vendredi 10 juin 2011

Green Tiburon, Luchadores et les codes de la luchasploitation

Récemment, j'ai eu le plaisir de voir le dernier film (sorti en dvd car les deux épisodes suivants sont soit sortis en salle soit en post-prod) de Mil Mascaras intitulé Mil Mascaras versus the Aztec Mummy. Film sorti en 2006, il met en scène le encore très baraqué et mobile Mil Mascaras, qui avait pourtant 64 ans au moment du tournage. Premier film mettant en scène un des trois acteurs phare de la luchasploitation (avec Santo et Blue Demon, tous deux malheureusement décédés) à être produit en anglais, il intègre avec brio les codes des films de luchadores tout en compensant son faible budget (en partie financé par une université, surprenant) par une sincérité et un respect du genre qui font plaisir à voir.

Mil Mascaras se bat contre une momie aztèque bien décidée à reconquérir le monde grâce à ses pouvoirs hypnotiques et sa secte de moines monstrueux. Le luchadore légendaire est aidé par un professeur inventeur et les forces de police. Plusieurs combats se greffent au film dont un en équipe avec El Hijo de Santo. Le final voit participer un grand nombre de luchadores célèbres comme Blue Demon Jr, Dos Caras (le frère de Mil Mascaras et le père d'Alberto del Rio, actuellement à la WWE), Huracan Ramirez Jr affronter les hommes de main monstrueux de la momie.

Ce qui m'a fait triplement plaisir, en plus de visionner ce film récent et très fun, de discuter avec son producteur, scénariste et interprète de la momie et du robot, Jeffrey Uhlmann (un passionné extrêmement sympathique), c'est de voir que j'ai pu, je l'espère, coller au maximum au genre avec mon récit.

Excusez cet évident manque de modestie mais je pense avoir saisi les passages obligés du genre et j'ai même eu l'impression que certains scènes du film auraient pu illustrer des passages du fascicule, notamment le combat contre les moines monstrueux ou encore le robot typé très 50's, le personnage du professeur un peu fou ou les liens entre le héros et les autorités.

Les films de luchasploitation ont usé et usé encore des mêmes recettes, situations et personnages et le visionnage répété de maints Santo permet vite de saisir ces tendances.
Les héros sont des héros sans faille, ils sont les parangons de l'homme idéal, cultivé, au corps parfait et à l'esprit aigusé. Athlète impressionnant, le luchadore est aussi un scientifique qui fait de la physique et/ou de l'electronique à ses heures perdues tout en assurant une présence mondaine dans laquelle il fait montre de ses talents certains en psychologie. Souvent ami avec les responsables des autorités locales, il traîne également ses collants parmi les cercles de sommités scientifiques du coin et il n'est pas rare que la fille du professeur, du commissaire ne s'éprenne de lui.
Ses ennemis sont des savants fous, des monstres revenus de la mort à cause de savants fous ou bien des créatures sans âge qui viennent se venger des ancêtres du héros (car Santo et Mil Mascaras sont les derniers héritiers d'une longue lignée de combattants du bien, invariablement ou presque).
Les films contiennent toujours entre un et trois combats, disséminés dans le film sans trop de raison valable.
Ainsi, dans Mil Mascaras vs The Aztec Mummy, Mil rencontre le président des USA, qui lui explique que le sort du monde dépend de lui et que le staff du président est prêt à lui laisser 48h avant d'agir de manière plus radicale. Ensuite, le président lui propose d'aller justement rencontrer le staff (les plus gradés de l'armée américaine quoi, genre le Pentagone et compagnie). Mil Mascaras décline poliment parce qu'il a un match de prévu. Idem quand il s'agit d'aller surveiller le lieu du prochain casse des méchants, ce sera juste après le match en équipe !
Bref, ces poncifs font le charme de ces séries de films. Et on se prend vite à guetter ces passages obligés et ces personnages archétypaux (parfois interprétés par les mêmes acteurs d'un film à l'autre).

Dans mon récent texte pour le Carnoplaste, tout le jeu était de respecter ces codes, de les utiliser mais aussi de savoir s'en amuser, prendre une certaine distance. Ne pas faire un décalque sans réelle volonté de personnaliser un peu cet univers. Tout le souci était de placer le récit entre le pastiche et la parodie.

Jongler avec les degrés en quelque sorte.

Je ne voulais pas faire un récit totalement premier degré mais je ne voulais assurément pas écrire une parodie. Entre Mil Mascaras vs the Aztec Mummy et Nacho Libre, y'a-t-il une place ?

Je pense que oui. Il y a moyen de respecter la luchasploitation tout en s'amusant avec respect de ce genre.

Non, il ne s'agit pas de raconter une énième aventure de ce genre, sans distance, juste pour coller à tout ce qu'on voit dans ces films.

Non, il ne s'agit pas non plus de se moquer de ces lutteurs que d'aucun peuvent trouver ridicules avec leurs collants et leurs masques, qui affrontent des monstres mal faits. Une telle attitude serait faire fi de toute la ferveur populaire qui les a accompagné et les accompagne toujours au Mexique. C'est aussi peut-être trop facile et insultant de prendre ces codes de haut, juste pour s'en amuser et les laisser ensuite tomber. Petite parenthèse, je ne dis pas que c'est ce que fait le film Nacho Libre, une parodie certes, mais dans laquelle on sent un attachement certain pour les luchadores.

Ce même questionnement se pose aussi pour le jeu de rôle actuellement en cours d'élaboration. Je vois poindre ici et là, sur certains forums, des interrogations sur l'orientation du jeu. Certains forumistes le perçoivent déjà comme second degré et jeu apéro. J'ai une toute autre ambition pour ce jeu. C'est un jeu fun, pop et coloré, qui permet de faire des combats dynamiques et aériens mais ce n'est pas un jeu parodique macho qui permet de s'amuser à parodier les films de luchadores. Je veux et je sais que ce jeu ira plus loin. Qu'il permettra évidemment d'aborder le genre avec humour. C'est indispensable. Mais qu'il permettra aussi de vivre des aventures plus sérieuses, plus premier degré. Sinon, j'en aurais fait un nouveau rayon de vidéo-club pour Brain Soda, comme je l'ai fait pour Kaiju Soda.
Et pour ça, Romain d'Huissier et Willy Favre sont là. Ces deux compères ont parfaitement saisi là où je leur proposais d'aller et le boulot qui est en train de prendre forme est proprement motivant et tout à fait dans ce que j'imaginais.

Ces codes du genre sont la clé qui permet de colorer le jeu et le fascicule, lui donnent une identité certaine. Mais c'est la manière d'aborder ces codes qui va donner la réelle ambiance et le positionnement que j'ai voulu pour ces travaux.

Les recycler dans un récit n'était qu'une formalité une fois qu'ils ont été repérés. J'ai donc respecté les codes mais en ai-je saisi l'esprit ? Je l'espère mais ce sera au lecteur de me le dire. Et par la suite, au joueur.

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