul, va vite le comprendre.

Ce récit, très typé par son époque (les années 90), intègre également les cultures urbaines qui avaient court à l'époque, notamment la jungle, la drum'n bass. Véritable composante à part entière de l'histoire, ce genre musical inventif et hypnotique, au tempo ultra rapide et à la basse voltigeante est d'une importance capitale et force est de constater que l'auteur arrive à décrire les morceaux musicaux avec brio. Dans une chronique de la Tête en l'ère, j'évoquais le talent de Frédéric Merchadou qui, dans Ange Maudit, décrivait l'oeil du peintre. Ici, c'est l'oreille du musicien et du compositeur qui est représentée de manière réaliste et gourmande.

Urban fantasy donc, dont on retrouve les codes et le parcours du héros. Avec lui, nous partons à la découverte de sa nouvelle nature, de son évolution et du nouveau monde qui s'offre à ses pieds (et sous ses pieds). Sans trop en dire, en laissant une partie de cet univers dans l'ombre (on sait qu'il existe d'autres souverains animaliers, par exemple, sans en apprendre plus sur eux), China Miéville arrive à dépeindre un monde attractif et familier duquel on a du mal à sortir. Contenant des fulgurances gores que renieraient pas la défunte collection éponyme, le final est anthologique et scotchant.

Si vous avez eu du mal avec le style fourni et ciselé de Perdido Street Station, ce roman vous sera quand même accessible car si on y sent l'amour de l'auteur pour les belles phrases, le style est moins personnel, plus classique, plus dépouillé même. Ce qui n'empêche pas une certaine efficacité et même une efficacité certaine.

Bref, je n'en dis pas plus. Enfilez votre imperméable pourri, fouillez les poubelles à la recherche de quelques restes moisis pour prendre des forces et suivez Saul dans les égouts. C'est un périple que vous ne regretterez pas.


Et non, pas de lien dans ce roman avec les mystérieux rois de rats, supercherie ou légende...


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