dimanche 16 avril 2017

Musique 28, les 5 albums d'avril 2017

Bon, le deuil musical est à présent terminé.
Il faut se remettre en selle.


On commence donc l'année sur 5 nouveaux albums, avec un lien très fort pour la précédente chronique, pour le premier disque évoqué (et même le deuxième)...



DONNY McCASLIN
Beyond Now
2016
Donny McCaslin, Tim Lefebvre, Jason Linder et Mark Guilana formaient le groupe qui a accompagné David Bowie sur son dernier album, ★.
Quand la formation a appris le décès de l'artiste anglais, ses membres, choqués, ont eu le sentiment qu'il restait à défricher, que le territoire créatif sur lequel les avait emmené Bowie cachait encore quelques trésors. Il fallait lui rendre hommage et continuer son travail, au moins le temps d'un album. Enregistré extrêmement rapidement, en trois jours, en avril 2016, dédié à Bowie et à tous ceux qui l'ont aimé, contenant deux reprises de Bowie, le sublime Warszawa (Low) et A Small Plot of Land (1. Outside), avec Jeff Taylor au chant, incluant, à ce qu'il m'a semblé lire, une chute de ★, travaillée pour l'occasion, Beyond Now est un album de jazz instrumental (ou presque), bourré de circonvolutions saxophoniques, de bidouillages électroniques et de mélodies entêtantes. Il s'insère aisément dans l'album testament de Bowie, comme autant d'instrumentaux dans la même veine jazz-rock expérimental. Un album vraiment recommandé par mes soins pour continuer le voyage sur l'astre noir... 



IGGY POP
Post Pop Depression - Live At The Royal Albert Hall
2016
J'aurais pu chroniquer l'album, celui enregistré avec Josh Homme, Dean Fertita et Matt Helders, sorti pile poil à la date anniversaire de The Idiot, et censé être le dernier album de l'Iguane.
Mais ce dernier étant une pépite, il va de soi que tout amateur de rock le possède, le chérie et l'écoute et n'a donc pas besoin de moi pour savoir à quel point il trône parmi les meilleurs album de Mister Pop, se haussant sans peine au niveau des opus travaillés avec Bowie (et New Values, on oublie trop souvent New Values, voire Blah-Blah-Blah mais bon, fermons cette parenthèse).
Cet album, disais-je, est une pépite et le meilleur moyen de s'en rendre compte est donc d'écouter ce live. Durant ce show généreux, plus de deux heures, deux galettes, Iggy et sa troupe revisitent les titres de sa carrière mais en puisant quasi intégralement dans le dernier album bien sûr mais aussi dans The Idiot et Lust For Life. Et les titres s'enchaînent et se mélangent sans aucune baisse de niveau. Alors, clairement, Josh et ses amis aux instruments sont à même de sublimer pas mal de titres mais là, même s'ils ne ménagent pas leurs efforts, ils ont à disposition des petites tueries qu'ils exécutent avec respect mais sans pour autant jouer au groupe de reprises. Bref, c'est un live terriblement efficace, qu'on peut déguster en CD mais aussi en DVD, un album proposant les deux formats. Vous l'aurez compris, c'est un must have.



BLACK JOE LEWIS
Electric Slave
2013
Troisième album de Black Joe Lewis, même s'il semble avoir perdu les Honeybears qui jusqu'ici étaient crédités, Electric Slave est un pur concentré de rock garage psychédélique. Un soupçon de Hendrix, une bonne dose de soul, avec une section de cuivres impressionnante, un esprit The Stooges, une pincée de Black Keys et autres Hanni El Khatib, voilà ce que promet Black Joe Lewis. C'est rétro mais c'est furieusement pêchu et ça grince. C'est distordu, saturé mais en même temps plutôt riche, en terme de compositions, c'est loin d'être simpliste et les mélodies sont efficaces mais pas lassantes.
Bref, c'est vraiment une belle découverte que j'ai fait là et sans nul doute je vais me pencher un peu plus sur le bonhomme et sa formation.



RIECHMANN
Wunderbar
1978
Merci à Robert Darvel pour cette découverte. Riechmann, c'est Wolfgang Riechmann, un musicien allemand qui a côtoyé des membres de NEU! ou de Kraftwerk avant de jouer avec Phönix ou Streetmark, contribuant à développer l'école de Düsseldorf, à l'époque où sa voisine berlinoise était en plein essor (avec des formations comme Tangerine Dream notamment). Puis, à la fin des années 1970, il part travailler sur son album solo. Il va mourir tragiquement, poignardé dans la rue par deux ivrognes, trois semaines avant la sortie de son album, à l'âge de 31 ans. 
Sur son album, Riechmann joue de tous les instruments sauf du schlagzeug (c'est à dire de la batterie, merci google trad). Le look bleuté de la pochette n'échappera pas à Gary Numan, qui quelques années plus tard, rendra hommage au bonhomme en s'affublant lui aussi d'un maquillage et d'une teinture céruléenns. 
Les plages planantes et mélancoliques de Wunderbar sont très puissantes. On est ici en présence d'une electro ambiant néanmoins traversée par des constructions musicales qui nous font quitter le purement contemplatif ambiant pour quelque chose qui pourrait faire penser à la musique d'un film futuriste tournée à la fin des 70's. Quelque chose de froid, de triste, d'urbain, avec des voitures qui volent et un parfum d'inéluctable, une sorte de Blade Runner teuton, avec Derrick dans le rôle de Deckard, pourquoi pas ? 



