mardi 8 mars 2011

L'addition, s'il vous plaît...

J'enchaîne les articles. Premièrement, parce que ce blog est récent, il brille, tout neuf qu'il est. Donc forcément je m'amuse un peu avec ce nouveau jouet. D'autre part (oui, j'ai pas envie de dire deuxièmement, je préfère d'autre part, rien que pour embêter Seb), parce que j'ai envie de l'installer dans les habitudes de lecture des quelques personnes qui peuvent être intéressées par ce que je peux écrire ou avoir écrit. C'est de la force de vente, presque (quelle honte).

En fin de repas, on fait le bilan de ce qu'on a bouffé, notamment en payant l'addition, qui détaille par le menu l'ensemble du votre.

C'est le moment, alors qu'on enfile sa veste et qu'on se dirige vers la sortie, de dire ce qu'on a aimé et ce qui était trop cuit.

Donc, cet article sera celui des remerciements. Car, comme un arbre a ses racines, la moindre de mes productions, je la dois forcément à des gens, notamment deux personnes.

D'une part, Willy Favre, auteur de jdr, je dirais: L'auteur de JDR car, désolé les mecs (et les nanas), je n'en vois pas un autre lui arriver à la cheville. Productivité, professionnalisme, production pléthorique dans tous les genres et sur tous les formats, alliance de l'écriture (qu'on déguste) et des illustrations (qu'on admire), nombreuses sont les cordes à son arc (à ce stade, on pourrait plus parler de harpe). Il n'y aurait qu'un certain yno pour pouvoir prétendre rivaliser avec lui.
C'est grâce à Willy que j'ai été embarqué dans mes premières publications. Travaux amateurs avec Kaiju Soda, le rayon de vidéo-club permettant de jouer des films de monstre japonais pour Brain Soda mais aussi premiers travaux pro, pour Humanydyne. Et sa suite, que j'avais proposé en téléchargement et qui est en fait devenu le supplément papier, Les Nouveaux Russes.
C'est encore lui qui m'a embarqué dans Kuro. L'aventure ne s'est pas finie aussi bien qu'elle a commencé (c'est peu dire) mais il n'y est pour rien et a plus qu'à son tour tenté de jouer la médiation. Sans lui, WarsaW n'aurait probablement pas vu le jour ou serait considérablement différent (et moins bien - je me souviens encore de cette soirée resto/brainstorming où j'étais venu avec trois pauvres idées de pouvoirs psy déviants et au stade du dessert, j'en avais genre 22).
C'est quelqu'un de vraiment talentueux que le milieu n'a pas su considérer à sa juste valeur et tan pis pour sa gueule (au milieu, évidemment). J'espère avoir l'occasion de collaborer de nouveau avec lui, en jdr éventuellement mais surtout sur d'autres projets.

Romain d'Huissier est l'autre personne que je tiens à remercier. C'est lui qui m'a proposé d'intégrer son staff de la Brigade Chimérique. De là, c'est ce qui m'a permis de faire des rencontres, d'affiner mes ambitions et mes envies, de tenter de passer du monde du JDR au monde des romans et nouvelles. Auteur prolifique, au rythme assez impressionnant (son secret, c'est qu'il travaille presque pas, mais c'est pas que ça, il doit y avoir de l'usage de stupéfiant derrière tout ça mais je ne peux rien prouver), je crois que sa manière d'appréhender le jdr, les scénarios et les univers colle en tout point avec mes propres conceptions.

Sans ces deux personnes, il est difficile de se projeter et de dire que j'en serais à écrire des scénarios amateurs ou autre mais ce qui est sûr, c'est que ces deux personnes m'ont apporté beaucoup de choses.

Voila pour les remerciements. Y'a d'autres personnes avec qui j'ai pu travailler et que je pourrais évoquer mais je tiens vraiment à mettre sous les feux des projecteurs ces deux gaillards.

***

Aujourd'hui, sans causer pour ces deux comparses, en ce qui me concerne, j'ai un peu l'impression d'avoir fait le tour du monde du JDR. C'est probablement super prétentieux à lire comme ça.
Laissez moi préciser.

Je n'ai pas l'impression d'avoir fait le tour de ce loisir. J'ai toujours autant envie de jouer, de mener, de créer des mondes, de les explorer et même d'explorer ceux des autres.