MOBY & THE VOID PACIFIC CHOIR
these systems are failing
2016
Moby revient et pour son 13ème album, il n'est pas content. Accompagné par quelques discrets chœurs (sinon pour le reste, il compose, produit et interprète), il propose un album qui rappelle par moments Animal Rights, quand il fricotait avec le hardcore, en cependant plus mainstream. La rage, néanmoins, semble intacte. 
Album politisé, évoquant cette fin du monde programmée vers laquelle on se dirige tranquillou, Moby le militant charge les Trump, les multinationales, l'isolement narcissique selfiesque et évoque des thèmes qui lui sont chers, notamment la cause animale. Plusieurs de ses clips intègrent des séquences poignantes sur le sort réservé à la viande qui arrive dans nos assiettes. A ce titre, don't leave me pourra tirer des larmes à la plupart des carnistes, pardon, des omnivores.
Ce qui frappe dans cet album, en plus des airs rentre-dedans, de sa tonalité rock electro très éloigné de ses productions récente, des sons saturés, de l'esprit punkoïdo-eighties et des boum boum puissants, ce sont les paroles. Moby fait montre d'un réel talent pour éviter que son album qui dénonce égrène platement ses motifs de protestation. Il y a parfois du Bowie dans l’ellipse, dans la métaphore un peu étrange qui mérite qu'on s'y arrête. 

Tout en gueulant sur ce qui ne va pas, et à raison, Moby explique, pour cet album, avoir voulu se faire plaisir, comme un gosse, en intégrant tout ce qu'il avait envie, comme un gosse qui se ferait une tartine avec du beurre de cacahuète, des cornichons et de la chantilly. Dit comme ça, ça peut légèrement foutre la gerbe. Mais le Moby exagère car ses titres se succèdent et ne pèsent en rien sur le bide. Au contraire, ils dégagent une énergie rare et décoiffent un brin. Le fond, la forme, tout respire la sincérité, la conviction, l'engagement, la colère. C'est la marque des grands artistes d'arriver à dénoncer sans pour autant faire bailler. La Deluxe edition, qui contient trois titres supplémentaire, est à privilégier.




On se retrouve bientôt pour 5 autres albums. Vous vous doutez bien qu'en un peu plus d'un an, j'ai emmagasiné de quoi alimenter quelques billets ! 

lundi 27 mars 2017

Malheur aux gagnants, le making-of - 3 - Les sources (mais pas du Nil).

Pour ce troisième article sur mon prochain roman, j'ai décidé de parler des sources bibliographiques.

Sans chercher à faire de généralités, écrire un roman suppose toujours un minimum de recherches et de documentation. Même dans le futur, sur une planète inconnue, il y a normalement quand même un peu de doc à faire, sur la propulsion supraluminique, les effets de la silice sur l'organisme ou les différences d’apesanteur et autres... 
Enfin, en tout cas, c'est ma méthode de travail à moi. 
Alors, a fortiori quand le roman se déroule dans le passé, à un moment de notre histoire, ici, en l'occurrence en 1935, à Paris. 

Le cadre général imposait déjà un travail de recherches pour que le roman puisse paraître le plus "authentique" sinon le plus "réaliste" possible. Pas question que les personnages traversent la place Charles de Gaulle par exemple.

Personnellement, j'essaie toujours d'asseoir le roman sur une réalité historique, de saupoudrer d'événements réels et autres mais sans pour autant verser dans la documentation excessive, dans la thèse historique. D'une part parce que ce n'est pas l'objet du roman et ensuite parce que la tentation est ensuite grande de vouloir caser toute cette documentation excessive dans le roman (après tout on y a passé des heures, on a appris plein de choses, on a envie de le partager, de montrer combien on est sérieux et appliqué) et souvent, ça donne des romans qui moi, m'agacent un peu. C'est un peu comme les lexiques quand des romans utilisent un mot étranger ou deux par phrases, c'est fatigant, en tout cas, moi, je ne suis pas fan (perso, j'essaie toujours d'employer le mot dans une phrase qui permet, enfin, je l'espère, de le comprendre sans aller en bas de page ou pire, au cul du bouquin).

Par contre, j'aime bien glisser des clins d’œil, des courtes scènes ou des détails qui ne parleront qu'à ceux qui veulent creuser un peu ou connaissent l'époque. Mais toujours, toujours en partant du principe que cela ne doit rester qu'un clin d’œil et ne surtout pas léser celui qui passe à côté. Je le fais aussi bien avec l'Histoire avec un grand H qu'avec mes précédents boulots, faisant allusion à un roman déjà publié (ce qui est vraiment un manque de modestie mais m'amuse beaucoup et permet de former un seul et même univers - ou presque).

Pour rester dans l'époque, savoir quelle station de métro existait déjà, comment elle s'appelait, mine de rien, et au risque de faire bondir les historiens, les vrais, un site comme Wikipédia peut déjà aider, même s'il convient de rester vigilant et d'essayer de croiser les sources. Wiki aide aussi pour les voitures de l'époque, par exemple.

Je me suis également aidé  de Chronique de la rue parisienne. Photos et articles de presse, un ouvrage qui rassemblait des photographies de la vie parisienne des années 1930 et des articles d'époque. Ce bouquin m'a beaucoup aidé pour mes descriptions, notamment, et m'a permis, en scrutant les photos, de repérer mille et un détails qui aident à immerger (enfin, j'espère) le lecteur dans l'époque, les affiches, les marques, certains quartiers disparus, les actualités de cette décennie, ce qui était à l'époque des innovations balbutiantes et fait à présent partie de notre quotidien... Le livre sur les métiers oubliés a permis d'ajouter des personnages un peu atypiques, les tenants d'une profession ou d'un moyen de gagner sa croûte qui aujourd'hui n'existe plus depuis des décennies...

J'ai également pas mal surfé en ligne et lu des journaux d'époque, qui m'ont permis de glisser ici ou là, des marqueurs historiques ou des détails secondaires voire oubliés qui ont, je l'espère, renforcé le texte. Et il n'y a vraiment rien de tel que photos et articles d'époque pour voyager et rejoindre ses personnages (avec un peu de musique, of course).

Sur le sujet des gueules cassées, des vétérans, de la Der des Ders, des effets psychologiques du conflit sur les survivants, il convenait également de se documenter. Mention spéciale à la bible de Martin Monestier, le volumineux Les gueules cassées, qui évoque les blessures, les séquelles, l'ensemble des techniques de réparation, les prothèses et compagnie. Un ouvrage à réserver aux plus endurcis d'entre les lecteurs, tellement les clichés d'époque sont bouleversants. Le bouquin Du front à l’asile 1914-1918 m'a permis d'utiliser une anecdote histoire que j'ai trouvé hallucinante (si je puis me permettre) et le reportage vidéo de Le Naour et Laville a été très riche d'enseignement également.

Et oui, le colonel Picot a vraiment existé !
Je dis ça pour mes proches qui se demandent... (cf bibliographie).

Anecdote amusante, j'ai acheté d'occasion le livre de Delaporte sur les gueules cassées et le propriétaire a eu la gentillesse d'y glisser un billet de loterie d'époque. Une délicate attention  qui m'a permis de plonger plus encore dans l'ambiance et m'a fait m'amuser de la "chance". Ce livre abordait un peu la Loterie mais pas plus qu'un autre. Cependant il m'a aidé sur ce thème. Même si j'ai laissé passer des erreurs et des approximations qui ont ensuite été impitoyablement traqués par mon correcteur, que je remercie ici très très beaucoup (je vais voir si je peux citer son nom mais en attendant, je respecte son anonymat de principe).

Quand j'écris, j'aime bien tenter de donner une saveur au texte, non pas forcément par le style (même si j'ai modestement tenté de le travailler davantage sur Malheur aux gagnants) mais surtout par le vocabulaire. Je glisse des mots américains dans les bouquins qui se déroulent aux USA, ce qui fait un peu résonner le texte pour moi qui dévore les séries et les films en VOSTF (que serait une discussion sans what the fuck, man ? ou dude, hein ?) et je me suis amusé comme un petit fou (ou un dialoguiste pervers des Visiteurs) avec les mots anciens de Pestilence, quitte à en inventer quand j'en avais envie.
Pour Malheur aux gagnants, Le Poilu tel qu'il se parle a été une mine d'or. L'argot de l'époque, écrit par un gars fraîchement revenu du front, est d'une richesse impressionnante. Même si le fait qu'il s'agisse d'un dico "inversé" en quelque sorte, présentant le classement des mots utilisés plutôt que leur sens m'a forcé à tout lire (quel calvaire :p ).

Enfin, un peu de doc sur les services secrets, parce qu'une histoire sans espion n'est pas vraiment une histoire... :)

Je vous fournis en exclusivité totale la bibliographie qui figure en fin d'ouvrage, afin que vous puissiez vous faire une idée de ce que j'ai feuilleté ou dévoré durant la préparation mais aussi tout au long de l'écriture du roman (voire même parfois un peu après, pour aller affiner le texte).