J'ai, par contre, l'impression d'avoir fait le tour de ce milieu, en tant que microcosme peuplé de joueurs, de forumistes, d'éditeurs, d'auteurs.
Je suis fatigué de devoir encore et toujours recommencer à zéro dès que j'ai un projet, solliciter des éditeurs qu'il faut convaincre avec l'énergie du débutant, comme si le fait d'avoir mené plusieurs projets à leurs termes, dans de bonnes conditions et avec professionnalisme, ne plaidaient même pas légèrement, en ma faveur.
Je ne dis pas qu'il me faudrait tout sur la table, comme ça, juste parce que j'ai écrit dans deux trois trucs. Mais éviter de se faire prendre pour le pigiste débutant à chaque fois que je viens avec une idée, c'eut été appréciable. Et moi, je vis ça alors que j'ai pas fait grand chose finalement. J'ose même pas imaginer ceux qui ont enchainé les productions de qualité et qui se voient encore et encore rabroués, ignorés ou pris pour Ashrakran77, le mec qui a écrit son jdr amateur dans sa cave depuis 12 ans et qui va vous prouver qu'il va révolutionner le med-fan à grands coups d'elfes et de nains mais qui s'appellent pas comme ça.

Sans compter le peu de retours (positifs ou négatifs) autres que les petites phrases zémouriennes de quelques juges de forums en mal d'occupation. Quel temps perdu sur ces cafés du commerce virtuels ou quelques piliers de bar viennent t'asséner leurs avis et te détaillent (ou pas) combien t'es con, nul ou trop de gauche. Là encore, avec le temps, on finit par avoir un certain recul. Moi, ça m'a pris du temps, j'ai pas percuté tout de suite que j'avais mieux à faire. N'empêche, quand tu es auteur, que tu as bossé sur un projet qui te tenait à cœur sur lequel tu as investi du temps et que tu viens, la bouche en cœur parler de ton boulot, répondre aux questions, faut voir comment tu peux parfois te faire accueillir. Faut pas généraliser et puis faut aussi accepter un minimum la critique. Mais parfois, on se dit que les auteurs de JDR d'avant internet ou ceux qui savent cultiver une certaine distance avec les forums et communautés rôlistes ont parfois bien raison.

Sans compter les problèmes avec les éditeurs sur des questions telles que les paiements, les contrats, notamment.
Alors, afin de devancer toute levée de boucliers d'éditeurs susceptibles, oui, il y en a des formidables (et je le pense, rien d'ironique) et en plus, en ce qui me concerne, c'est même la majorité. Oui, bosser avec certaines équipes donne une pêche énorme et on se sent considéré et respecté.
Mais force est de constater que ce n'est pas toujours le cas et que parfois, quand on constate qu'on se rajoute des aigreurs d'estomac à se faire traiter comme une merde pour quasiment pas un rond, on se demande bien ce qu'on fout là. On fait la part des choses, on se dit qu'on a assez du vrai boulot pour ces soucis là et on lâche l'affaire. C'est ce que j'ai fait il y a à présent deux ans et je ne me suis jamais senti aussi libéré.
Évidemment, lecteur taquin, tu attends peut-être des noms. En fait permet moi d'en douter. Soit tu es tombé sur ce blog en tapant "oeil + femme + nude + gratuit + cannibale" dans ton moteur de recherche et tu ne me connais pas. Et vu tes recherches google, c'est aussi bien. Soit tu me connais un minimum (surtout pour te taper un article aussi long) et tu sais très bien de qui je parle.

Certes, il y a des rencontres, des mails qui font plaisir, des posts de forum qui donnent envie de s'y remettre. WarsaW a su, par exemple, fédérer une petite communauté que je salue et dont j'admire la productivité et le talent. Ça, oui, ça fait rudement plaisir. C'était le cas aussi de Kuro.
Il faut aussi savoir pointer les côtés positifs, être honnête. J'ai adoré faire des salons, aller à la rencontre des joueurs, recueillir leurs avis, leurs impressions. J'ai moins aimé faire les démo (mais c'était parce que j'aime jouer dans un cocon, musique d'ambiance, lumière tamisée...) mais dans l'ensemble, ces salons, c'était cool.
J'ai apprécié les relations avec des éditeurs et des co-auteurs, des illustrateurs. Faire sa diva derrière le stand, enchaîner les gribouillis sur les bouquins, rencontrer ma fan, traîner et faire des resto où on dit du mal...

Mais voila, au bout d'un moment, devant l'absence de réelle considération de votre statut de professionnel potentiel, devant l'absence quasi-généralisée de retour productif, l'envie s'émousse un peu. Et puis comme je le disais en substance dans mon premier billet, j'ai l'impression de m'être enfin rassasié et de pouvoir passer à ce que j'ai toujours eu envie de faire sans trop oser.
30 ans, j'ai envie aussi de produire des choses que je pourrais faire lire à des proches non-rôlistes, travailler en direction d'un plus grand nombre de gens, me faire éditer des nouvelles et pourquoi pas un roman.