Bibliographie :

  • ESNAULT Gaston, Le Poilu tel qu’il se parle, Paris, Équateurs, 2014
  • MONESTIER Martin, Les gueules cassées, Le cherche midi, 2009
  • ROUBAUD Noële & BREHAMET R. N., Le colonel Picot et les gueules cassées, Paris, Nouvelles éditions latines, 1960
  • DELAPORTE Sophie, Les gueules cassées, Paris, Éditions Noêsis, 1996
  • TISON Stéphane & GUILLEMAIN Hervé, Du front à l’asile 1914-1918, Paris, Alma, 2013
  • PROST, Antoine, Les Anciens Combattants, 1914-1940, Paris, Gallimard, Folio Histoire, 2014
  • DARD Olivier, Les années 30, Le Livre de Poche, 1999
  • Que reste-t-il de la Grande Guerre ? La région en 1914-1918, Sud-Ouest, 2014
  • NOVARINO Albine, cent métiers oubliés, Omnibus
  • CÉLATI Jean-Louis & TROUILLEUX Rodolphe, Chronique de la rue parisienne. Photos et articles de presse, Paris, Éditions Parigramme, 1995
  • MADELIN Philippe, Dans le secret des services, Paris, Denoël, Impact, 2007
  • WARUSFEL Bertrand, Histoire de l’organisation du contre-espionnage français entre 1871 et 1945, article internet, 1996
  • LE NAOUR Jean-Yves & LAVILLE Grégory, Quand la Grande Guerre rend fou, Coproduction Kilaohm et l'ECPAD, reportage, 2014, 52mn

Et voilà pour ce troisième article, Le prochain et probablement dernier article, traitera de deux thèmes: l'un, très personnel, reviendra sur la genèse d'un des personnages principaux, le second abordera l'angle d'attaque du roman, un truc qui m'a bloqué un moment et qui, en un instant, m'a ouvert un boulevard pour écrire le livre....

En attendant, la période de deuil musical est finie, on va peut-être essayer de redémarrer les chroniques musicales...


mercredi 1 mars 2017

Malheur aux gagnants, le making-of – 2 - Where is Brian ?

Hello mes très chers amis,
Voici le deuxième article consacré au making-of de mon prochain roman.

Il ne vous a peut-être pas échappé que le projet change de titre, passant du Chemin des monstres à Malheur aux gagnants.
C'est une suggestion très pertinente de l'éditeur. Le Chemin des monstres était un titre de travail qui s'était imposé et qui, au final, ne correspondait pas vraiment avec le résultat final et ne se justifiait pas forcément en plus d'induire éventuellement en erreur le lecteur potentiel.

On repart donc sur ce très beau titre, bien plus adapté et plein de suspense !

Mais ceci n'est pas l'objet de notre deuxième article. Pour celui-ci, je vais aborder une méthode de travail que je me suis imposé.

Très vite, j'ai su qu'il allait être question de hasard, d'aléatoire dans le roman. Or je ne travaille pas sur le fil quand j'écris. Pour ce roman, j'avais quand même un plan, grossier, dans ma tête et sur un bout de papier et il n'était pas question d'écrire sans trop savoir où j'allais, même si le plan ne détaillait pas tout, pas forcément la fin ou autre...

Mais quand même, j'avais envie d'avoir un peu de hasard dans le bouquin, dans sa construction même, pour refléter le thème.

J'ai rapidement pensé à ce bon vieux Brian. Qui n'est pas dans la kitchen mais dans mon cœur, car je l'aime beaucoup. Je veux parler de Brian Eno. Ce bougre d'Anglais a créé, avec un ami nommé Peter Schmidt, en 1975, les Stratégies Obliques.

Quoi est-ce ?
C'est fort simple: il s'agit d'une boîte de 100 cartes. Chacune de ces cartes contient une piste, une instruction, un principe basique destiné à relancer le travail créatif. (je cite l'explication de Gregory Taylor, qui a formalisé ces cartes sur internet).
J'ai imprimé les cartes, j'ai demandé à Mme de les découper (oui, depuis la maternelle, et parce que je suis gaucher et pas soigneux, je découpe plutôt mal) et ensuite, j'avais mon paquet de cartes.

On peut se servir de ça en cas de blocage ou de manque d'inspiration, en tirant une carte ou deux...
Ce tarot a beaucoup servi pour lors de l'élaboration du sublissime Low, l'album de David Bowie de 1977. C'est ainsi que les musiciens ont parfois échangé leurs instruments, qu'ils ont joué des trucs à l'envers ou que Bowie a changé les paroles pour un étrange sabir qui sonnait italien...

Bref. Je n'ai pas la prétention de faire un chef d'oeuvre à la hauteur du disque de ce bon vieux David (allez, reviens, c'est plus très rigolo) mais y'avait moyen de s'amuser.
Je me suis donc résolu à tirer une carte tous les 100.000 signes et à l'appliquer.
J'ai parfois serré un peu les fesses car on peut tomber sur des trucs genre:
- analyse des amas
- consulte d'autres sources prometteuses - non-prometteuses
- Enfants qui parlent - qui chantent
ou autres (y'a "pire")... Certaines sont parfois très orientées "musique" ou tout du moins "travail sonore" et ne se transposent pas aisément vers un travail littéraire. Mais bon, c'était le jeu.

Et c'est là que, pour un roman sur la chance, j'ai été pas mal veinard.

Je suis en effet tombé sur les cartes qu'on peut voir sur la photo.

La première carte était "Plus petit dénominateur commun". Déjà, elle sonne un peu "mathématiques", ce qui est assez amusant, vu le thème du bouquin. Ensuite, elle m'a permis de me recentrer sur le truc qui réunissait finalement toutes les "factions" du récit. Qu'est-ce qui, à la base, les faisait s'entrecroiser dans mon histoire ? Je le savais déjà mais je pense qu'avant de tirer cette carte, je n'y avais pas forcément accordé assez d'importance. Paf, c'était parfait.

La deuxième carte était "Utilise des filtres". Alors on peut penser au café ou aux clopes mais moi, ça a fait tilt car je travaillais sur l'aléatoire et qu'en maths, les filtres, c'est aussi un truc dont causent les chercheurs. Cela permet de virer le bruit qui vient parasiter les recherches en proba. En gros. Me demandez pas plus de détails, je viens d'une terminale L. J'avais un ingrédient supplémentaire à balancer dans mon récit. Encore parfait.

Troisième carte: "Dans l'obscurité totale, ou dans une très grande chambre, très doucement". Vu que je n'écris pas un porno, j'ai opté pour la première suggestion. Ce qui, vous en conviendrez, est parfait quand l'un de tes trois protagonistes principaux est justement.... aveugle !
Il a donc, grâce à cette carte, une scène rien qu'à lui, écrite avec sa manière de percevoir le monde. J'ai essayé de raconter toute une scène sans passer par la vue. J'espère avoir réussi à rendre ça intéressant.

Quatrième et dernière carte, à la toute fin de l'histoire, alors que pour le coup, je bloquais un peu. Ce fut "Jouissance idiote". Et ça m'a permis de situer le cadre final du roman. Paf, comme ça, tranquille.

Bref, ce fut vraiment une expérience passionnante et je dois avouer que j'attendais le tirage avec impatience, afin d'avoir mon "gage", qui a, immanquablement, enrichi mon récit, m'a poussé à sortir de ma (cliché incoming) zone de confort et m'a même permis de débloquer mon acte final. Et tout ça en intégrant un peu d'aléatoire afin d'introduire celui-ci pas simplement dans l'histoire mais dans la construction même de cette dernière.

C'était cool.

Je vous proposerai bientôt un troisième article sur les sources documentaires qui m'ont permis de travailler sur ce roman (après, on verra).

mardi 7 février 2017

Malheur aux gagnants, le making-of – 1 - La musiiiiiiiiiiqueuh !

J’inaugure une nouvelle série d’articles sur ce blog, et je vais vous proposer d’en savoir un peu plus sur mon prochain roman à paraître.

Il s’agit de Malheur aux gagnants, qui va être édité par Les Moutons électriques.

Je ne peux pas vous fournir de date précise mais sachez qu’il va néanmoins ne plus trop traîner avant de pointer un bout de couverture sur les étals de votre librairie préférée.

Malheur aux gagnants est un roman policier, un brin ésotérique. L’action se déroule dans les années 1930, principalement à Paris. On suit l’enquête de trois détectives, trois Gueules cassées, des vétérans de la Première Guerre Mondiale, qui cherchent à neutraliser un tueur.

D’ici à la sortie, afin de dévoiler un peu le processus qui m’a permis d’écrire ce roman, j’ai envie de partager quelques méthodes, quelques éléments liés à ce travail d’écriture, pour partager avec vous, mes amis lecteurs et auteurs qui me faites l'honneur de suivre ce blog, un peu de ce making-of...


Ce premier article va porter sur la musique, et plus précisément, l'écriture en musique.

Ceux qui suivent ce blog savent que la musique est très importante pour moi quand il s’agit d’écriture. Cette habitude me vient probablement de l’époque où je menais un grand nombre de parties de jeux de rôle. J’ai très vite trouvé que la musique apportait beaucoup à l’ambiance autour de la table. Et une fois que j’ai commencé à sonoriser ces parties, je ne pouvais plus m’en passer.
C’est tout naturellement que j’ai également sonorisé mes sessions d’écriture. Je n’écris qu’en musique.

La musique peut même m'inspirer un roman, comme ce fut le cas pour Stoner Road et le stoner rock...

Et, en général, je suis persuadé que la musique influe sur ce que j'écris. C'est pourquoi je n'écris pas en musique en faisant défiler une playlist aléatoire ou en écoutant la radio ou autre. En effet, je choisis soigneusement les morceaux que je vais passer en fond sonore alors que j'écris (je dis "fond sonore" mais il peut m'arriver d'écrire la musique à fond, justement).

Quand je commence un roman, j'ai souvent une idée, même un peu vague, de ce que je vais faire jouer sur la platine. Il arrive bien souvent que des albums imprévus s'ajoutent et même prennent une telle importance qu'ils deviennent les morceaux principaux de l'écriture.

Souvent, et depuis quelques temps, j'essaie de resserrer le nombre, pour avoir une sorte d'ambiance homogène, ramassée, la plus pertinente possible. Mais là encore, pas d'interdit, je peux aussi brasser large.
De même, j'essaie de ne pas trop inclure d'anachronisme (ce qui ne rend pas toujours la chose facile, quand on écrit des histoires qui se déroulent dans le passé). Alors, je peux tout à fait écouter un album récent pour une histoire qui se passe dans les années 1930 (et je vais le prouver dans la suite de cet article) mais j'évite, disons, de sonoriser une histoire se déroulant au Moyen Âge par de la techno. Je ne dis pas que c'est pas bien de le faire, moi, j'ai juste un peu de mal.