Je ne pense pas lâcher le petit monde du JDR, j'aime trop ça. Et j'aime bosser en groupe sur ces univers à défricher, à détailler, à présenter... Mais là, je pense qu'une pause est nécessaire.

Bien entendu, j'ai encore quelques trucs dans les tuyaux. Des projets intéressants et même une sorte de gros pavé diablement excitant. Sans compter mon second jeu après WarsaW que je compte vraiment voir aboutir, que ce soit chez un éditeur ou chez Lulu.com s'il le faut. Donc ce ne sont pas mes adieux (après tout, même Johnny revient en 2012 alors bon), juste une pause.
L'avenir m'aidera à préciser sa durée.

8 commentaires:

  1. L'alternance bisounours / bileux est assez amusante ! :)
    Merci en tout cas - et tu sais à quel point je suis d'accord sur presque tout.

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  2. Justement, c'est ce que je retiendrais de cette phase de boulots divers.
    Une vraie dualité de relations.
    Un côté positif de rencontres ayant réellement marqué ma vie, positivement. Et un autre côté, plus acide, m'ayant aussi fait avancer mais aux dépends de moments plus difficiles.

    Au final, grande est la tentation de se consacrer uniquement aux productions autour de ses amis et collaborateurs proches.

    Je ne doute pas d'affronter d'autres écueils sur cette nouvelle voie mais je pourrais déjà dire que j'ai un peu tâté le terrain par le passé.

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  3. Bon courage Julien !
    Je suis avec intérêt ce début de blog et j'espère pouvoir te lire et te trouver dans ma librairie très vite !
    A bientôt

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  4. Merci bien, c'est très motivant ! Je vais tout faire pour en tout cas (enfin, tout... Quand même pas).
    Et bonne chance pour tes projets !

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  5. bon, j'aime pas le moment ou tu dis avoir apprécié la rencontre avec TA fan...le reste ca peut aller! :o)

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  6. Sérieusement c'est là qu'on voit toute la différence entre le milieu du jdr et celui de la SF. Dans le jdr les gars ne sont peut être pas des bisounours mais au moins il y a de l'entraide, de l'émulation. Les aînés n'hésitent pas à parrainer les auteurs plus jeunes. En SF, en tout cas en France, c'est plutôt la foire d'empoigne. Il y a certes des gens plutôt sympas qui retroussent leurs manches mais malheureusement ils sont rares et c'est toutes la jeune génération qui en pâtit. C'est pour ça que je me suis aussi mis sur le ring, bien en évidence. Donner un coup de pouce aux petits jeunes, dont certains ont pas mal de bouteille quand même, c'est un peu ce qui me me motive. Je ne suis pas le seul à avoir cette démarche mais ceux qui l'ont sont à l'exception de deux ou trois cantonnés à l'underground. Ca fait peur.
    Le jour où le milieu de la SF fonctionnera comme celui du jdr ce sera cool.

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  7. Je n'ai pas du me faire comprendre par toi Fabien, visiblement. Car ce que je tente d'exprimer, c'est justement l'autisme de ce milieu (pour reprendre un terme de Manu) et son absence de mémoire. Bref, pour moi, c'est un petit milieu qu'il peut être très enrichissant de découvrir (et d'y revenir) mais qui peut aussi montrer ses limites. Tout ça AMA, hein, évidemment.

    Concernant les mystérieux aînés que tu évoques, je dois avouer que, personnellement, je ne les ai jamais vus. Ils ont quitté le milieu quand celui-ci a accusé un coup sévère. Pour différentes raisons qui les regardent, ils se sont, pour la plupart, consacrés à autre chose. Multisim, Siroz, où sont les auteurs qui occupaient les pages de Casus avec des critiques de leurs jeux ? Ils ne sont guère nombreux à se maintenir dans ce secteur.

    Je ne connais pas le milieu de la SF mais je ne peux pas vraiment espérer qu'il calque son fonctionnement sur celui du monde du jdr.

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  8. Le milieu de la SF c'est des gens qui sont franchement intolérants et qui tirent sur tout ce qui bouge. Des polémiques stériles, des descentes en flamme en guise de critique et à ce jeu là ce sont les jeunes auteurs qui s'en prennent plein la gueule sauf ceux qui ont pris soin de copiner avec qui il faut. Je peux te dire que les relations vu de l'extérieur sont bien plus saine dans le milieu du jdr. Ca peut te paraître curieux mais c'est bien le cas.

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