Quand j'écoute, j'écoute souvent par album, sans toucher à l'ordre des plages, sans sélection préalable parce que je vais écrire telle ou telle scène. Je laisse filer, parfois ça tombe parfaitement, parfois moins mais ce n'est pas l'important. Parfois je mets tous les albums dans le PC et je fais jouer la playlist en aléatoire, mais c'est plus rare.


Pour Malheur aux gagnants, j'ai retenu quatre albums, dont deux BO et une compilation. 

Je précise que ce n'est pas un billet musical où je vais "chroniquer" les albums mais plutôt citer ces derniers et expliquer ce qu'ils m'ont apporté.

Laissez-moi vous les présenter:


THE IMITATION GAME, d'Alexandre Desplat.

Forcément, là, je vous vois venir. Malheur aux gagnants traite des mathématiques alors forcément une musique de film sur des matheux...
Eh bin, oui. J'ai vu le film, apprécié la musique et je n'y suis pas forcément revenu. C'est par la suite, en y repensant que je me suis dit combo : maths plus récit se déroulant même pas 10 ans après mon propre récit, ça pouvait le faire.
Et ça l'a fait tellement qu'à présent, entendre les morceaux de cette BO me fait davantage penser à mon roman qu'au film. Comme ce fut le cas pour Millenium sonorisé par Reznor et Ross pour Le dernier Vodianoï...
Ce disque m'a apporté ses climats posés, calmes, ce piano qui laisse cependant entendre qu'il y a quelque chose d'urgent, d'inquiétant... Des morceaux qui se glissent entre les lignes, en toute discrétion mais les marquent de leur saveur rétro...




THE FLYING CLUB CUP, de Beirut

J'aime beaucoup beaucoup ce groupe, dont j'ai tous les albums. Si le premier pouvait faire penser à une fanfare des Balkans, celui-ci est une véritable déclaration d'amour à une France du passé, tout en restant un album de musique pop d'une grande beauté.

Cet album s'est imposé tout seul, comme un grand, alors que je commençais à écrire mon roman.

Souvent, les morceaux de ce groupe me posaient dans l'époque, apportaient un peu de "sentiments", me poussaient à me plonger davantage dans les personnages, ce qu'ils ressentaient, ce qu'ils vivaient....





GONE GIRL de Trent Reznor & Atticus Ross

J'ai déjà dit tout le bien que je pensais de ce duo. J'aime beaucoup le travail de Reznor, avec ou sans NIN, avec ou sans sa femme.
J'aime également beaucoup le travail de Ross, avec ou sans Reznor.
Quand les deux s'acoquinent, cela donne vraiment du bon son. Je parlais tout à l'heure des anachronismes que j'évite, cette BO était, il est vrai, un tout petit trop moderne pour mon sujet mais les ambiances développées étaient telles que je suis passé outre sans difficulté.

Ambiances glaciales, doute, peur, suspense, les morceaux de ce double album m'ont permis de travailler les scènes de tension.






1935, Les Chansons de cette année-là...

Une compilation qui m'a été très utile pour glisser quelques morceaux de radio dans quelques scènes, pour me plonger dans l'ambiance qu'il pouvait y avoir dans un salon où un couple écoute la TSF...

Avec cette compilation, je pouvais essayer de mieux visualiser l'époque, les troquets, les intérieurs, presque aussi bien qu'en regardant des photos...









Voilà, je ne pense pas avoir écrit avec d'autres morceaux que ceux provenant de ces quatre albums. Si vous lisez un jour Malheur aux gagnants et que vous voulez creuser sur les ambiances, voilà quelques indices qui peuvent vous aiguiller à saisir un peu mieux mon boulot.

On se retrouve bientôt dans un second épisode où je vous dévoilerai un outil qui m'a servi pour travailler l'intrigue au corps. Un outil inédit qui a apporté beaucoup au roman, tout en collant pile poil avec son sujet. Si ça, c'est pas du suspense de feu de dieu alors je ne sais pas ce qu'il vous faut.


lundi 5 décembre 2016

Génocide pop

J'ai découvert Dengue Fever à l'occasion d'une chronique de leur troisième album dans le magazine Marianne et j'ai tout de suite accroché à ce rock psychédélique aux influences cambodgiennes. Pour mémoire, la formation rassemble des musiciens américains et une chanteuse khmer. Ils ont réalisé 5 albums de 2003 à 2015. Ce groupe a de particulier qu'il puise son inspiration dans un courant musical très localisé, éphémère et qui a failli disparaître totalement.

En me documentant un peu plus sur Dengue Fever, j'ai découvert que les musiciens prenaient pour racines de leurs compositions et de leur travail musical la vague de musique pop cambodgienne qui s'est déversé sur le pays à partir du début des années 1960, une déferlante très influencée par la musique populaire américaine. En effet, les USA étaient très présents dans la zone, durant les sixties (et même avant, que ce soit au Vietnam, forcément, mais également en Thaïlande). La musique des yankees en guerre va traverser les frontières...
Sinn Sinamouth
Au début des années 1960, le Cambodge est en pleine effervescence artistique et de nombreux musiciens se prennent de passion pour la musique américaine. Ils vont s'approprier les codes du rock, de la surf music et jouer tout ça à leur sauce. Cette influence se fait de plus en plus prégnante sur la fin de la décennie, La musique occidentale, les guitares électriques distordues, l'esprit "garage" s'invitent dans la musique populaire cambodgienne. Les reprises de standards américains sont accommodées à la sauce khmer.
La guerre civile, débutée en 1967, alors même qu'une large part du pays est noyée sous un déluge de feu des USA pour tenter de freiner l'avancée des troupes communistes, ne va pas entamer cet élan artistique qui se développe dans les zones épargnées par le conflit. L'Oncle Sam apporte des bombes et le rock'n'roll, étranges et ironiques apports meurtriers et culturels...

Des stars émergent comme Sinn Sinamouth, Ros Serey Sothea ou encore Pan Ron, entre autres. Une frénésie s'empare alors de ces artistes, qui sortent des titres à la pelle, faisant vibrer les ondes de cette musique métissée et réinventée. Ainsi Ros Serey Sothea va enregistrer plus de cent chansons en treize ans.
Ros Serey Sothea
Une frénésie comme s'ils savaient que le temps de l'insouciance était compté. L'horloge tourne, les rebelles en noir gagnent du terrain et les tapis de bombes américaines poussent de plus en plus de volontaires dans leurs rangs.

La victoire des communistes sur le gouvernement militaire pro-US et l'arrivée au pouvoir des Khmers rouges en 1975 vont évidemment changer la donne. Soucieux d'expurger le pays de ses influences étrangères, le gouvernement du Kampuchea démocratique va s'en prendre aux musiciens, aux artistes, aux intellectuels. Le reste de l'histoire est connu. Quand le fait de porter des lunettes est un signe extérieur d'intellectualisme bourgeois puni de mort, on peut imaginer le sort réservé aux musiciens amateurs de rock'n'roll.

Pan Ron
Les destins seront dramatiques pour la plupart d'entre eux. Sinn Sinamouth, qui s'engage dans le conflit en interprétant des chants de soutien à la république, est trahi par ses origines et son éducation. Capturé, il est amené sur un lieu d'exécutions de masses. Il doit alors chanter devant un parterre de révolutionnaires qui ne sont guère émus et le passent par les armes. Ros Serey Sothea essaie de se fondre dans la population mais elle est découverte et mariée de force à un cadre du régime. Maltraitée, abusée, elle finit par se rebeller et est déportée dans un autre camp. Elle serait morte de faim ou d'épuisement. Pan Ron, elle, arrive à survivre jusqu'à l'invasion vietnamienne. Durant les exécutions massives déclenchées en réponse à celle-ci, elle se produit une dernière fois sous la contrainte devant des soldats avant d'être abattue.
Trois vies brisées, aux fins tragiques dont les circonstances floues sont construites sur les rumeurs et les témoignages de survivants, comme celles de centaines d'autres musiciens, de millions de Cambodgiens qui périront dans les camps, sous la torture, les coups ou par la faim et l'épuisement.... Un quart de la population paiera cette dictature de sa vie.

Alors que le simple fait de posséder les disques de ces martyrs est puni de mort, quelques courageux vont les conserver, les cacher, en faire des copies et cette musique va survivre à cette sombre période.
En 1994, un touriste américain récupère quelques cassettes et décide d'en faire une compilation, qu'il intitule Cambodian Rocks. Editées par un petit label indépendant, Parallel World, en 1996, les copies s'arrachent bien vite. Le label les réédite mais sans se soucier d'identifier les artistes ou de rémunérer les survivants ou les ayant-droits, ce qui leur sera reproché. Internet va bientôt permettre d'identifier les morceaux et leurs auteurs.

C'est en écoutant cette compilation que les futurs membres de Dengue Fever vont avoir envie de fonder leur groupe américano-khmer et partir à la recherche d'une chanteuse de karakoé khmer. Ils sauront s’acquitter de leur dette en proposant en 2010 la compilation Electric Cambodia qui propose 14 standards du genre.

Pour découvrir ce courant musical disparu mais pas oublié, rien de tel que deux compilations. La première est citée plus haut, patronnée donc, par Dengue Fever. 
La seconde fait partie de la collection "The rough guide to" et s'intitule Psychedelic Cambodia. Cambodian Rocks avait créé la petite polémique en réenregistrant les batteries et percussions, j'ai parfois l'impression que c'est également le cas pour cette compil mais difficile de faire la fine bouche car les albums ne sont pas légion dans un tel registre. 

Ces morceaux rythmés, rétros et exotiques suintent d'une énergie juvénile débordante et traduisent à merveille cette espèce d'urgence rebelle universelle qu'est le rock'n'roll. Difficile, cependant, en les écoutant, d'oublier pour autant les destins brisés de ces jeunes artistes fauchés en pleine gloire par le totalitarisme. S'entrouvre brièvement une fenêtre vers une époque révolue, un temps plein d'espoir alors même qu'on sait très exactement que tout ça va finir dans le malheur et le sang. Pour autant, écouter ces morceaux, c'est aussi faire un pied de nez aux bourreaux, à ceux qui tuèrent en masse pour de la musique pop et pour tant d'autres motifs absurdement dérisoires, en leur montrant que tout ça leur a survécu et leur survivra, et ce encore longtemps.

My my, hey hey, Rock'n'roll is here to stay, comme dirait l'autre.



samedi 17 septembre 2016

Deux ans

Ça fait deux ans que je t'ai parlé pour la dernière fois. On a discuté, presque comme si de rien n'était. Ton père, ton histoire, tes souvenirs, mes projets. Des réponses parfois hésitantes venaient rappeler que quelque chose de sombre se profilait derrière les phrases, cachée par les mots mais qui, en les frôlant, les faisait trembler. Mais quand même, c'était une discussion. Une vraie. Presque normale.
Ce moment, c'était un peu comme un bout de quotidien, quelque chose d'anodin, qu'on ne cherche même pas à relier à une quelconque valeur habituellement, et qui là, on le sait très bien, a l'importance de toute une vie.
Ce soir-là, peu de temps après, les mots ont disparu.
Tu es partie le surlendemain.

samedi 16 juillet 2016

Manhattan Marilyn - Philippe Laguerre

On ne présente plus Philippe Laguerre aka Philippe Ward, l'une des têtes de la Rivière Blanche bicéphale. Mais Philippe, en plus d'être l'un de ceux qui valorisent notre patrimoine littéraire et donnent leur chance à de jeunes auteurs, est également un brillant écrivain. Artahe, Le Chant de Montségur mais aussi la série centrée sur le détective Lasser, co-écrite avec Sylvie Miller, comportant pour l'instant 4 titres, édités chez Critic, figurent parmi ses œuvres.

Passionné par le fantastique, l'écrivain sait aussi écrire du polar, comme en témoigne la sortie récente de Danse avec le taureau, chez Wartberg ainsi que du trash, avec le superbe Magie Rouge, sorti chez les petits champions de Trash Editions.

Avec Manhattan Marilyn, Philippe Ward abandonne son nom de plume. On sent, on devine que le sujet lui tient à cœur. Et de sujets, il y en a en fait deux. Il y a d'abord Marilyn Monroe mais il y a surtout New York City.

Cette ville, elle a passionné l'auteur. Il lui a consacré un livre illustré par les photos de son fils, une très volumineuse anthologie chez Rivière Blanche en plusieurs tomes et il se lit, ici et là, qu'il y fait un voyage chaque année, un pèlerinage dans la ville qui ne dort jamais.

Dans le bouquin, on sent tout l'amour et le respect que l'auteur a pour la ville. Mais n'allez pas croire pour autant que Manhattan Marilyn est un guide touristique. Ah non. L'auteur évite cet écueil. C'est un pur thriller moderne comme a déjà pu en publier Critic. C'est à dire un polar qui s'empare d'une figure mythique et construit autour d'icelle une intrigue pleine des secrets d'une histoire occulte, presque alternative. C'était déjà le cas avec Goodbye Billy, de Laurent Whale, centré sur Billy The Kid.

Ici, donc, c'est Marilyn. Marilyn dont Kristin Arroyo, ancienne soldate US et à présent militante altermondialiste, retrouve des vieux clichés dans les affaires de son photographe de père. Marilyn à NYC. Voilà de quoi faire une belle expo, n'est-ce pas. C'est sans compter le fait que quelques petits malins repèrent un bien étrange détail, qui vient chambouler une chronologie certes bien établie mais fragile.

Et si... Et si Marilyn n'était pas morte en 1962 ?
Le prologue nous laisse d'ailleurs entendre que la belle a plus d'un tour dans son sac...

Arroyo va mettre à jour une machination terrible, liée aux Kennedys, au FBI, au complexe militaro-industriel... Mais je n'en dis pas plus. Pour découvrir le fin mot de l'histoire, vous savez ce qu'il vous reste à faire.

Manhattan Marilyn est un roman dynamique, documenté et construit autour d'une intrigue distrayante, qui s'appuie sur des personnages sympathiques, bien typés, mis en scène avec élégance. On découvre notamment que dans la terre des opportunités, les vétérans des batailles irakiennes n'ont rien à envier à leurs aïeuls du Vietnam. C'est sans temps mort, bourré d'action, on sent vibrer la ville et vivre ces USA modernes, obamaniens, actuels, avec toutes leurs contradictions. 

On pourrait presque rajouter un troisième amour, après l'actrice et la ville de NYC, c'est celui du roman populaire, du mauvais genre, dans lequel Philippe Laguerre s'amuse, on sent le plaisir de l'écriture, communicatif. 

Et le roman se termine sur une possible suite, embarquant les personnages principaux sur une probable toute nouvelle affaire, qui, cette fois-ci encore, aura lieu sur des terres familières à l'auteur. On devine là que Critic tient, à la manière des Rats de Poussière de Laurent Whale, un nouveau groupe d'enquêteurs qu'on aura plaisir à retrouver d'une affaire à l'autre.

Vous l'aurez compris, c'est une lecture estivale idéale.